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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 13:30

La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, dissocie nucléaire et énergies renouvelables dans la programmation énergétique de la France. Est-ce légitime ?

J’y vois un côté positif : celui de ne pas perdre de temps pour donner un nouvel élan aux renouvelables. L’arrêté soumis au Conseil supérieur de l’énergie représente pour ces filières, par les objectifs de production affichés, un pas en avant comme jamais elles n’en ont connu.

Pour autant, cela ne peut pas remplacer ce que prévoit la loi de transition énergétique, c’est-à-dire une véritable programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Celle-ci constitue une démarche beaucoup plus globale, intégrant les différents scénarios énergétiques, l’évolution de la demande, l’efficacité énergétique et donc la réduction de la consommation, l’articulation des ressources, et bien sûr, pour ce qui est de l’électricité, la part du nucléaire. La PPE va au-delà d’une liste d’investissements. Elle doit parler de la mobilité, de l’habitat, de l’industrie, de l’agriculture…

D’accord donc pour lancer sans attendre les renouvelables. Mais il faut un engagement rapide sur la PPE qui, selon la loi, devait être mise en consultation fin 2015. Tous les acteurs du secteur énergétique, y compris EDF, ont besoin d’y voir clair.

Pourquoi le gouvernement a-t-il tant de mal à trancher sur le nucléaire ?

La question du nucléaire est la plus sensible, au moment où EDF et Areva sont dans une situation financière très difficile. Tout le monde sait qu’il va falloir redimensionner les capacités nucléaires, mais les politiques n’osent pas affronter le fait qu’avec l’arrivée des réacteurs au seuil de quarante ans de fonctionnement, avec aussi le mur d’investissements qui se dresse devant EDF, une histoire est en train de s’achever. C’est la fin du nucléaire flamboyant, et potentiellement sa fin tout court, car les réacteurs de nouvelle génération sont en rade et ne sont pas compétitifs face aux renouvelables. Les politiques ont du mal à assumer cette mutation.

Il y a une réticence à endosser la responsabilité de dire que passer de 75 % à 50 % de nucléaire signifie que des réacteurs vont fermer, qu’il faut y préparer les collectivités locales et cesser de mener des travaux de rajeunissement sur des centrales que l’on va stopper. Tout politique a peur d’apparaître comme celui qui va arrêter des installations industrielles et menacer des emplois.

Les emplois de la filière nucléaire ne sont-ils pas un vrai enjeu ?

Bien sûr. Mais reporter les choix peut conduire à des ruptures plus douloureuses encore. Tant qu’on aura des surcapacités de production, les prix baisseront sur les marchés. Il faut anticiper, accepter que le nouveau monde remplace le vieux monde, que les vieilles énergies sont remplacées par des énergies nouvelles, d’autant qu’elles sont bien plus créatrices d’emplois. Sans oublier que l’après-nucléaire, c’est aussi de l’emploi pendant des décennies sur les sites.

Chaque fois qu’il y a progrès, il y a rupture, qu’il faut naturellement accompagner en sécurisant les parcours professionnels. Il ne s’agit pas d’y aller à la hache, mais on ne peut pas avancer à rebours de l’histoire.

Interview de Denis Baupin par Pierre Le Hir Journaliste au Monde, 13 avril 2016

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Published by patrick - dans nucléaire
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