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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 09:01

Cela n’aura échappé à personne, nous entrons dans une année d’élection présidentielle. En tant qu’élus municipaux nous sommes évidemment concernés par les débats à venir car le budget de la Ville de Colombes dépend bien pour partie des choix budgétaires de l’État. La volonté par la gauche et les écologistes était évidemment louable de redresser les comptes publics après les dérapages inconsidérés et inégalés des équipes Sarkozy qui ont vu le déficit atteindre 5% du PIB et la dette de la France se creuser de 600 milliards d’euros après 10 années de hausse continue sous Chirac puis Sarkozy, pour être stabilisée sous le quinquennat actuel autour de 96% du PIB, augmentant tout de même de 6 points en 5 ans, mais contre plus de 25 points lors du quinquennat précédent.

Par contre le choix de faire peser les efforts en premier sur les collectivités locales quand dans le même temps les grandes entreprises bénéficiaient de larges crédits d’impôts sans contreparties était une erreur. La baisse des dotations aux collectivités a eu pour effet une réduction de leur volume d’investissement de 6,6 %. Lorsque l’on sait que les collectivités locales sont à l’origine de 75 % de l’investissement public en France, que cet investissement est parmi les grands pourvoyeurs d’emplois, ce choix était contraire aux ambitions affichées de réduction de la courbe du chômage. Plutôt qu’une politique aveugle de réduction des dotations, c’était bien une politique d’investissements ciblés vers la solidarité et l’écologie et donc l’emploi qu’il fallait mener.

On pourra d’ailleurs constater qu’en 2017 cette baisse des dotations aux collectivités continuera, mais avec une ampleur moindre. Alors que le FMI lui-même revient sur son dogme libéral et demande aux États d’augmenter la dépense publique pour soutenir leur économie, en cette année 2017, pour préserver les capacités d’investissement de notre Ville, il nous faudra nous employer pour qu’aucun des projets économiques défendus par certains ne puisse être porté jusqu'à la Présidence de la République puisque ceux-là, et en premier lieu François Fillon, prévoient de poursuivre cette politique d'austérité.

Vous faites référence, dans votre rapport, à des projections de la Banque Postale qui annoncent une hausse imminente de l’inflation. Moi, j'ai plutôt regardé l’étude de France Stratégie, qui indique que dans les économies avancées, un retour aux tendances antérieures à 2008 est peu probable. France Stratégie recommande de ne pas miser sur un rebond important de la croissance mondiale dans la prochaine décennie mais de viser une croissance soutenable. Plus que le niveau de la croissance future, sa soutenabilité et la distribution des revenus qu’elle induit seront des enjeux essentiels pour les prochaines années.

Vous affirmez, en vous fondant sur une interview de Michel Klopfer, que la question de la baisse des dotations n'a pas été tranchée au-delà de 2017. Je pense qu'il se trompe, et vous avec : en ce qui concerne la gauche et les écologistes, cette baisse ira en diminuant dans les prochaines années. Au contraire, elle est revendiquée à droite. Ainsi, François Fillon et son conseiller Henri de Castries, ex patron d'Axa, l’assureur qui veut privatiser la protection sociale, annoncent une baisse des dépenses publiques de 110 milliards sur le quinquennat prochain, (contre 50 milliards lors de ce quinquennat) dont 20 milliards à la charge des collectivités locales soit à peu près le double des 11 milliards du quinquennat, montant que vous avez critiqué sans cesse. D'ailleurs, en novembre dernier, c’est François Fillon qui disait dans l'Express que la baisse des dotations était inévitable. Evidemment qu’avec votre candidat, la baisse des dotations ne pourra qu’être accentuée. J'attends vivement vos protestations, pétitions et manifestations si Fillon est élu. Et je suis inquiet des mesures que vous seriez amené à prendre jusqu’en 2020 si celui-ci venait à être élu, ce que je n’espère pas et ne crois pas.

Enfin, vous traitez de la situation de la Métropole du Grand Paris, contre laquelle vous êtes arc-bouquée depuis des années. Vous savez qu'à l'instar de l'Ile-de-France une dizaine de métropoles ont été crées par la loi MATPAM, et vous savez bien que la MGP ne pourra être abrogée, sans quoi il faudrait faire disparaitre toutes les métropoles. Je vous rappelle que la MGP est un EPCI qui s'est d'emblée posé en appui des villes et des territoires (pour mémoire les récentes subventions du Fond d’Intervention Métropolitain que vous n’avez pas sollicitée, et le Pacte Etat-Metropole, le reversement de la cvae..). En juillet 2013, dans une tribune parue dans l'Obs, je soutenais, avec ma collègue Véronique Monge, l'idée d'un EPCI fédérateur d’EPCI territoriaux. Je pense que cette idée, avancée il y a plus de trois ans, reste d'actualité: redonner aux territoires de la métropole et donc les renforcer - tout en maintenant leur taille actuelle - un statut d'EPCI à fiscalité propre, pour en faire des territoires à part entière. La condition sine-qua-non évidemment c'est de faire disparaitre les départements de la petite couronne en transférant leurs compétences soit à la MGP, soit aux intercommunalités. Ainsi, Il ne sert à rien de fusionner dans cette perspective les Hauts-de-Seine et les Yvelines. C’est reculer pour mieux sauter.

