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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 19:12

Je ne suis pas un défenseur acharné de dictateurs en tous genres. C'est même un euphémisme. Je ne suis pas un défenseur non plus de la révolution bolivarienne conduite par Chavez au Venezuela, conduite par un caudillo de gauche au nom du peuple et pour le peuple. En d'autres temps, le Péronisme avait déjà montré l'exemple.

 

Malgré cela, il faut faire œuvre de mémoire et de connaissance, sans quoi on ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe au Venezuela, et sans quoi on en est réduit à des anathèmes qui sont plus des borborygmes de salon que de l'intelligence politique partagée. Voici donc un résumé -subjectif- de divers articles que j'ai pu trouver sur le sujet.

 

Il faut se rappeler que le Venezuela est resté un état démocratique pendant près de 40 ans  après la seconde guerre mondiale, tandis que l’Amérique latine sombrait, sous l'influence américaine aveuglée par la guerre froide et dans la continuité de l'expansionnisme des Etats-Unis entamé au 19ème siècle,  dans les dictatures et l’autoritarisme.

 

Il faut se rappeler les contextes des années 90 - la mémoire fait souvent défaut. ils s'inscrivent dans l'évolution en Amérique Latine du castrisme et du guevarisme, dans la diminution de l'influence américaine et dans la démocratisation de nombre d'états et dans leur basculement à gauche que les gouvernements soit populistes ou pas (Brésil en 2003 avec Lula, Argentine en 2003 avec Kirchner, Uruguay en 2005 avec Vazquez puis Mujica en 2010, Bolivie en 2005 avec Evo Morales, Équateur en 2007 avec Correa et Paraguay en 2008 avec Fernando Lugo), dans la montée des pays émergents, dans la réorganisation des pays producteurs de pétrole quant le prix du pétrole explosait.

 

Chavez a débuté dans la vie politique par deux putschs en 1992. Après un séjour en prison, il accède au pouvoir par les urnes, en 1998, puis est réélu trois fois.

 

Le chavisme s’est rapidement identifié à Cuba et au castrisme. Le noyau dur des chavistes est longtemps resté formé par les militaires putschistes de 1992, que Chavez a privilégiés au détriment des civils. Autour d’eux ont gravité une extrême gauche dont le modèle est la révolution cubaine, radicale, des réformistes de gauche, des sociaux-démocrates, à côté d’affairistes de tout poil dont le profit personnel tient lieu d’unique idéologie, et qu’on pourrait ranger aisément à droite.

 

Le centre gauche,  une partie de l’extrême gauche non ralliée et les nouvelles forces de centre droit ou de droite ont cohabité dans l'opposition. Ils ont trouvé de réels relais dans la méfiance du mouvement étudiant et du mouvement ouvrier à l’égard du chavisme. Une bonne partie des travailleurs du secteur pétrolier, nationalisé ou déjà étatisé, a partagé cette attitude du fait de l'incurie des responsables et gestionnaires économiques du secteur,  conduisant le pouvoir à longtemps éviter les élections professionnelles et les négociations collectives dans les entreprises, faute de pouvoir s’assurer le soutien des syndicalistes.

 

Même si cette opposition au chavisme a évolué dans le temps , elle a structuré ce qui forme actuellement l'opposition à Maduro.

 

Lors de son arrivée au pouvoir, Chavez a bénéficié d’une conjoncture économique favorable. le Venezuela avait une économie mono-exportatrices, celle du pétrole.   Au début des années 2000,les cours des prix étaient en augmentation du fait d’un accroissement de la demande mondiale due à l'émergence de grandes puissances aux économies très énergivores comme la Chine. Les excédents de la balance commerciale du Venezuela ont permis à Chavez d’investir dans des politiques sociales ambitieuses et coûteuses. Puisant à pleines mains dans les revenus du pétrole, dont le pays est le cinquième producteur mondial, Chavez l'a généreusement redistribué faisant spectaculairement reculer la pauvreté et l'analphabétisme ; une attitude autrement plus généreuse que celles des autocrates arabes, du Quatar, d'Arabie saoudite, voire d'Irak, d'Iran et d'ailleurs.

