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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 00:01

A propos d'un coup d'état social

 

La semaine dernière, nous avons eu le droit, face à la réforme du code du travail, par J-L Mélenchon et la France Insoumise à un appel de contre le coup d’état social en œuvre. Les affiches sauvages  qui pullulent  pour le 23 septembre reprennent ce slogan.

Les mots ont un sens, et un Coup d’État est un coup d’état. Or si E. Macron veut changer en profondeur "un monde ancien", il ne s'en prend pas aux fondements de nos institutions. Simplement, il les américanise.

 

E. Macron a été élu démocratiquement. Certes par une minorité d'inscrits, mais par une majorité de votants. Ce qui est le cas depuis plusieurs élections de tous types. Ce terme de coup d'état est inapproprié et fait partie du vocabulaire de la communication politique. J'imagine que les réseaux sociaux vont s'en emparer. Il est évident que E. Macron met en cause le contrat social issu de la résistance, pour le remplacer par un nouveau contrat que j'ai du mal pour l'instant à caractériser. Pour conforter cette idée que E. Macron ne procède pas d'un coup d'état, je m'inspire d'un texte de Gérard Grunberg, du 30 juin dernier, qui rappelle  comment trois hommes providentiels (voire quatre) ont détruit le régime républicain préexistant  par un coup d’État. 

 

Après le consul Bonaparte (futur Napoléon 1er) lors de la révolution française, Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, se présente comme le sauveur de la Nation, dont la mission est de mettre fin à la crise de fonctionnement du régime républicain. Il adopte une attitude monarchique, critique le pouvoir parlementaire et rejette le clivage gauche/droite. Il met en cause la responsabilité des partis politiques et appelle au rassemblement des Français sous son autorité. Il fonde sa légitimité sur son large soutien populaire et développe une communication politique efficace, débouchant souvent sur un véritable culte de la personnalité. Enfin, il s’appuie d’abord pour gouverner sur l’appareil de l’Etat et ses fonctionnaires.

 

En 1940, Pétain a clairement procédé à un coup d’état antirépublicain les 10 et 11 juillet 1940. On connait la suite du régime vichyste et de l’État français, producteur des premières loi antisémites sans que les nazis n'aient encore rien exigé. État français remettant en cause la devise nationale et l'esprit de la République au nom de l'instabilité de la 3eme République.

 

De Gaulle a renversé une République en surfant sur la menace d’un coup d’État militaire mais il a instauré un nouveau régime républicain et non pas un pouvoir dictatorial. Cependant, il n’a jamais voulu fonder la légitimité de son pouvoir sur l’obtention de majorités parlementaires et son usage du référendum a pu été parfois assimilé aux plébiscites que les deux Bonaparte ont utilisés pour fonder ou refonder leur pouvoir (cf le coup d'état permanent de F. Mitterand)

 

Les régimes bonapartistes, tout comme celui de Vichy, se sont effondrés. En revanche, le départ du Général de Gaulle en 1969 n’a pas donné lieu à un changement de république mais à un renforcement de son caractère parlementaire, les partis politiques se l’étant peu à peu approprié.

Toutefois,  la création d’un parti gaulliste a permis au Général de Gaulle, pendant toute la période où il a exercé le pouvoir, de ne pas avoir à affronter la contradiction initiale au cœur du compromis de 1958 entre régime présidentiel et régime parlementaire. En 1969, voulant réaffirmer la primauté du premier sur le second au moyen d’un référendum, son échec a confirmé, au contraire, la double nature de ce régime. 

 

Emmanuel Macron, élu président dans le cadre des institutions de la Ve République, n’a pas eu besoin de changer de République ni de faire appel à ou de se servir de l’armée pour conquérir le pouvoir. Il se différencie de ses devanciers (si l'on considère que c'est un homme providentiel) par son rapport à la nation. Certes, il critique, comme eux, le monde ancien et les partis précédemment au pouvoir qui auraient échoué dans leur mission politique. Il affirme, comme eux, l’importance de la nation et il s’engage à la fois à la protéger et à lui rendre, sinon sa grandeur, du moins son influence. Mais il ne pense pas, bien au contraire, qu’il y ait une contradiction entre cet objectif et le renforcement de l’Union européenne et du fédéralisme européen. Ce trait est important et marque une rupture avec l’image de l’homme providentiel ayant une vision de la politique extérieure fondée uniquement sur les relations, pacifiques ou guerrières, qu’entretiennent les nations entre elles.

