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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 13:06

Reprise

L’économie européenne, et avec elle l’économie française, va mieux. La croissance pourrait atteindre 1,6 % en 2017, selon l’Insee, après cinq années de quasi-stagnation. Du coup, la situation du marché du travail devrait continuer à s’améliorer grâce à la reprise de l’emploi dans le secteur marchand. De quoi ramener le chômage sous la barre des 9,5 % en fin d’année. Les raisons de cette amélioration sont nombreuses : le maintien d’un faible prix de l’énergie libère un pouvoir d’achat qui soutient la consommation ; même constat pour les taux d’intérêt, qui demeurent à un niveau historiquement bas, ce qui soutient l’immobilier et donc l’activité du bâtiment. Les entreprises, qui voient leurs perspectives s’améliorer, recommencent de leur côté à investir. Enfin, la meilleure santé de nos voisins se répercute sur la demande adressée à la France. Bref, un cercle vertueux serait en train de s’enclencher, conforme aux bonnes vieilles lois de la macroéconomie keynésienne. Toutes ces bonnes nouvelles suscitent cependant une sourde interrogation chez les esprits espiègles : comment est-il possible qu’une telle embellie intervienne alors même que les réformes destinées à "libérer le travail" (sic !) sont encore dans les limbes ? Il ne faudrait pas que la situation s’améliore trop vite, on risquerait de se demander si ces réformes sont bien nécessaires !

Code

Antoine Lyon-Caen, éminent juriste qui avait l’an dernier cosigné avec Robert Badinter un projet de simplification du code du travail, s’inquiétait récemment de l’influence exercée par quelques économistes proches d’Emmanuel Macron sur les projets de réforme actuels1. On ne peut que lui donner raison. La théorie économique standard peine en effet à comprendre ce qu’est une entreprise. Parce qu’elle pense d’abord la vie économique comme un ensemble de contrats noués entre individus, elle s’intéresse davantage à l’immédiateté de l’échange qu’au temps de la production. Comme si l’économie réelle fonctionnait comme un marché boursier ! En vérité, une entreprise, c’est d’abord un ensemble de personnes qui maîtrisent des savoir-faire techniques, organisationnels et commerciaux. Des savoir-faire accumulés au fil du temps et qui fondent leur capacité à produire ensemble des biens et des services qui trouveront preneur sur le marché. Dans ces conditions, si l’entreprise a besoin de flexibilité pour s’adapter à des circonstances changeantes, elle a également besoin de permanence, pour se construire et se développer. Ce qui suppose que toutes les parties prenantes y trouvent leur compte, à commencer par les salariés. Comme l’a observé le think tank La Fabrique de l’industrie dans un rapport récent2, un des maux dont souffre l’économie française est sans doute moins le manque de flexibilité que des modes de management qui conduisent trop de salariés à perdre toute motivation. L’entreprise qui réussit n’est pas un objet à restructurer en permanence, mais une histoire qui s’écrit.

Nucléaire

Après l’Autriche, la Suède, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse et le Québec, la Corée du Sud vient à son tour de décider le mois dernier de renoncer progressivement à l’énergie nucléaire. Un choix dicté d’abord par des raisons de sécurité, mais que conforte la baisse du coût des sources renouvelables, désormais moins chères que le nucléaire. Même l’éolien offshore est en train de devenir compétitif, à en juger par les prix de vente proposés par les producteurs lors des derniers appels d’offres en Allemagne. A lire la liste des pays qui ont renoncé à l’énergie nucléaire, une évidence saute aux yeux : ce ne sont pas de doux rêveurs, mais des pays particulièrement innovants, fortement exportateurs et dont les dirigeants font des choix rationnels parce que non soumis à l’influence d’un puissant lobby nucléaire, comme c’est le cas en France. Emmanuel Macron, qui se veut du côté des "progressistes" contre les "conservateurs" dans tous les domaines, dispose là d’un champ d’action à sa mesure.

  • 1. Tribune publiée dans Le Monde daté du 10 juin.
  • 2. Voir "La qualité de vie au travail : un levier de compétitivité", La Fabrique de l’industrie, Anact et Terra Nova, octobre 2016. Accessible sur https://lc.cx/qwMg

Pfilippe Frémeaux, éditorialiste à Alternatives Economiques

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Published by patrick
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