La chute du cours du pétrole et la contraction de l’économie internationale suite à la crise de 2008 ont  provoqué une déstabilisation de l’économie. Les problèmes de financement des programmes sociaux nationaux (les missions) ont eu pour conséquence une augmentation du mécontentement populaire à l’égard du gouvernement. Ainsi le chavisme, dont la popularité dépendait des programmes sociaux et de la proposition d’une alternative crédible, se basaient sur des modèles économiques instables car sensibles aux variations de l’économie internationale.

la justice sociale

L’envol des prix du pétrole a fourni à Chavez les moyens de mettre en œuvre une politique sociale ciblée sur les secteurs les plus pauvres. Le discours chaviste était centré un thème central : celui de la justice sociale. Chavez se présentait comme celui qui allait rompre avec des décennies de domination de l’oligarchie, mettre en œuvre une politique de redistribution des richesses et favoriser la mobilité sociale. Au vu du haut niveau des inégalités sociales enregistré dans ce pays, on comprend bien la sensibilité de la population à ces thématiques. Afin de respecter ses promesses, le gouvernement chaviste a appliqué des politiques protectionnistes et de planification économique, de nationalisation de secteurs stratégiques comme le pétrole. Toutefois ces politiques ont rencontré de nombreux obstacles comme la mauvaise gestion et les conséquences des revirements de conjoncture économique. Surtout la corruption persistante et l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie chaviste a montré les limites de ces politiques et un dévoiement des idéaux de base.


Malgré les défis et certains renoncements dans leurs politiques économiques, les premiers mandats de Chavez ont été synonymes de progrès social inédit. Un des succès de la « révolution bolivarienne » souvent mis en avant est le système national des missions (SMN). permettant une augmentation significative du taux d’alphabétisation, ou encore d’amélioration des conditions de vie et d’hygiène avec l’ouverture de consultations médicales gratuites et des subventions à l’acquisition d’un logement. Ces mesures ont permit à des millions de personnes de sortir de la pauvreté.

 

D’autres politiques sont également synonymes de progrès social, comme celle en faveur de l’égalité homme-femme, avec la lutte contre les discriminations faites aux femmes au Venezuela. ont légitimé en partie le chavisme en défendant l’inclusion politique des femmes. Sur le thème des droits des « peuples originaires », les gouvernements de Chavez ont reconnu dans la nouvelle Constitution de 1999 le caractère multiéthnique, pluriculturel et plurilingue de la république vénézuélienne ainsi que des droits spécifiques des communautés originaires sur leurs territoires ancestraux (d'ailleurs Chavez est le premier président d’origine indigène (c'est un métis).

 

Mais il a par ailleurs négligé de développer les infrastructures du pays et de soutenir son secteur productif. Il n'a pas pu ou voulu maîtriser la corruption, de sorte que le Venezuela, tout entier dépendant des revenus pétroliers, a perdu ses usines et son agriculture, est devenu un haut lieu de la corruption et du narco-banditisme, lesquels ont gangréné aussi les cercles du pouvoir et la famille du président, et surtout un champion mondial de la criminalité avec plusieurs milliers d'homicides par an.

 

Elu avec un programme politique et social ambitieux promettant de redistribuer les richesses, ses premières mesures se sont attaquées aux privilèges de l’oligarchie historique et ont été prises en dépit de la farouche opposition de cette dernière. Réunie dans la Fedecámaras, la principale organisation patronale et appuyée par les médias de communication qu’elle possèdait, l’élite économique avec l’appui d’une partie de l’Armée a essayé de renverser Chávez. Le 11 avril 2002, Chavez, est séquestré par les militaires lors d’une tentative de coup d’État. Le peuple de Caracas réagit et la foule a investi les grands axes de la capitale pour obtenir la libération d’« El Commandante ». Cela demeure un des récits fondateurs du chavisme sur lequel s'appuie Maduro.

