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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 23:28

 INTERVIEW - La ministre de l’Égalité des territoires et du Logement se confie au JDD. Elle ne veut pas quitter le gouvernement mais marque sa différence avec François Hollande. Elle réagit également à la grève de la faim de l'écologiste Stéphane Gatignon.

 

Jean-Vincent Placé s'interroge sur la participation des écologistes au gouvernement, et

vous?
On a le droit de s’interroger, mais le faire en public et feuilletonner les relations entre les socialistes et les écologistes, ce ne sera jamais mon sujet. Je me refuse au cynisme qui voudrait que les accords soient bons seulement pour gagner les élections. Ma volonté est de ne pas rajouter une crise politique à la crise économique et sociale. C’est une évidence de dire que les écologistes sont un des rouages de la majorité. Si un jour des limites sont franchies, nous aurons l’occasion de nous prononcer de manière collective, posée et calme. Mais cela ne peut se faire au bout de six mois.

 

Comprenez-vous que vos amis se posent des questions?
La perplexité de nos électeurs, je peux y être sensible, elle existe et  nous oblige à être à la hauteur. Pour les responsables écologistes il est toujours sain de se poser des questions, mais est-il constructif de le faire tous les matins? Notre bataille, c’est que le cap fixé par François Hollande à la conférence environnementale soit tenu.

 

Vous n’allez pas quitter le gouvernement?
J’en ai assez du procès en illégitimité qui est fait aux écologistes. Quand nous faisons entendre notre différence, il n’y a ni chantage, ni caprice, ni menace. Il faut renouer avec une pratique politique de la diversité, qui ne peut se résumer à l’autorité. Les écologistes représentent un courant autonome de la gauche. Je ne suis plus chef de parti, c’est Pascal Durand et je me félicite qu’il rencontre ­régulièrement le Premier ministre pour exposer nos vues.

 

François Hollande juge "possible" le départ des écologistes. Comment le comprenez-vous?
Je le comprends comme il me l’a expliqué : c’est une hypothèse qu’il ne souhaite pas! Nous avons une grande responsabilité pour agir face à la crise et je pense que le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de mettre en œuvre notre projet. Cela n’enlève rien à mes convictions écologistes. Je suis une ministre totalement écologiste d’un gouvernement que je veux totalement de gauche.

 

Et totalement écologiste?
Non, ça n’est pas un gouvernement totalement écologiste, c’est une coalition, mais je vois l’engagement de Delphine Batho. Certains doivent encore se mettre dans la ligne de la conférence environnementale. Cela demande un aggiornamento important : que certains soient engoncés ou frileux, cela se comprend. Mais quand, avec Delphine, nous mettrons en œuvre le plan de rénovation thermique, tout le monde verra qu’il y a des actes forts.

 

Que pensez-vous des mesures sur la compétitivité?
Il y a une situation d’urgence. Répondre par des mesures d’urgence, ça peut s’entendre lorsque des entreprises sont en péril. Cela ne nous exonère pas de nos obligations : assurer la justice sociale en soutenant le pouvoir d’achat et réussir la conversion écologique de l’économie. Il faut passer à un modèle plus durable. La fiscalité écologique est un atout. Je sais qu’elle sera inscrite dans le projet de loi de finances 2014, c’est un engagement du Président que Delphine Batho vient de confirmer aux parlementaires.

 

Approuvez-vous la hausse de la TVA?
Il faut que les plus fragiles soient protégés. Il y a une hausse de la TVA, d’un côté, et une baisse sur les produits de première nécessité. En tant que ministre du Logement, je sais que cette baisse est une bonne décision pour les familles les plus fragiles. Il reste à affiner la répartition de la hausse. Je pense que sur la rénovation thermique ou le logement social, la discussion doit être poursuivie. Cela vaut aussi pour la conditionnalité des crédits d’impôt proposés par des parlementaires.

 

Louis Gallois a souhaité rouvrir le débat sur les gaz de schiste, cela vous inquiète?
Le Président et le Premier ministre ont réglé cette question avec courage et conviction, je crois à la sincérité du discours de François Hollande, qui se vérifie en actes.

 

L’exploration des gaz de schiste serait pour vous une ligne rouge?
Cela montrerait que la place des écologistes n’est plus souhaitée au gouvernement. Il y a des sujets de débat, voire de désaccord, mais pas plus, pour le moment.

 

Les affrontements à Notre-Dame-des-Landes vous inquiètent-ils?
C’est peu de dire qu’ils me troublent. Il y a un désaccord connu sur le projet lui-même. Nous devons redresser les finances publiques, la crise est lourde, l’État s’interroge donc sur certains grands investissements. Un débat s’engage sur où concentre-t-on l’argent public. Aujourd’hui, la manière dont les choses se passent sur le terrain, à Notre-Dame-des-Landes, n’est pas la bonne manière de faire.

 

Que pensez-vous du rapport Jospin?
Il y avait une attente très forte à laquelle ne correspond pas tout à fait la prudence des propositions émises. Sur la proportionnelle, j’aimerais qu’on aille plus loin. La tension politique qui existe en France ne se retrouve pas dans les pays où, grâce à la proportionnelle, tous les courants politiques sont représentés à leur juste valeur. Le double vote ou le parrainage citoyen sont des bonnes choses.

Que vous inspire le traitement infligé à Martine Aubry dans l’affaire de l’amiante?
Je comprends la colère de Martine Aubry, je connais son engagement en faveur des victimes, c’est un moment très douloureux pour elle. Semer le trouble sur la réalité de cette histoire n’est pas la bonne manière de rendre justice aux victimes. Il faut faire toute la vérité sur le scandale de l’amiante. Mais dire la vérité, ce n’est pas mettre en examen des dizaines de personnes en les jetant à la vindicte populaire. Faire la vérité, c’est aussi dire que certaines entreprises responsables de ce scandale sont aujourd’hui celles qui gagnent de l’argent sur le marché du désamiantage. 

 

Stéphane Gatignon, maire EELV de Sevran est en grève de la faim pour que l’Etat donne plus d’argent à sa ville, que lui répondez-vous?
C’est poignant. Stéphane Gatignon a toujours voulu redonner de la fierté aux habitants de sa commune. Ce même combat tripal mené par des élus de communes rurales a conduit à créer le ministère de l’égalité des territoires que je dirige. Je suis la ministre des villes et des campagnes, mais aussi des quartiers, dont les habitants ont été si maltraités ces dernières années. Stéphane Gatignon a raison de se battre pour que l’Etat remette de l’égalité entre les territoires. Le gouvernement est conscient des difficultés de Sevran, une des villes les plus pauvres, dont les habitants sont pauvres…

 

Cécile Amar - leJDD.fr

samedi 10 novembre 2012

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Published by patrick - dans Europe Ecologie
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