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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 23:18

 nucleaire-protection_250x166.jpgLe Mox est cher, dangereux et inutile.

 

L’affaire du combustible nucléaire Mox rappelle ce qu’on pourrait appeler le« syndrome du minitel » français. La France est aujourd’hui le seul pays au monde à en produire, et le seul à vouloir continuer de l’utiliser. Tous les réacteurs français et étrangers actuels ont été conçus pour fonctionner sans Mox. Même l’hypothétique EPR, conçu avec la possibilité d’utiliser du Mox, peut fonctionner de manière optimale avec du combustible classique. Le Mox est cher, dangereux et inutile.

 

Pourtant aujourd’hui, le lobby nucléaire, l’UMP et une partie du PS s’arc-boutent pour sauver le retraitement et la production de Mox.

 

 L’origine : le nucléaire militaire

Le Mox trouve son origine dans le nucléaire militaire. Le processus dit de « retraitement » a été mis en place afin d’extraire, à des fins militaires, le plutonium des combustibles nucléaires usés, le plutonium étant l’élément principal des armes atomiques.

Cette opération se déroulait à Marcoule et à La Hague. Dans les années 1970, la France a décidé de lancer un très large programme de « surgénération ». Il était prévu de construire des dizaines de réacteurs du type Super-Phénix, qui allaient produire plus de plutonium qu’ils n’allaient en consommer. Les échecs industriels et économiques tant en France qu’à l’international ont eu raison de ce pari fou.  C’est à ce moment là que l’idée du Mox est née : une solution politiquement correcte pour justifier le retraitement, faire croire au prétendu recyclage et proposer une solution de façade à la gestion des déchets nucléaires.

La fabrication

Concernant ce qui est « retraité », les installations d’Areva extraient le plutonium, soit environ 1 % de la matière globale contenue dans le combustible nucléaire usé. La majeure partie de ce plutonium n’est pas utilisée : 74 tonnes de cette matière extrêmement dangereuse sont actuellement stockées à La Hague. Une petite partie de ce plutonium est, elle, acheminée sur le site de Marcoule (Gard), dans l’usine Areva de Melox. Dans cette usine, il est mélangé à de l’uranium neuf naturel appauvri, ce mélange contient au final environ 7 % de plutonium. C’est avec ce nouveau mélange que les assemblages de combustible Mox sont faits.

L’usine de La Hague (dans la Manche) réceptionne chaque année environ 1 200 tonnes de combustible nucléaire usé en provenance de toutes les centrales françaises. Sur ces 1 200 tonnes, 850 tonnes en moyenne sont « retraitées », le reste est stocké dans des piscines. Ces piscines contiennent à ce jour 9 600 tonnes de combustible irradié.

L’utilisation

Sur les 58 réacteurs français, techniquement seulement 28 pourraient consommer du Mox (les réacteurs d’une puissance de 900 MW). Sur ces 28 réacteurs, 22 ont obtenu une licence les autorisant à fonctionner avec un tiers de leur combustible composé de Mox. Dans ces réacteurs, EDF n’utilise pas pleinement cette capacité. La raison principale: comparé au combustible standard à l’uranium, le Mox est plus instable et plus compliqué à utiliser, ce qui engendre une performance plus faible et des risques plus importants en termes de sûreté. Le Mox provoque un vieillissement prématuré des installations et augmente le bilan dosimétrique des personnels le manipulant. Ce combustible affecte aussi la gestion des réacteurs en rendant beaucoup plus longs les arrêts de tranche (a noter la présence de Mox français à Fukoshima).

En 2008, la renégociation du contrat de recyclage du plutonium entre EDF et AREVA a été est source de vifs conflits. Finalement un accord-cadre sur le recyclage des combustibles nucléaires usés pour la période 2008-2040 a été signé fin 2008. Melox, filiale d’AREVA, premier producteur mondial de Mox, et EDF, premier client de l'entreprise, semblent condamnés à s'entendre. Or EDF ne croit pas au Mox d’AREVA.

 

Le Mox et l’EPR

Le Mox n'est pas un moyen de rendre l'EPR plus compétitif, pas plus qu'il ne lui est indispensable.

EDF n'a d'ailleurs pas prévu d'en utiliser. L'EPR "peut" fonctionner au Mox, mais ce n’est pas obligatoire. Si AREVA explique qu'on peut y mettre 100% de Mox, a contrario EDF n'évoque même pas l'hypothèse dans ses dossiers et limite son usage à 30% comme dans les réacteurs existants. Pour AREVA, l'EPR devait être une justification du Mox (qui n'en a pas vraiment) en attendant la renaissance de Superphénix de ses cendres sous le nom de génération IV (cf l’article de la Tribune dans le chapitre suivant).

La "compétitivité" de l'EPR ne repose pas sur le Mox mais sur le taux de combustion, en clair sur la durée de vie du combustible. Or, l'autorité de sureté finlandaise n'a pas validé encore cette possibilité...