 

A propos du populisme chaviste (toute similitude avec la situation française …)

 

Le culte poussé de la personnalité

C' est un autre aspect du chavisme. Il s’explique par le charisme de Chavez son talent oratoire et sa capacité à électriser les masses. Le leader sait comment être aimé et détesté. Ses choix politiques et ses manières de faire contribuent à cristalliser l’opposition entre ses partisans et ses opposants.

 

L’ennemi, agent mobilisateur

La dénonciation des menaces de la part d’un quelconque ennemi est un élément incontournable à tous les discours politiques. Une mobilisation a besoin de quelque chose ou de quelqu’un contre lequel lutter que ce soit une personne, un pays, un système ou un vice supposé. Dans les mouvements populistes, la dénonciation d’un ennemi, en l’occurrence une élite, est exacerbée. Bien évidemment les ingérences étrangères expliquent l’omniprésence de ce type de discours mais il est avant tout une ressource politique stratégique « bon marché » savamment manipulée par les dirigeants.

Ainsi, la rhétorique anti-impérialiste et anti-oligarchie sont des axes essentiels des discours chavistes. Les États-Unis sont présentés comme l’ennemi à abattre. Chavez se voulait comme le chef de file d’une Amérique latine opposée aux intérêts de l’impérialisme nord-américain. L’inimitié entre Washington et Caracas est bien connue et les extravagances verbales du leader vénézuélien ont participé à sa popularité mondiale comme lorsqu’il qualifiait à la tribune des Nations Unies le président George W. Bush de « diable », d’« âne » ou encore d’« ivrogne ». Dénoncer l’oppression nord-américaine via ses agents, les grandes compagnies du secteur des matières premières, ou encore l’interventionnisme continu contre les gouvernements « populaires » et l’appui aux « réactionnaires » sont des lieux communs du discours chaviste.

 

La dimension latino-américaine du chavisme. 

Un élément important du chavisme est la « Patria Grande », la grande patrie latino-américaine, Le Venezuela est la patrie de Simon Bolivar, le Libérateur à l’origine du concept d’unité continentale. Le Venezuela n’a jamais douté de son appartenance à la communauté latino-américaine. Et Chavez a pu trouver de plus en plus de soutiens à mesure que les pays latino-américains élisaient des gouvernements de gauche. Chavez a réussi avec l’ALBA (l’Alliance bolivarienne pour les Amériques) à proposer une organisation d’intégration régionale. Cette alliance a donc un sens politique alors que le Mercosur est plus un traité de libre-échange entre certains pays d'Amérique Latine).

 

Le chavisme est un mouvement politiquement homogène

Officiellement, il n’y avait pas de chavisme de gauche ou de chavisme de droite. Mais in a vu que ce n'était pas tout à fait le cas. Les tensions internes au chavisme étaient davantage conjoncturelles que structurelles. Elles ont été aggravées par la disparition du leader qui a exacerbé des rivalités de factions dans la lutte pour la succession du dirigeant bien plus que de réelles luttes idéologiques de fond. Chavez a toujours fait des références directes au socialisme en utilisant les thèmes et le champ lexical propre à la gauche.

 

Le populisme médiatique

Le chavisme s'est appuyé sur une nouvelle forme de populisme plus médiatique, grâce à la télévision et aux réseaux sociaux. finalement ce que les démocraties occidentales (USA, UE, Russie) esquissent à leur tour.  

 

 

Quel avenir pour le chavisme et le madurisme?

On peut penser que le régime de Maduro, au vu des exactions commises et des atteintes à certaines formes d'un Etat de droit, est appelé à disparaitre. Le chavisme sans Chavez a joué sa survie et semble l'avoir perdue. Car, ce n’est pas en se drapant dans une prétendue pureté idéologique qu’il a des chances de devenir une force durable et de continuer à peser au Venezuela. Il restera sans doute une référence historique, sans plus.

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Published by patrick
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