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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 00:05

La France s’acharne à présenter l'énergie nucléaire comme une industrie sûre (malgré les accidents), non polluante (malgré les déchets), capable de produire une électricité à bas prix (malgré l'effondrement économique de la filière), comme la solution pour assurer notre indépendance énergétique. Des arrangements avec la réalité que FNE décode.

Chaque Français vit à moins de 300 km d'une centrale nucléaire. Avec 58 réacteurs répartis dans 19 centrales, notre pays est la première nation au monde en nombre de réacteurs par habitant. A ces installations, il faut ajouter les centres de stockage de déchets radioactifs existants et à venir. En France, 80 % de l’électricité est produite par le nucléaire qui représente chez nous 18 % de l’énergie consommée contre seulement 2 % dans le monde.

Le nucléaire n’assure pas l’indépendance énergétique de la France

L’indépendance énergétique française est un leurre : il n'existe plus une seule mine d’uranium en activité en France. Le minerai est importé du Canada, mais aussi du Kazakhstan et du Niger. Le nucléaire n’empêche pas la France d’être massivement dépendante du pétrole et du gaz. Enfin, comment l’industrie nucléaire pourrait assurer notre indépendance énergétique, quand le nucléaire ne représente que 18 % de l’énergie que nous consommons en France ?

Seules les énergies renouvelables sont source d’autonomie énergétique pour notre pays.

Le nucléaire n'est pas une énergie complètement décarbonée, ni une énergie renouvelable…

L’extraction de l’uranium, non renouvelable, est gourmande en énergie fossile. Elle est donc émettrice de CO2. Au Niger, pour obtenir 3 kg d’uranium, il faut extraire une tonne de minerai. En outre les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour adapter leur production d’électricité aux variations de la demande. En France, EDF le fait sur quelques réacteurs en faisant varier la puissance par pas de 10 à 15 mn. C’est une solution qui fragilise les réacteurs et la France est le seul pays du Monde à prendre ce risque. Chaque hiver les pics de consommation liés à la généralisation du chauffage électrique obligent à faire appel aux centrales au charbon ou au gaz.

La solution passe par une rénovation énergétique efficace de notre parc de logements et l’arrêt du chauffage électrique qui est spécificité française.

...ni une énergie propre

En cas de catastrophe, comme à Tchernobyl ou à Fukushima, au-delà de la catastrophe humaine et du drame sanitaire, de vastes territoires sont stérilisés à jamais par la radioactivité. L’industrie du nucléaire est porteuse de risques que l’on ne sait pas maîtriser et dont on ne peut pas mesurer l’ensemble des effets. Ce risque se traduit par de nombreux accidents tels que Maiak (URSS, 1955), Three Miles Island (Etats-Unis, 1979) et plus proche de nous Saint-Laurent-des-Eaux (France, 1960 et 1989) ou encore Le Blayais (France, 1999).

Il n’existe toujours pas de solution pour traiter les déchets nucléaires stockés qui resteront radioactifs pendant des générations.

Le nucléaire n’est pas rentable

Quand il s’agit du nucléaire, l’Etat préfère fermer les yeux sur la catastrophe économique qui s’annonce. Areva est en faillite, EDF a été virée du CAC 40 fin 2015, son directeur financier a démissionné en 2016 et pour la première fois, les syndicats protestent contre les projets à l’étranger. L’EPR français a 10 ans de retard et son prix a triplé. Même chose pour l’EPR finlandais. Enfin les provisions pour démantèlement sont largement insuffisantes d’après l’Union européenne, tout comme celles pour la gestion des déchets…

L’Etat préfère fermer les yeux sur la catastrophe économique qui s’annonce.

