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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 23:41

 

Séisme! Quel séisme? Un séisme est imprévisible, brutal, dévastateur. Rien de tel avec le résultat des élections européennes totalement prévisible voire programmé.

 

Le vrai séisme a eu lieu en le 21 avril 2002. Peut être, pouvons nous parler de réplique.

 

Le score du Front national et l’effondrement des « partis de gouvernement » UMP et surtout, PS, ne peuvent faire oublier le vrai vainqueur de ces élections : l’abstentionniste. 58 % des électeurs ne sont pas allé voter, se sentant exclus par avance des enjeux de cette consultation.

 

La gauche, toutes tendances confondues, réalise son plus mauvais résultat (33 % environ). Aucune des formations qui s’en réclame ne progresse. Les 14 % du parti socialiste au pouvoir représentent environ 5 % des électeurs inscrits !

 

Le score de EELV est de 9 %, soit un recul de 7 % par rapport à 2009, il perd neuf des quatorze sièges obtenus en 2009 et revient à son étiage. Le Front de gauche stagne, mais cette stagnation cache de fait un recul. Le NPAdisparaît de la carte. Nouvelle Donne, le micro parti de Pierre Larrouturou fait une petite percée avec 3 %.

 

Une nouvelle victoire du FN

 

En 2012, le FN avait dépassé les 7 millions de voix. En réalisant un score inférieur à 5 millions de voix aux élections européennes, le FN a fidélisé et mobilisé un électorat qui lui est acquis. Rien de plus. C'est désormais une donnée constante et structurelle de la vie politique française, dans le soit disant pays des droits de l'homme qui ne devrait jamais oublier que le droit de vote des femmes n'a été acquis qu'il y a 70 ans, qu'il a produit le Maréchal Pétain et la collaboration active de l'administration française à la Shoa, un pays dont une partie importante de la population n'a pas digéré la perte de son empire colonial et ne comprend pas que les enfants de nos "indigènes" soient venus et restés en France, qu'ils sont français et qu'ils ont les mêmes droits.

 

Le FN est un courant politique qui s'inscrit dans l'histoire longue de notre pays et qui s'appuie sur une série de facteurs sociaux et idéologiques. Un courant politique prend de l'ampleur quand, à un moment donné, il réussit à capter et fédérer des idées, des sentiments, des ressentiments et des intérêts qui peuvent être hétéroclites voire contradictoires autour de quelques thématiques centrales et d'une histoire dans laquelle un certain nombre peut se retrouver.

 

Pour le FN, cette histoire est celle d'une France mythique qui doit se défendre contre tous ses ennemis de l'intérieur et de l'extérieur, histoire classique de la paranoïa des peuples qui constitua la matrice de "Mein Kampf". C'est dans cette histoire que se retrouvent aujourd'hui des millions de français, histoire simple, sans doute simpliste et finalement rassurante qui explique le déclin de la France, la fermeture des usines, le chômage, la fin du modèle social, la disparition des marchands de journaux, la baisse du prix du lait à la ferme, la diminution des réserves halieutiques, la drogue, l'insécurité, l'explosion du modèle familial,etc.. Les ennemis, ce sont les autres, les étrangers et les étranges, les différents, les technocrates, les politiciens, Bruxelles et la ...Finance, évidemment internationale, anonyme et monstrueuse, laquelle a remplacé les 200 familles du Front populaire de 1936 dans la conscience collective d'un prolétariat qui n'a plus d'avenir et qui ne peut plus rêver à l'instauration de sa propre dictature. La différence justement avec 1936, c'est l'inversion du rôle des classes sociales. La bourgeoisie, de la petite (ce qu'on appelle désormais les classes moyennes) à la très grande (qui a la mainmise sur les leviers de commande de l'économie tertiarisée, de la finance et des médias), défend aujourd'hui la démocratie et l'ouverture sur le monde alors qu'elle fût dans les années 30 le vecteur des fascismes européens (plutôt Hitler que le Front populaire).

 

Une grande partie des classes populaires s'est réfugiée dans l'illusion du rempart national et d'un Etat fort. Le FN a repris à son compte la défense de la Patrie et surtout de la République en danger. Les raisons sont finalement multiples et convergentes. Le vote FN est certes un vote sanction mais il est surtout désormais un vote d'adhésion.

 

Y a-t-il des explications et des responsabilités? Bien sûr.

 

Dans le désordre et sans vouloir hiérarchiser, il y a la réponse, aujourd'hui pathétique, du front républicain au cœur de la rhétorique du PS. L'antiracisme n'est pas un programme politique. Il n'est pas une réponse à la crise et aux attentes de nos concitoyens d'autant que les valeurs de notre République sont mises à mal pour beaucoup d'entre eux. Résumer le débat politique à cette seule ligne de fracture ne peut que brouiller encore plus les enjeux de ce débat et encourager la paranoïa de l'électorat FN, même si l'un des vecteurs idéologiques du FN qu'il n'est même plus la peine de formaliser est bien la haine de l'étranger et le racisme ordinaire.  

