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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 23:39

Voilà 3 jours que j‘essaie de rédiger ce billet. Avec le plus grand mal tellement je suis scotché aux informations, tellement tout va très vite, tellement tout est horrible et violent, tellement cela nous saisit collectivement.


L’attentat de Charlie hebdo m’a meurtri à plus d’un titre.


Mercredi matin, dans le flot des actualités, il était question d’un attentat en Turquie, et de quelques victimes. C’était loin, c’était presque banal, ça ne méritait pas plus de 5 secondes d’infos, et une oreille distraite. Pourtant…


… Quelques heures après, c’était Charlie Hebdo et l’émotion était à son comble. Cet attentat, je m’y identifie. Parce que ce journal n’est pas un journal sérieux, ou plutôt qu’il traite de sujets sérieux de façons moins sérieuse qu’ailleurs. Parce que les dessinateurs nous sont familiers. Parce que j’écoutais à la radio Bernard Maris depuis des années, parce que 2 femmes – une psychanalyste et une stagiaire communale - sont mortes, parce que des juifs, parce que juifs, ont été exécutés. A une autre époque, ces quatre-là auraient été gazés. Parce que les autres victimes, assassinées, blessées, indemnes, nous sont tout autant familières : ce pourrait être nous, nos voisins, nos collègues.


Ces assassins m’ont volé une partie de ma jeunesse, de mes lectures, de mes dessins, parce qu’ils étaient devenus miens.


Ces fanatiques m’ont aussi blessé, car ils s’en sont pris à ma Démocratie, à ma République, à mes Valeurs, à ma Laïcité, à mes Idéaux.


Nos gouvernants, la classe politique – à part quelques exceptions -  ont été à la hauteur de ces événements, et il faut s’en féliciter. J’ai été admiratif de l’efficacité des forces de police et de justice qui donne envie de réconcilier la Nation et sa police.  J’ai été meurtri par l’assassinat de ces 2 deux jeunes policiers, l’un policier national, déjà à terre,  achevé froidement, sauvagement ; l’autre, jeune policière municipale, bientôt fonctionnaire à Montrouge, fauchée à l’aube de sa vie. 


Ils auraient pu se contenter de ne pas aimer tout cela et de l’exprimer démocratiquement. Non, ils détestent ce mot et ce qu’il représente, ont décidé de viser au cœur de ces hommes et de ces femmes, au cœur de la démocratie, en préparant soigneusement leurs attentats, leurs carnages, commandos nihilistes, fascistes des temps modernes, ajoutant des symboles aux symboles, des morts aux morts.


Depuis 3 jours, je pense sans arrêt aux victimes, mortes, blessées ou indemnes. Aux drames de leurs familles touchées intimement, violemment, à tous ces gestes quotidiens, ces instants, ces attentions  auxquels on ne fait jamais attention, et qui sont pourtant essentiels. Je pense à ces familles, adultes et enfants, qui souffrent,  qui vont vivre avec dans leur mémoire les corps déchiquetés, ensanglantés ; qui vont vivre dans la colère et dans la peur. Dans la colère contre les assassins, dans la colère ne pas avoir pu empêcher son proche de succomber aux tirs, d’être blessé, de tomber sous les balles terroristes. Et comment ne pas avoir peur ? Peur de continuer à vivre sans son père, son mari, son épouse, ou avec des blessures physiques et mentales telles que demain ne sera plus jamais comme hier.


Ce qui vient de se passer, c’est un crime. Ce sont 17 crimes, auxquels s’ajoutent les blessés, graves et moins graves.


Avec cet acte, c’est la République, mais surtout la Démocratie qui sont visées. C'est le droit d’avoir des opinions différentes, des religions différentes qui est mis en cause. D’être autres. De déconner aussi.

 

Comme nos sociétés avaient su résoudre la terreur provoquée par la Fraction Armée Rouge an RFA, les Brigades Rouges en Italie, Action Directe en France, elles devront se mobiliser à nouveau contre cette nouvelle Internationale Intégriste. Il risque d'y avoir des excès au plan policier, juridique, judiciaire et une grande vigilance, une grande exigence sur le respect des droits démocratique sera nécessaire. Justement parce que nous somme une Démocratie. 


Ce nouveau combat, qui n'était dans l’agenda politique de personne, doit y être intégré. Il  ne peut être mené que si toute la société sans exclusives et sans mises en demeures d'où qu'elles viennent se mobilise.Sinon, il est voué à l'échec.

 

Comment? Je ne sais pas trop mais c'est surement dans le quotidien que ça se joue : dans les lieux de relégation (les quartiers), d'enfermement (les prisons), de brassage (l'école publique), de croyances (les religions).

 

Et aussi dans un cadre laïque. Face aux événements des derniers jours, j'ai vraiment la conviction retrouvée et réaffirmée, chevillée au corps que c'est cette laïcité souple, ouverte, respectueuse des croyants et des agnostiques qui est la garante de nos libertés communes et le seul cadre acceptable par tous. Qui permet de dire merde à dieu tout en respectant toutes les croyances … sauf les intégrismes.

 

Les massacres  de Charlie Hebdo et de la porte de Vincennes,  me font dire qu'il faut à nouveau rendre notre République joyeuse, moqueuse et pas seulement grincheuse et râleuse. C’est une ardente nécessité. Même si ce n'est si facile.

 

Pour ma génération, depuis les années 80, la violence aveugle s’est égrènée indifféremment au gré des conflits et des enjeux de manière très différentiée, mais bien réelle laissant une trainée de morts et de blessés dont on ne se souvient hélas déjà plus. Pourtant, Qu’il s’agisse de la rue Copernic en 1980, de la rue des Rosiers en 1982, d’une bombe à Orly en 1983, de la rue de Rennes en 1986, du vol UTA en 1989,  de la vague d’attentats en 1995, de celui de Port Royal en 1996, de l’attentat de Karachi en 2002, et cette liste n’est sans doute pas exhaustive, la France, sur son sol, mais aussi ailleurs, a déjà été blessée dans sa chair, parce que son histoire post ou néocoloniale, son rôle d’ancienne grande puissance l’ont impliquée dans des conflits dont les peuples, en Afrique, au Proche-Orient principalement ont subi de pires dommages humains que notre pays.


Se rappeler ces dizaines de morts.


Mercredi soir, j’étais place de la République à Paris. Rassemblement digne, calme, ému, communiant autour des valeurs de liberté, contre le terrorisme. jeudi soir, devant l'Hôtel de Ville de Colombes, avec plusieurs centaines de nos habitants, et beaucoup de visages inconnus. Dimanche, je serai à nouveau place de la République pour défendre le droit d’opinion, le droit à la culture, à la connaissance parce que la culture est mère de la démocratie, et le rire et l’humour en sont des deux mamelles.


Il y aura des chefs et des responsables d’Etat. Certains sont des dictateurs patentés, d’autres contribuent fortement à ces dictatures. Je penserai très forts aux artistes, aux dessinateurs, aux charlie russes, tunisiens, algériens, marocains, israeliens, hongrois, turcs, chinois, vénézuéliens, iraniens, égyptiens, syriens et d’ailleurs en conchiant sur ces dictateurs. Et je serai avec cette France qui revendique, au plus profond de ses tripes et au-delà des différences politiques, le droit et l'expression de la Démocratie, en espérant que la France qui s’en tappe entende quand même quelques messages.


Après-demain, on verra.

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Published by patrick - dans démocratie
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