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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 18:09

Il y a quelques jours, un contrôleur de la SNCF a été grièvement poignardé par un passager qui a séjourné plusieurs fois en hôpital psychiatrique. En quelques heures, tous les contrôleurs cessent le travail et paralysent le trafic dans toute la France. Des dizaines de milliers de voyageurs sont bloqués au milieu de nulle part. Prise d’otage des voyageurs, droit de retrait, émotion, situation sociale tendue à la SNCF, restriction et suppressions de postes, les commentaires ont été … bon train. Mais si le problème se situait ailleurs ?

 

Réforme de la psychiatrie : vers une banalisation de la contrainte ?

Tout commence le 18 décembre 2004… à 6h30 : les corps sans vie de deux infirmières de l’hôpital psychiatrique de Pau, sont retrouvés égorgés dans le pavillon où elles étaient de garde… Un jeune schizophrène est très vite inculpé…

 

Quatre ans plus tard, à Grenoble : en novembre 2008, un patient schizophrène s’enfuit de l’hôpital psychiatrique de Grenoble et poignarde un étudiant.

 

Le 2 décembre, Nicolas Sarkozy annonce son projet de réforme de la psychiatrie : multiplication d’unités fermées, de chambres d’isolement, d’internements et de soins sous contrainte, sorties de plus en plus encadrées, instauration d’une sorte de « garde à vue » psychiatrique de soixante-douze heures, à l’issue de laquelle soit le patient est hospitalisé, avec ou sans son consentement, soit il rentre chez lui, avec obligation de se faire soigner dans un centre médico-psychologique

 

Deux drames, deux faits divers qui auront des répercussions considérables dans les milieux psychiatriques

Car sans attendre les conclusions de l’enquête judiciaire à Grenoble, Nicolas Sarkozy annonce au quart de tour une réforme de l’hospitalisation psychiatrique…

 

Ni plus ni moins qu’un changement de paradigme, car si le chef de l’Etat se targue d’être le premier du genre à visiter un hôpital psychiatrique, il est surtout le premier à parler d’ « obligation de soins ».

 

En dépit de l'opposition de la majorité des professionnels du secteur, la réforme de la loi sur l'internement psychiatrique sans consentement légal est entrée en vigueur, lundi 1er août, faisant suite  à la loi relative à la prévention de la délinquance de … 2007 !!. .

 

Une volonté d'assimiler les troubles mentaux à la délinquance

Michaël Guyader a été le premier à réagir à « la politique de la peur », comme il dit, mais il n’est pas le seul.  Un groupe de 39 psychiatres lui a emboîté le pas et a lancé une pétition contre « la nuit sécuritaire », qui assimile la maladie mentale à la délinquance. Or, les chiffres sont là : en 2005, selon un rapport de la commission «Violence et santé mentale », sur 51411 crimes et délits, seulement 212 ont fait l’objet d’un non-lieu pour irresponsabilité mentale, soit 0,4%. A l’inverse, les patients psychiatriques sont presque 12 fois plus souvent victimes de crimes violents que la population générale, et ils subissent 140 fois plus de vols. « C’est méconnaître nos patients que d’amalgamer la folie au danger qu’elle représente pour la société. Moi, je ne connais que des individus en souffrance. Les malades dont nous nous occupons sont avant tout des personnes fragiles, vulnérables, qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux. Quand on prend soin d’eux, ils vont mieux », affirme le médecin.

 

Pas de moyens pour les soins 

A la suite du crime de Grenoble, l’Etat a octroyé en urgence 70 millions d’euros pour sécuriser les établissements psychiatriques. Le Dr Guyader sourit : « C’est totalement paradoxal au regard de la pénurie de moyens dans laquelle nous travaillons et sur laquelle nous alertons régulièrement les pouvoirs publics. On soigne qui avec seulement deux infirmières et une aide-soignante dans une unité de 30 lits? Personne. »

Sauf que la conception de la psychiatrie est en train de changer depuis une vingtaine d’années, avec la disparition de l’internat en psychiatrie, la suppression du ­diplôme d’infirmier psychiatrique, l’érosion de l’enseignement de la psychopathologie… « On ne se pose plus la question du pourquoi de ce qui nous arrive, on veut des choses faciles à analyser, souligne Michaël Guyader. Aujourd’hui, il est de bon ton de dire que la maladie mentale est d’origine biologique. On traque le gène. Je ne suis pas contre les neurosciences, c’est formidable, mais on ne peut pas réduire la folie à cela. Notre travail ne peut pas se faire sans réflexion, sans tranquillité. Vouloir simplifier tout ce qui concerne l’humain est dangereux. » C’est pourtant la tendance, puisque même la timidité devient un trouble des conduites sociales et que les psychotropes prennent une place prépondérante. « Tout cela s’inscrit dans une tentative de mise à la norme, de classification, résume le Dr Guyader. Avec l’idée que si les malades mentaux prenaient leur traitement, ils ne passeraient pas à l’acte.

Des patients sous médicaments, je n’ai que ça dans mon service. Ça les apaise, mais ça ne suffit pas. Les choses sont bien plus complexes. »

 

Un plan d’action et de résistance éthique 

Le collectif "Mais c'est un homme",  composé notamment de plusieurs partis politiques d'opposition ( dont Europe Ecologie- les Verts) ainsi que du Syndicat de la Magistrature, a publié  le 1er aout  un communiqué  dans lequel il se déclare désormais "en résistance". "Le mouvement fort de lutte contre cette loi peut et doit se  poursuivre après sa promulgation", écrivent les signataires, estimant que la loi est "fondamentalement inacceptable car elle impose la contrainte et le contrôle social comme organisation du soin en psychiatrie, de l'hôpital au domicile, sous la nouvelle appellation aberrante de soins sans consentement".

 

Le collectif se dit "favorable à un débat national" sur le sujet et, en attendant, propose "un plan d'action et de résistance éthique" consistant principalement à désobéir à certains points de la nouvelle loi, tel que la mise en place des mesures de contraintes et suggère le "soutien des patients soumis à ces 'soins sans consentement'". Les signataires proposent à cet effet la création d'un "collectif d'avocats et juristes". "L'application servile de la loi ne créerait pas seulement l'injustice ou l'aberration psychiatrique ; elle créerait l'illégalité", estime encore le collectif, justifiant son appel à la "désobéissance civile"

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Published by patrick - dans santé
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