 

A propos de l'interview d'E. Macron dans Le Point

 

Ce préambule m'amène à faire quelques commentaires sur l'interview du Président de la République dans l'hebdomadaire Le Point de cette semaine. Mes commentaires, non exhaustifs, n'abordent pas la réforme du code du travail.

 

1°) E. Macron n'aborde pratiquement pas la question écologique dans cette interview fleuve. Etonnant alors qu'il en fait un pilier de son action.

 

2°) Quand E. Macron évoque le monde ancien, il vise explicitement les partis au pouvoir depuis 30 ans, c'est-à-dire à partir de l'alternance mitterrandienne. Comme si ce qui avait précédé n'appartenait pas au vieux monde productiviste. Par exemple la politique agricole qu'a dénoncé le rapport Mansholt dès 1968, lui-même emprunt de logiques productivistes qui donnent les résultats que l'on sait aujourd'hui Par exemple le tout-nucléaire décidé en 1973. Par exemple la recherche aéronautique avec le succès commercial que l'on connait  pour le Concorde, par exemple la Françafrique qui a maintenu les anciennes colonies françaises dans un état de dépendance au lieu de miser sur leur développement.

Il y a donc tromperie sur la marchandise quand le Président de la République parle d'un vieux monde.

 

3°) E. Macron s'approprie les transformations (c'est le mot important  de la rentrée) relatives à la moralisation de la vie politique, à la lutte contre le réchauffement climatique, au redressement éducatif, à la libération du marché du travail ou encore à la lutte contre le terrorisme. Comme si rien n'avait été fait par l'un ou l'autre gouvernement de la 5ème république depuis ces deux dernières décennies, quoiqu'on pense des mesures prises au fur et à mesure de ces années-là.

 

4°) J'ai du mal à comprendre son propos quand il appelle à l'héroïsme politique, et qu'il l'oppose à un esprit de défaite et une politique victimaire. Autant j'ai déjà critiqué les déclinistes de tout poil, autant l'héroïsme individuel en dehors d'événements exceptionnels (par exemple la résistance, la torture en Algérie) m'est étranger car je ne connais pas de héros qui n'ai commis quelques dégâts collatéraux . Quant à la politique victimaire, comment oublier les centaines de morts, de blessés dans leur chair ou dans leur esprit lors des attentats qui se sont succédé en France. La compassion et le soutien aux victimes et leurs familles sont un devoir pour chaque français. Mais si je lis bien son propos, son héroïsme est particulier et il l'évoque à deux reprises; il considère que l'objectif qu'il s'est donné pour la France n'est pas de s'adapter à la mondialisation, mais de réussir, d'être des leaders, de donner à chacun sa place selon son mérite. C'est peut-être cela l'héroïsme. Je en partage pas ce rêve américain qui, devient un projet pour la France.

 

5° Par contre je suis en phase avec lui sur le fait que la confiance doit être retrouvée vis-à-vis des institutions, des dirigeant de toutes sortes, et pas que politiques.  Je partage aussi le diagnostic que le système protège les inclus mais n'intègre pas les exclus. Je suis aussi en accord avec lui sur le fait  que notre pays se gargarise d'égalité, de fraternité et de liberté sans que les moyens existent pour faire vivre réellement ces grands principes. Je diverge d'avec lui par contre sur une partie des solutions. Il affirme que pour y arriver il faut libérer les énergies. Est-ce nécessaire? certainement. Est-ce suffisant? évidemment non.

Il théorise quatre fonctions économiques que sont l'apprentissage tout au long de la vie (confié aux universités et considéré pour elles comme une source de revenus), la production des biens et des services, la création et l'innovation, les activités d'aide et d'entraide. Autant les 3 premières fonctions sont des thèmes mis en avant depuis près de 40 ans et n'ont rien de nouveau (hormis le fait que la formation professionnelle sera confiée intégralement aux universités), autant la dernière interroge sur la volonté de passer dans le secteur marchand des pans entiers de la solidarité nationale (par exemple la santé?).

