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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 09:18

Apparemment tout oppose culture et démocratie. La culture est souvent tenue pour élitiste et individualiste, et la démocratie, comme un régime où les particularités s’effacent, où le collectif tend vers le moyen, et l’égalité, vers la médiocrité. Or, en démocratie, chacun vote, car en droit, chacun compte pour un.

On voit bien qu’il y a une relation entre la culture et les conduites démocratiques. Des valeurs sont mobilisées qui traversent et orientent au même titre culture et démocratie: reconnaissance publique, éducation, pluralité, et engagement personnel. Des valeurs qui illustrent ce fait, et qui a sa force, ses enjeux, son histoire.

Trois exemples :

Premier exemple : dimanche, je suis allé voir l’expo « Paris fait son printemps de jazz » au musée du quai Branly, qui devient un vrai rendez-vous des civilisations.

Le jazz a été un phénomène musical majeur du XXe siècle qui a influencé autant la peinture que la photographie, le cinéma ou la littérature.  Ray, Wall, Warhol, Léger, Dalí, Dubuffet, Picasso, autant de noms dont les œuvres l’ont rencontré, même de loin (par exemple des illustrations de pochette Vinyle d’Andy Warhol dans les années 1950). A partir de la ségrégation dont les noirs ont été victimes (allant jusqu’aux lynchages et aux assassinats), un état d’esprit s’est développé au-delà du champ musical,

petit résumé avec des extraits empruntés au musée Branly:
"La naissance du jazz se situe vers l’année 1917, moment décisif avec la fermeture du quartier de la Nouvelle Orléans Storyville et de ses lieux de plaisir, creusets du jazz. Suit alors un déplacement des musiciens vers le nord des États-Unis, Chicago et New York, véritable diaspora d'artistes porteurs d'un courant qui a bouleversé le siècle. Man Ray, James Blanding Sloan, Miguel Covarrubias ou Jan Matulka sont autant d'artistes qui contribuèrent à faire de ce style musical un phénomène aux multiples expressions artistiques au temps des "années folles", avant son exportation en Europe dans la période de l'entre-deux-guerres.
Au Jazz Age succède ensuite la vogue du swing, qui fera danser les foules des années trente sous la houlette de Duke Ellington, Count Basie, Benny Goodman ou Glenn Miller, avant d’évoluer vers de nouvelles formes: le boogie woogie, la révolution musicale du be-bop lancée à la fin de la seconde guerre par Charlie Parker ou Miles Davis, suivi du West Coast Jazz et de la contre-révolution du free-jazz.

A ces différentes étapes correspondent autant de traductions  dans les arts du graphisme (Picasso, Matisse, Mondriant, Fernand léger, Jean Dubuffet, Jackson  Pollock, Calder), de la photographie (Carl van Vechten, Roy DeCarava, Archibald Motley, Romare Beardeb),de l’affiche , et du cinéma (Murnau, Méliès, Pasolini, Melville, Louis Malle, Antonioni, Cassavetes)"
Parallèlement, la société américaine est confrontée de plus en plus à la volonté des noirs de sortir de leurs ghettos, en reflet à ce que vit la société américaine (les deux guerres mondiales, les droits civiques, la guerre du Vietnam, Luther-King, Malcom X, …) et à l’émergence des indépendances africaines.

 Deuxième exemple :

Le 26 avril dernier, se déroulaient au théâtre de l’Odéon « six heures pour l’Europe des cultures » sous la houlette de Dany Cohn Bendit avec avec Marjane Satrapi (scénariste et dessinatrice– Iran, France), Elias Sanbar (écrivain – Palestine), Hoda Barakat (écrivain – Liban), Yuri Andrukhovych (écrivain – Ukraine), Elif Shafak (écrivain – Turquie), Ales Debeljak (poète et essayiste – Slovénie,) Matthias Langhoff (metteur en scène – Allemagne), Cédric Klapish (réalisateur, acteur, producteur et scénariste – France), Werner Schulz (animateur de la révolution douce en Allemagne de l'est – Allemagne). Edgar Morin (philosophe– France), Richard Sennett (professeur de sociologie – États-Unis), Claus Leggewie (politologue – Allemagne) .


        Daniel Cohn-Bendit et Elias Sanbar,
ancien directeur de la revue "Etudes palestiniennes",
ambassadeur de Palestine à l'Unesco.

De manière vivante, on a pu voir que la culture est constitutive de l’Europe, qu’elle l’a irriguée par sa vitalité, résultat de siècles de créativité, d’échanges, de circulation et de partage. Il n’y a pas que le capital financier qui peut circuler en Europe, et Schengen ne peut empêcher hommes et femmes de croiser leurs diversités.

Croiser des regards du dedans comme du dehors avec des personnalités artistiques de toutes origines, confronter et commenter visions et perceptions d’une Europe forte de ses héritages culturels communs et déterminée à faire de la diversité un principe à la fois d’unité et d’ouverture sur le monde, était une sacré gageure. A travers des pratiques artistiques différentes, des histoires nationales complexes, chaque invité a su montrer que l’archipel européen, fort de son passé, construit une identité toute en devenir (pour conforter ce point de vue, il faut lire le dernier livre de Milos Kundera "une rencontre", ed Gallimard).

Troisième exemple : la variété, des spectacles, des animations, des musiques proposés par les amateurs artistes en tous genres dans les grands équipements de la ville, mais aussi dans tous les quartiers, dans les lieux connus, mal connus et méconnus ; Qu’il s’agisse du théâtre, du cinéma, du musée, de la musique (qui s’ouvre à enfin à Colombes à de nouvelles pratiques (jazz, musiques actuelles en plus du hip-hop ou du slam), de la création dans ces différentes disciplines, de plus en plus de nouvelles pratiques artistiques, dans tous les quartiers, , seront proposées à des centaines de Colombiens.  Jeunes, adultes, séniors, ils construisent ainsi des passerelles entre les habitants, s’appuyant sur leurs histoires personnelles, familiales, nationales, à l’image de la mosaïque culturelle qu’est Colombes, et par petites touches, fabriquent une démocratie des citoyens.


Fanny Ardant a lu une nouvelle  de Bukowski, Stéphane Hessel des poèmes anglais et allemand.

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Published by patrick - dans culture
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