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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 22:58

Rigueur ou pas rigueur? Surtout ne pas appeler un chat ... un chat. Alors on chuchote, on susurre, et pourtant la rigueur est bien là.

La France a transmis à Bruxelles le 1er février dernier son « Programme de stabilité 2010-2013 ». Il prévoit que les déficits publics passeront sous la barre des 3 % de PIB dès 2013. Un document qui marque le  « tournant de la rigueur » du quinquennat de Nicolas Sarkozy…

Il faut bien sûr réussir à réduire le niveau des déficits publics après la crise, mais pour y parvenir se posent deux questions. La première est celle du rythme. Celui qui est programmé par le gouvernement  sous la pression de la Commission européenne est probablement trop rapide. D'autant que la Commission veut que la même politique soit mise en œuvre dans tous les pays de l'Union en même temps. Du coup, l'objectif de réduction des déficits ne sera très probablement pas atteint au final : la croissance risque de tellement ralentir que, contrairement à l'objectif poursuivi,les déficits augmenteront parce que les recettes baisseront, alors que le retour de la récession entraînera une nouvelle hausse des dépenses. C'était déjà la mésaventure qui était arrivée au gouvernement d'Alain Juppé en 1995 lorsque, deux ans après la récession de 1993, il avait trop brutalement serré la vis budgétaire.

La seconde question est celle des moyens mis en œuvre. Le choix du gouvernement de ne miser que sur la réduction des dépenses publiques et non sur l'augmentation des impôts des plus riches est à la fois injuste et inefficace. Une augmentation des impôts des plus aisés les amènerait en effet à puiser dans leur épargne abondante (avec 16 % de taux d'épargne moyen les Français – pas tous bien sûr – sont actuellement des champions du monde de l'épargne). Ce qui permettrait de limiter les déficits sans ralentir outre mesure la consommation et l'activité. Ce n'est pas la voie que souhaite emprunter le gouvernement, qui préfère limiter les dépenses publiques, et au premier chef les dépenses de protection sociale. Ces coupes affecteront surtout les moins aisés dont les revenus dépendent davantage de la protection sociale. Et elles inciteront les Français à épargner davatange en prévision de maladies ou d'une retraite de moins en moins bien couvertes par les mécanismes collectifs. Et l'effet négatif sur l'activité économique s'en trouvera multiplié…

Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques

 

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Published by patrick - dans économie
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