 

La lâcheté et l'opportunisme d'une grande partie de la classe politique gouvernementale, sur les questions de l'immigration, de la mondialisation, de la responsabilité des politiques nationales dans le cadre européen ont largement contribué à crédibiliser le discours du FN. 

 

Le rôle structurant de nos institutions qui place l'élection et l'institution présidentielle au cœur du débat politique, favorise les candidatures et les partis populistes au détriment du débat démocratique. Le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral a créé les conditions d'une crise politique permanente au sein de l'exécutif et entre celui ci et sa majorité parlementaire.  

 

L'absence de représentation proportionnelle aux élections nationales privent la moitié des citoyens d'une vraie représentation de leurs opinions et de leurs convictions. La confiscation de la politique par les élites sociales au travers des appareils des partis éloignent les citoyens des partis politiques. Il n'y a plus de partis populaires qui assurent la promotion sociale et l'émergence de cadres issus du monde des employés et des ouvriers (60% de la population). Tout au plus y a-t-il quelques aventures personnelles marquées par le sens de l'opportunité et l'individualisme.

 

L'image désastreuse que renvoie les deux partis dominants dans l'opinion publique alors qu'ils se partagent objectivement la quasi totalité des leviers de pouvoir est délétère. 

 

Il y a évidemment la crise économique, l'installation durable d'un sous-emploi de masse, le développement des salariés pauvres, le développement du déclassement social chez les jeunes.

 

En regard de cette situation, il serait vain et dérisoire de s'acharner à convaincre les 7 ou 8 millions d'électeurs qui ont voté FN qu'il sont dans l'erreur. Il y a 45 millions d'électeurs en France. L'enjeu est de convaincre les autres sur un projet alternatif.

 

Du productivisme à l'écologie

Si on additionne le résultat d'Europe Ecologie à celui du vaste éventail des  mouvements qui se réclament d'une manière ou d'une autre de l’écologie, comme Nouvelle Donne, une partie du Front de gauche, les décroissants, Corinne Lepage ainsi qu’à ceux qui se sont égarés sur les bulletins verts de l’Alliance Ecologique Indépendante, il correspond à 18 à 20 % des suffrages exprimés .

 

Le total des mouvements qui se réclament d’un développement où l’écologie est l’axe essentiel, est donc supérieur à celui de la social-démocratie, étant entendu que nombre d’électeurs de cette dernière, comme d’ailleurs une partie de ceux du Front de gauche, penchent en partie vers une alternative certes sociale mais aussi écologique. Cela ne veut pas dire qu’il y a deux gauches inconciliables mais que, désormais, l’axe structurant la gauche française est en train de passer du productivisme à l’écologie.

 

La seule prise de conscience de l’existence de cette force devrait être un formidable encouragement pour ceux qui se battent sur le terrain face aux lobbies des OGM, du gaz de schiste, du nucléaire, des bétonneurs et des pollueurs.

 

Les riches détruisent la planète mais les pauvres peuvent ne pas les laisser faire.

Voilà ce qu’il faut aussi entendre dans ces élections. La bonne nouvelle est que les thèmes majoritairement mis en avant par ce "parti de l'abstention" ne sont pas ceux d’une écologie libérale vouant son sort au marché carbone ou aux seules normes environnementales élaborées en chambre.

 

Cette force n’est pas europhobe, ne veut pas sortir de l’Union, mais elle n’y croit plus sous sa forme actuelle incapable de « faire Europe », de s’opposer à la finance et à la dictature des marchés. L’exemple du Grand marché transatlantique (TAFTA) aura été un des aspects les plus forts de la campagne.

 

La société du bien vivre, détachée du dogme de la croissance

 

Le consensus autour d’un projet de société du bien vivre, détaché de la religion de la croissance, avance également, face à un Parti socialiste enferré dans son programme d’austérité et de compétitivité. C’est par la relocalisation des activités, le new-deal vert, la transition écologique, le soutien à l’économie sociale et solidaire, que l’on créera des emplois et non par la réduction dogmatique des déficits et la casse des services publics. La relance devra se faire à partir des territoires, avec un contrôle citoyen accru favorisant les industries non polluantes.

 

La ligne de partage entre les nationalistes xénophobes et les partisans d’une Europe ouverte au monde, à une Méditerranée des peuples, qui refuse l’apartheid entre les immigrés, est indiscutable. Un nouveau projet politique, porteur d'écologie, ne saurait être ambigu à cet égard.

 

C’est pourquoi ces élections sont porteuses, en creux, d’une autre petite musique que celle des tambours proclamant la victoire du Front National. Outre qu’il ne pèsera pas grand-chose au Parlement européen, sa capacité de nuisance est uniquement indexée sur la décomposition du système politique français.

 

A nous, à vous,  de reconstruire une nouvelle manière de faire de la politique, plus ouverte, plus sociale, plus écologique, plus représentative, plus participative, plus démocratique.

 

article rédigé à partir de textes en particulier de JM Denjean et N. Mamère

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Published by patrick - dans démocratie
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