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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 14:37

Notre pays peut s’enorgueillir d’être l’un de ceux qui offrent l’un des niveaux de protection sociale les plus élevés au monde. La Nation, par le jeu de l’impôt ou des cotisations sociales, y consacre aujourd’hui 690 milliards d’euros, soit un tiers de son produit intérieur brut.

 Pourtant, personne n’oserait soutenir que notre modèle d’assistance sociale n’est pas perfectible. Il laisse encore au bord du chemin nombre de nos concitoyens, comme en témoigne la persistance d’un taux de pauvreté représentant 14,1 % de la population française, soit 8,8 millions de personnes. Il existe encore – et la crise économique que nous connaissons depuis 2008 a accentué le phénomène – des gens qui, dans notre pays, ne peuvent satisfaire sans soutien leurs besoins élémentaires.

 Notre système d’assistance et de protection s’est sans conteste développé et perfectionné depuis 1945, de sorte que nous n’avons jamais été autant protégés, ce dont doutent pourtant de plus en plus nos concitoyens.

 Sa relative impuissance à lutter efficacement contre la persistance de « poches territoriales » dans lesquelles la pauvreté reste particulièrement prégnante l’explique en partie. De plus, en se perfectionnant et se complexifiant, il a lui-même généré des phénomènes d’angles morts, qui se traduisent notamment par ce que l’on désigne couramment comme le « non-recours » des bénéficiaires potentiels, dépassés par les obligations administratives diverses mises à leur charge pour l’obtention effective de

prestations auxquelles ils sont pourtant éligibles ou qui craignent plus simplement la stigmatisation de leur situation.

 Ce système n’échappe pas non plus à la critique de son inefficacité à faire sortir durablement ses bénéficiaires de l’exclusion, en contribuant parfois à les enfermer dans un cercle vicieux de l’aide sociale. Il crée des situations dans lesquelles l’articulation des différents dispositifs n’incite pas réellement à la reprise d’activité, avec pour effet de renforcer la stigmatisation dont les bénéficiaires peuvent faire l’objet : déjà déconsidérés, car jugés incapables de subvenir eux-mêmes à leurs besoins, ils sont alors accusés de refuser d’exercer – si ce n’est même de rechercher – un travail et de passer ainsi de l’assistance à l’assistanat.

 Ce système élaboré doit d’autant plus être questionné dans une société qui voit les modalités d’exercice et d’occupation des emplois fortement évoluer sous l’effet d’une crise économique dont elle peine à sortir et d’une mutation profonde de ses structures et de ses repères en raison de la révolution numérique. La figure de l’emploi change, celle des travailleurs également. L’exercice de certains métiers se trouve bouleversé par l’automatisation d’un nombre grandissant de tâches plus ou moins répétitives et, plus généralement, par la substitution de la machine à l’individu pour les tâches pour lesquelles l’avantage comparatif de l’homme sur le robot disparaît. Par ailleurs, le salariat reste le mode prépondérant de la relation de travail, mais il subit les coups de boutoirs de l’« externalisation » et, pour reprendre une expression à la mode, de l’« uberisation ».

 Dans ce contexte, une idée ancienne ressurgit depuis quelques années dans le débat public : le revenu de base. Sous ses diverses appellations (allocation universelle, revenu inconditionnel…) – qui cachent parfois des différences profondes de modèle – il s’agirait d’accorder de manière inconditionnelle à chaque membre de la société une dotation monétaire qui constituerait un « socle de protection minimal ». Il serait, pour ses promoteurs, « la » réponse, non pas seulement aux malfaçons de notre système actuel de protection et d’assistance, mais aussi aux mutations profondes de notre société et de notre rapport au travail et à la richesse.

 Souvent, dans le débat sur le revenu de base, l’utopie n’est pas loin, qu’elle vise à libérer l’individu de la mainmise de l’État sur son existence ou à briser les chaînes qui l’obligent à exercer un travail qui assure davantage sa simple survie économique que son épanouissement individuel… Pour autant, depuis une vingtaine d’années, la réflexion sur le revenu de base est devenue plus technique, réaliste et rationnelle, de sorte que, sans perdre de vue la réalisation d’un objectif de société, les propositions sont devenues plus tangibles, s’appuyant sur une analyse macro-économique, financière et juridique plus pertinente.

 

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Published by patrick - dans société
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