 

6°) La transformation des cotisations sociales vers la fiscalité, au-delà des aspects techniques de l'élargissement de la CSG et de la contribution importante des retraités à l'effort de financement, en principe financé par la taxe d'habitation (ce qui est pour le coup des plus incertains), ou encore le financement de l'assurance-chômage  ou bien encore les évolutions prévisibles des minima sociaux soulèvent des questions de fond, de philosophie politique quand à l'essence même des solidarités entre actifs et non-actifs des mêmes générations, ou de générations différentes, mais aussi du bien-être dans une société moderne.

Européen convaincu, j'adhère aux propos d'E. Macron qui exprime bien que l'Europe est le niveau approprié pour recouvrer une souveraineté qui ne peut être nationale mais européenne quand on aborde les questions sociales, fiscales et environnementales.

 

7°) A deux reprises, il évoque "le monde libre" et ses valeurs (paix, démocratie, climat). Je pensais que cette notion de monde libre était tombée en désuétude, mais la voici revivifiée. D'un côté l'Occident; de l'autre côté le reste du monde explicitement réduit aux états autoritaires (Arabie Saoudite, Turquie, Russie, Iran), mais aussi pour d'autres raisons à la Chine. ou la Corée du Nord. Comme si les relations internationales étaient redevenues binaires comme au temps de la guerre froide.

E. Macron met en cause le multilatéralisme et l'interventionnisme moral intempestif au proche et au Moyen-Orient ainsi qu'en Afrique du Nord (nos voisins, ce qui fondes son appréciation ) ces 10 dernières années. Mais en même temps il critique la position russe en Ukraine (donc hors Occident mais aux franges de l'UE) sans préciser quelle est sa position (tout au moins dans cette interview) ou celle de Trump (en Occident, mais défavorable aux accords sur le climat). La ligne n'apparait pas très claire.

 

A propos du libéralisme

 

Le libéralisme est un courant politique, économique et philosophique qui a toute légitimité pour exister. Bridé en France depuis la fin de la guerre, il a été remis en vogue à l'époque de Giscard d'Estaing et de Raymond Barre, et n'a cessé de s'amplifier depuis pour devenir le mode de pensée dominant. E. Macron s'inscrit dans ce courant et je pense que nombre de critiques de F. Hollande se sont trompés en le cataloguant dans cette seule case.

 

Le concept dominant des libéraux est … la liberté. Les droits des citoyens et de la société (de l'Etat, des organisations, des communautés) visent à soutenir les libertés d'agir:  liberté d'expression, de circulation, d'association, d'entreprendre, etc. Par contre, les libéraux sont beaucoup plus réticents à reconnaitre d'autres droits, ceux qui sont dus par la société à la société: droit à la subsistance, à la santé, à l'éducation, mais aussi au logement, au travail, à l'environnement, au bonheur... Sans être tout forcément illégitime ou déresponsabilisant, de tels droits postulent pour être satisfait qu'un individu peut exiger que d'autres, sur lesquelles il aurait des « droits », lui procurent des biens sans que lui-même n'agisse. Pour les libéraux, ce sont là des droits constitutifs de l'idéologie perverse de l'Etat Providence. Ils en récusent la grande majorité, leur reprochant de contredire et détruire les libertés fondamentales, puisqu'ils impliquent que contre leur consentement, certains individus deviennent de simples moyens pour d'autres. De plus, leur détermination est laissée à la discrétion de groupes d'intérêts et de l'Etat, ce qui ouvre la porte à une infinité de revendications illégitimes adossées à une mentalité passive d'« ayant droit ». Il semble , à lire l'interview d'Emmanuel Macron, que celui-ci se situe bien dans ce courant de pensée. Ce n'est pas un crime, il faut juste le savoir pour bien saisir certains aspects de son action.

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Published by patrick - dans politique
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