Avec la plus grande des mauvaises fois, vous dites que vous n’augmentez pas les impôts locaux. Mais l’opposition a fait la démonstration que depuis 2015 les vous ne cessez d’augmenter les tarifs des activités municipales, c'est-à-dire les impôts indirects au détriment des familles colombiennes les plus fragiles, encore récemment avec les TAP.

Par ailleurs, vous ne donnez aucune indication précise sur vos orientations budgétaires, un comble pour un débat d'orientation budgétaire:

- quelle est l'importance des baisses ou des hausses des recettes et des dépenses de fonctionnement? Quelle est l'importance des baisses ou des hausses des recettes et des dépenses d'investissement? Comment va évoluer l'autofinancement? Quel est le taux de progression des emprunts? Rien de précis si ce n’est quelques mesures qu’il faut plus observer comme de la communication et de la propagande municipales.

Pour conclure il faut aborder deux points: la politique du personnel et vos priorités:

Concernant le personnel communal, vous indiquez p 15 que la stabilisation - ou non- des effectifs sera présentée au BP sans modifier la structure des agents de la ville. Cette formulation signifie clairement - et vous êtes plus explicite p 21, que vous allez continuer à baisser le nombre d'agents de la ville, cela pour une raison principale: depuis votre arrivée, vous ne cessez d'emprunter pour financer principalement les acquisitions foncières de Thalès (24,2M€ jusqu’à aujourd’hui, 37,3M€ au terme de l’opération), vous recommencez à jouer avec la CODEVAM à la marchande de biens faisant une plus-value de 300 000 € sur l’acquisition et la revente de locaux commerciaux boulevard au 145 Charles de Gaulle, mais aussi à préempter, par exemple encore récemment les terrains situés au 160-162 rue des Gros Grès qui ne sont pourtant pas compris dans le périmètre de la ZAC Charles de Gaulle Est, ou les terrains situés sur l'ilot Cadran rue Saint-Denis. Sans oublier, les panneaux fleurissant dans toute la ville le démontrent, votre propension à faire le bonneteau immobilier.

Abandonnant les éléments de solidarité que sont la santé ou le logement social en laissant au bord de la route une partie de la population colombienne, vous faites de la sécurité votre priorité, hélas, sans parvenir à des résultats probants. Or, à Colombes comme dans le département, et vous le savez pertinement en tant que vice-présidente du Conseil départemental en charge de la sécurité, les chiffres locaux – ce sont ceux du CLSPD du 22 novembre 2016 - ne sont pas bons : ainsi à Colombes les atteintes aux biens sont passées de 2 176 en 2015 à 2 332 en 2016 (+7,16%); les atteintes aux personnes sont passées en un an de 785 à 813 (+3,5%).

A contrario, j'ai cherché désespérément des mesures visant à diminuer l'impact des pollutions sur l'isolation du parc privé de logements, en lien avec les grands financeurs que peuvent être la Région, la MGP, le Département; mais je n'ai rien trouvé. J'ai cherché comme chaque année les mesures incitatives pour accompagner des modes de déplacements alternatifs à la voiture dans Colombes. Je n'ai rien trouvé. J’ai cherché la manière dont vous compensiez les impacts financiers de l’augmentation des cours des matières premières fossiles en orientant votre politique énergétique vers un mixte intégrant les énergies renouvelables, solution totalement absente de votre rapport sur le développement durable.

Par contre, alors que ce secteur est complètement saturé, vous allégez les contraintes de stationnement sur les 330 logements de la seconde tranche de l’écoquartier de la Marine. On peut donc craindre le pire pour l’Arc Sportif. A l'heure où les incidents climatiques et les pics de pollutions s'accélèrent, j'attendais mieux de votre part.

Le film récent réalisé par Marie-Monique Robin « Qu’est-ce qu’on attend ? » , après celui de Cyril Dion et Mélanie Laurent dit mieux que de grands discours, que notre futur sera économe des ressources, solidaire, accueillant, métissé, pensé collectivement et réalisé en collaboration avec tous les habitants.

Je termine ce propos en insistant sur la nécessité de bâtir le budget primitif sur cette exigence d’un budget en transition. Nous ne devons pas seulement subir. Nous avons une part d’initiative pour Colombes, pour la planète, pour l’humanité. On ne trouve rien de ce cela dans vos orientations.

Franchement, au final, il n’y a qu’une chose à vous dire : peut vraiment mieux faire. Vous avez jusqu'au 2 février, date du vote du budget primitif 2017, pour améliorer votre copie.

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Published by patrick
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