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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 21:42

la maison rose et son architecte ont été nominées - mais pas lauréats- en décembre aux prix d’architecture du moniteur (le prix le plus connu est l’équerre d’argent) au titre de la première œuvre privée

 

Les bons architectes l’affirment : les règlements n’ont jamais empêché de construire un bâtiment moche. En revanche, les règles brident à coup sûr la fantaisie. L’urbaniste Michel Cantal-Dupart se souvient «d’un type, à Nantes, qui avait peint sa maison en rouge. Ça indignait les voisins. Mais très rapidement, tout le monde parlait de la rue de la maison rouge». Avec sa lubie, l’hurluberlu avait créé un signal urbain.

Une petite voie de Colombes (Hauts-de-Seine) pourrait devenir, à son tour, la rue de la maison rose. L’une des maisonnettes d’avant-guerre qui la bordent est, depuis un an, toute rose. Du bas de la façade à la cheminée, tout a été recouvert d’une mousse polyuréthane de cette teinte, tuiles comprises. Le produit épouse comme un gant tous les détails et l’on distingue parfaitement la silhouette du coquet pavillon de banlieue. Le résultat est assez surprenant. Et une question saute à l’esprit : comment ont-ils obtenu l’autorisation ? Paradoxalement, en ayant un projet sérieux.

Les clients de Christelle Chalumeaux, l’architecte, voulaient s’agrandir. Ils pouvaient obtenir le droit de construire une extension (27 mètres carrés) à condition d’améliorer la «performance thermique» de la maison. C’est un système donnant-donnant prévu par la loi : je te donne de la surface, tu pollues moins. L’architecte a étudié les grands classiques de l’isolation. Mais l’empaquetage par l’extérieur s’est imposé à la fin.

Côté couleur, le client voulait du bleu. C’est donc un permis de construire azuréen que l’architecte a déposé en mairie de Colombes. «Très vite, j’étais dans le bureau de l’adjoint à l’urbanisme pour le convaincre. Je suis arrivée à 8 heures du matin et je suis sortie à midi.» Patrick Chaimovitch, l’adjoint, se souvient que, devant ce dossier, «les gens des services ont fait des bonds». Admettant que c’était «un peu spécial», il a «beaucoup hésité». «Et finalement, signé le permis.» Avec une réserve : pas de bleu, trop balnéaire.

> > D’où le rose, «dans l’idée d’une peau», dit Christelle Chalumeaux. L’élu raconte encore : «Quand les travaux ont été achevés, j’ai eu des hurlements autour de moi, on m’a parlé de chewing-gum, de guimauve.Mais je suis assez favorable à ce que les gens, les architectes, puissent s’exprimer.» Même si, ajoute-t-il, «honnêtement, je ne ferais pas ça tous les jours».

A notre époque, on a peu de chance de pouvoir réaliser un pavillon mauresque comme il s’en faisait dans les années 1920. «Il n’y a pas de place aujourd’hui pour les fantaisistes, résume l’urbaniste Cantal-Dupart. Et souvent, pas non plus pour l’architecture.»

 

 

Par Sibylle Vincendon (Libération du 15 janvier 2011)

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Published by patrick - dans ma délégation
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commentaires

Laizé Bernard 25/07/2011 21:33


C'est original!
Mais cet exemple devrait surtout servir à engager une réflexion sur la pertinence de la loi qui permet de bénéficier d'une augmentation de la surface constructible à condition que le projet réponde
à des critères de performance énergétique.

Dans ce cas, nous avons probablement effectivement une économie en matière de consommation énergétique . Mais pour cela, il a été utilisé des produits chimiques certainement à base de pétrole,
probablement toxiques en cas d'incendie , non recyclables, etc

Et si nous faisions le véritable bilan environnemental de l'opération?

Dans beaucoup de cas, nous pouvons prévoir que l'objectif premier sera le gain de surface constructible sans bénéfice réel en matière environnementale, esthétique et urbanistique .

Bernard Laizé


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