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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 18:31

Le référendum sur le projet d'aéroport Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes a vu la victoire du "oui avec 55,17% des voix. La question était : "Êtes-vous favorable au projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ?" François de Rugy, député (Ecologistes !) de Loire-Atlantique, réagit.

Vous êtes député écolo de Loire-Atlantique et engagé depuis toujours contre le projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Ce soir, avec ce "oui" au référendum validant ce projet, la bataille est perdue ?

Il faut avoir le courage de reconnaître ce résultat : une majorité s’est prononcée. J’avais prôné un référendum, je ne le regrette pas. Je note que le projet continue à cliver et diviser. Et que le "non" engrange beaucoup plus de voix que les résultats obtenus jusqu’ici par les listes écolos dans le département. C’est la preuve que les opposants au projet allaient bien au-delà... Près de 45% de non, c’est du jamais-vu !

Beaucoup d’écologistes - dont Cécile Duflot - estiment que les dés étaient pipés en n’incluant dans le périmètre que la Loire-Atlantique, et pas toute la région Pays de la Loire ou la Bretagne, elles aussi concernées. Est-ce votre sentiment ?

Certains parmi les opposants au projet ont joué à contre-emploi ! Au lieu de se saisir de cette occasion historique de faire tomber le projet, des opposants, dont Cécile Duflot, ont dit que la procédure était illégitime. J’ai aussi entendu Yannick Jadot parler de mascarade… Ils ont fait perdre des voix au "non" en disant ça et en polémiquant sur le processus.

Dans le fond, ils ont une culture minoritaire et marginale, ne croient pas à la capacité à gagner des combats. C’est révélateur de leur état d’esprit. Ce référendum, c’était un levier démocratique. Et 50% de participation, c’est du même ordre que ce que l’on constate aux élections, et plus que pour des élections partielles.

Comment expliquez-vous ce résultat, étant donné la forte opposition au projet sur place et les manifestations monstres qui ont eu lieu contre Notre-Dame-des-Landes ?

Les arguments des promoteurs, répétés depuis des années, sur les perspectives en terme de développement économique pour le département ont pesé. Et beaucoup d’habitants voulaient éloigner les nuisances de l’agglomération nantaise. On leur a même expliqué que des avions pourraient s’écraser sur Nantes un jour si on ne déménageait pas l’aéroport…

L’action des Zadistes [les opposants au projet sur place, NDLR] ces dernières années a joué également : elle a donné une mauvaise image de l’opposition à ce projet. Les gens en avaient marre de cette histoire de ZAD, beaucoup se sont dit "ça n’a que trop duré" et ont cru qu’en votant pour le oui, ils en termineraient avec ces problèmes. C’est le contraire : la ZAD aurait disparu plus vite si le non l’avait emporté !

Après ce résultat, plus de doute : Notre-Dame-des-Landes verra bien le jour ?

Je n’en sais rien. Le gouvernement actuel peut s’appuyer sur cette légitimité politique pour engager le projet. Mais la légitimité n’est pas la légalité. Ce oui n’éteint pas les recours juridiques contre le projet, qui doivent se poursuivre. Il faut respecter l’Etat de droit. Par ailleurs, les partisans du projet n’en ont pas fini avec les difficultés : la mobilisation ne va pas s’arrêter du jour au lendemain. Ni les débats sur la taille du projet : un rapport récent fait par des hauts fonctionnaires montre que le projet actuel est surdimensionné et Ségolène Royal est sur cette ligne. Les problèmes sont toujours là, rien n’est réglé !

"Les travaux doivent commencer dès l’automne prochain", a dit Manuel Valls. Est-ce crédible d’envisager une évacuation rapide de la ZAD ?

A très court terme, ça peut paraître compliqué, vu le contexte général en France. Mais les promoteurs voudront peut-être démarrer certains travaux. Les uns et les autres vont devoir passer de la posture aux actes. Le président de la région Bruno Retailleau a dit qu’une fois élu, il demanderait l’évacuation de la ZAD, mais son élection n’a rien changé. Et le gouvernement avait déjà essayé en octobre-novembre 2012 de lancer les travaux sans y parvenir.

Les écolos avaient fait de cet aéroport un symbole très fort. C’est une défaite pour eux ?

Ça veut dire que le message écolo sur un projet comme celui-là n’est pas majoritaire, c’est un fait. On ne peut pas s’abstraire de la démocratie, il faut convaincre, chercher comment le faire, avec quelles coalitions. C’est un travail plus que jamais d’actualité pour les écolos.

Propos recueillis par Maël Thierry

L'Obs le 27 juin 2016

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Published by patrick - dans environnement
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