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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 12:23

Les attentats de Barcelone et de Cambrils commis hier sont effroyables et mobilisent normalement notre indignation. Qui ne serait pas révolté face à ces carnages?

 J’entends ce matin que c’est le style de vie européen qui a été hier attaqué en Espagne, comme cela avait été le cas à Paris, à Nice, à Berlin, à Londres, à Stockholm, à Bruxelles, à Copenhague et qu’il s’agit pour les assassins de détruire l’insouciance, la joie de vivre de la jeunesse européenne.

C’est sans doute en partie exact, mais ce n’est pas suffisant. Ce sont aussi les fondements des démocraties modernes qui sont mis en cause. Les terroristes qui sèment la terreur ne sont pas des nihilistes, des anarchistes, mais des hommes et des femmes qui, confrontés aux passions destructrices des temps modernes, cherchent à asseoir des dictatures dans une approche idéologique et territoriale de leurs croyances et de leurs pulsions de mort.

C’est pour cela qu’il ne faut pas oublier Orlando, Istanbul, Moscou, mais aussi Ouagadougou, Bamako, l’Afghanistan, l’Egypte, la Tunisie, sans parler d’Israël et de la Palestine, autant de lieux où la jeunesse n'a pas la même insouciance que la jeunesse européenne ni ses modes de vie. Quels que soient les régimes, quelles que soient les couleurs de peau, quels que soient les modes de vie, les morts ont ou devraient avoir autant de valeur, appeler à la même compassion, à la même indignation, à la même révolte.

Les récentes évolutions de pays comme la Pologne, ou la Hongrie qui sapent peu à peu les droits et libertés des citoyens de ces pays, le Brexit britannique, le Vénézuéla, l’élection de Trump aux Etats-Unis qui reflète la perte de repères d’une partie de cette grande puissance aux pieds d’argile (et le rassemblement de Charlottesville n’en est qu’un symptôme), les élections françaises avec des taux record d’abstention et de voix pour l’extrême-droite manifestent aussi l’affaiblissement moral de notre pays.

De grands pays comme la Chine, l’Inde (2,6 milliards d’habitants) et même la Russie qui laissent crever des pans entiers de populations du fait de traditions religieuses, de corruption et de méthodes dictatoriales ne peuvent être oubliées de nos préoccupations.

Tout cela pour rappeler que l’enjeu, essentiel à mon sens, est celui de la consolidation des démocratie, avec des formes adaptées aux histoires locales, et non pas une trajectoire conduisant à plus d’autoritarisme au nom de la sécurité et du bien commun.

Les attentats en Espagne vont sans doute relancer le débat sur la protection de notre pays et sur la sécurité des Français. Car il est évident que partout en Europe, et ailleurs, la menace est élevée. Après les attentats de 2015, je n’étais pas opposé à l’état d’urgence mis en place par Hollande et prolongé plusieurs fois, mais j’avais été opposé à la déchéance de nationalité proposée alors, puis abandonnée du fait des fractures que ce projet avait causée dans le pays pendant de longs mois.

Le candidat Macron avait proposé de mettre fin à l’état d’urgence en intégrant ses principales dispositions  dans le droit commun. Un  projet de loi antiterroriste a rapidement été préparé par le ministre de l’intérieur et a déjà été approuvé par le Sénat le 17 juillet. Il  devrait être soumis au vote de l’Assemblée nationale en septembre.  Mireille Delmas-Marty – éminente juriste - écrit (voir l’article précédent sur mon blog) qu’il existe plusieurs manières pour une démocratie d’abandonner les grands principes. Avec l’état d’urgence, ils sont suspendus de manière visible mais seulement pour une période temporaire. En revanche, avec le projet de loi antiterroriste, il s’agirait de créer à côté du droit pénal ordinaire un droit pénal bis qui permettrait de contourner ces grands principes. On entrerait ainsi dans une forme d’arbitraire politico-administratif, en quittant un état de droit censé protéger l’ensemble de la société et des citoyens. Or l’état de droit est un bien fragile de en démocratie qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu. On ne peut pas à la fois déclarer qu’on sera exigeant sur les situations polonaise et hongroise, et glisser tranquillement sur les libertés publiques en France au nom de l’antiterrorisme. Il faut évidemment plus de sécurité et se préserver des risques futurs d’attentats. Mais pour cela il ne faut pas moins de libertés publiques. L’équilibre est fragile. Il ne faut pas céder à la facilité.

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Published by patrick - dans démocratie
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