Le nucléaire ne remplace pas le pétrole

En 40 ans, notre consommation globale d’hydrocarbures (gaz, pétrole et charbon) n’a baissé que de 20 %. Pour certains usages, en particulier dans les transports qui représentent les trois-quarts de la consommation de produits pétroliers en France, le nucléaire n’offre qu’une alternative très partielle. Si la voiture électrique a un réel avenir pour les flottes urbaines captives, pour le Français moyen, elle ne sera toujours que la seconde voiture qu’il vaudrait mieux éviter grâce à des transports en commun renforcés.

Il est nécessaire de repenser nos transports et nos consommations d’énergie dans leur ensemble.

Le nucléaire n'est pas bon marché

On a longtemps vanté l’électricité à bas prix grâce au nucléaire. Mais c’est surtout qu’on n’a pas pris en compte tous les coûts du nucléaire. Ainsi, en 30 ans la France a dépensé près de 100 milliards d'euros en recherche et développement pour le nucléaire civil (rapport Charpin-Pellat-Dessus). De plus EDF vend son électricité en dessous de son prix de revient et n’a pas provisionné pour les travaux à venir. Aujourd’hui, la remise à niveau des vieux réacteurs pour allonger leur durée de vie « le grand carénage » est évalué à plus de 100 milliards d’euros. Quant aux nouveaux réacteurs EPR, leur prix a triplé et ils vont produire une électricité 3 fois plus chère que le coût actuel.

L’industrie nucléaire est une originalité dans le système industriel. Normalement, plus une industrie se développe, plus ses prix baissent par apprentissage. Il se passe exactement le contraire pour le nucléaire dont les prix augmentent à chaque nouvelle série. Pire encore, les centrales sont à peine assurées, au maximum pour 700 millions alors que l’IRSN évalue le coût d’un accident moyen à 150 milliards et le coût d’un accident grave à 400 milliards. Dans ce cas, comme au Japon, les citoyens devront payer.

La politique nucléaire n’est pas transparente

En France, depuis toujours, le nucléaire est un domaine réservé, hors-la loi. La décision de lancer le pays dans le nucléaire civil a été prise en 1974, sans aucune consultation des parlementaires. En 2005, en plein débat sur l'EPR de Flamanville, des documents ont été classés secret défense tout comme en juin 2010 avec le rapport Roussely sur l’avenir du nucléaire civil. Si le mot " transparence" commence à fleurir ici et là, l'industrie nucléaire reste opaque. Ce culte du secret est d’autant plus préoccupant que le nucléaire est né avec la bombe atomique : les industries civiles et militaires sont liées. L'Inde a pu construire une bombe à travers un réacteur civil qui produit du plutonium.

Nous, citoyens, devons savoir ce qui se passe dans nos centrales.


Le nucléaire n'a pas d'avenir

Le nucléaire a longtemps fait miroiter une reprise des investissements dans le Monde. Mais les énergies renouvelables se développent beaucoup plus rapidement. Ainsi la Chine longtemps vue comme l’Eldorado du nucléaire n’en est qu’à 12GW d’installés alors qu’elle en est déjà à 5 fois plus en éolien. Dans le Monde entier, les pays hésitent, voire reculent, devant le risque nucléaire et partent vers les énergies renouvelables.

Espérons que la France comprendra assez tôt qu’elle aussi doit prendre ce virage, quelles que soient les difficultés à venir.

Face aux risques encourus par la population et l’environnement, France Nature Environnement réclame l’arrêt des centrales nucléaires, avec la fermeture rapide de Fessenheim, la suspension de tout projet d’installation nucléaire nouveau, l’abandon du projet d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo, la garantie d’une information transparente et exhaustive des citoyens. La part du nucléaire dans notre approvisionnement en énergie doit aussi baisser drastiquement. Sortir de l’impasse signifie également une réduction générale de la consommation d’électricité, dans tous les domaines, le développement des énergies renouvelables, l’amélioration de l’isolation des bâtiments. Sortir du nucléaire, en somme, c'est accomplir notre transition énergétique.

dossier nucléaire de France Nature Environnement

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Published by patrick - dans nucléaire
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