Le retraitement du Mox est au cœur de la guerre larvée entre EDF et AREVA depuis des années. Le Mox représente 12% de l'activité d'AREVA mais EDF n’est pas dans cette logique hors l’utilisation du site de la Hague pour s’en débarrasser. C’est cette logique industrielle qui est entre autre au cœur des tensions entre EDF, AREVA, et le CEA, et donc en son temps entre Proglio et Lauvergeon.

 

EPR et EELV vs PS, EDF vs AREVA

Article de la Tribune du 13/11/11, pour lequel ce journal s’est vu menacé du retrait des financements publicitaires par EDF :

EDF, dont une partie des équipes a toujours été hostile au réacteur EPR, développé par AREVA et Siemens, propose une porte de sortie à l'affrontement entre Verts et PS sur l'EPR de Flamanville, en affichant sa volonté de laisser tomber ce modèle. Hervé Machenaud, membre du comité exécutif d'EDF, en charge de la production et de l'ingénierie, a commencé à dévoiler cette ligne lors d'une conférence de presse jeudi sur le chantier de Flamanville (Manche). « Un réacteur, quel qu'il soit, n'est jamais la fin d'une histoire technologique. L'EPR est le modèle dont on dispose en ce moment, que nous construisons ici et en Chine, bientôt j'espère en Grande-Bretagne, mais aussi en Pologne et en République tchèque. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille s'arrêter dans la réflexion sur le modèle suivant. »

En clair : EDF propose l'EPR tant qu'il n'aura pas un autre modèle dans ses cartons. Et l'électricien y travaille déjà. « Ce n'est pas grave. C'est comme dans l'automobile, il y a des modèles qui marchent plus ou moins », relativise-t-on chez EDF. L'électricien planche avec son partenaire, l'électricien chinois CGNPC, sur un autre réacteur, plus petit (1.000 MW contre 1.700 MW pour l'EPR). « Et celui-ci n'aura pas grand-chose à voir avec l'EPR », affirme un proche du dossier. Chez Areva, on s'affiche persuadé du contraire. « Nous travaillons avec EDF et les Chinois au développement d'un nouveau réacteur, pour lequel l'Atmea (version de l'EPR en 1.000 MW) servira de base », affirme Claude Jaouen, directeur réacteurs et services chez Areva. « En aucun cas. L'Atmea est un réacteur dessiné par des vendeurs, pas par des exploitants », rétorque-t-on chez EDF. « On remet tout à plat avec CGNPC. La première phase de conception est en cours, le « basic design » devrait être terminé fin 2013 », ajoute-t-on chez l'électricien. Ce développement franco-chinois a été décidé il y a un an par les deux présidents de la République, qui en ont confié la responsabilité aux deux électriciens EDF et CGNPC. Pour tenter d'apaiser les tensions avec Areva, l'Élysée a chargé le CEA de superviser le tout. La tâche ne s'annonce pas aisée.

La pression des verts

En renonçant à bâtir une vaste série d'EPR, EDF ne cède pas à la pression des Verts. Une partie des équipes nucléaires de l'électricien juge depuis le début trop coûteux et trop sophistiqué ce réacteur, conçu sans eux. La conception de cet « European Power Reactor » a été lancée par Framatome (ex-Areva) et Siemens au début des années 1990 dans le cadre du rapprochement franco-allemand mené par Mitterrand et Kohl. Pragmatiquement, il s'agissait de préserver le savoir-faire des équipes d'ingénierie françaises au moment où le programme nucléaire hexagonal se terminait, et où l'Allemagne hésitait, déjà, sur le sort du sien. « L'EPR a été conçu principalement en Allemagne, sur le modèle du réacteur allemand Konvoi, deux fois plus cher que les centrales françaises », souligne un spécialiste du secteur. Tenu à l'écart, EDF ne l'a jamais digéré.

Le ressentiment a tourné à la franche animosité au début des années 2000 lorsque l'EPR, fraîchement dessiné, est venu représenter les couleurs françaises en Chine contre l'AP1000 de l'américain Westinghouse. Un casus belli sur un terrain où EDF, pionnier du programme nucléaire chinois, régnait en maître « En 2003, les Chinois étaient au bord d'opter pour la généralisation de la dernière génération de centrales françaises, dites N4, lorsque les Américains ont fait le forcing et surtout Anne Lauvergeon est venue s'opposer au N4 pour vendre son EPR », se souvient un ancien d'EDF en Chine. Le bilan des deux chantiers d'EPR en France et en Finlande, où délais et facture ont doublé, passant de quatre à huit ans et de 3 à 6 milliards d'euros, ont achevé de sceller le sort de l'EPR chez EDF. Accessoirement, chez l'électricien, on veut croire qu'une promesse du style « on finit Flamanville, mais on ne construit pas d'autres EPR » pourrait fournir un terrain d'entente entre Verts et PS, et préserver le futur du nucléaire en France.


La réalité industrielle:
EDF et AREVA ont un "accord" qui se termine en 2014. Quant au contrat entre les 2 groupes, il  expire  en 2012. La combustion, le retraitement, l’approvisionnement en MOX ne font pas l’objet de contrats séparés mais d’un contrat unique mis en œuvre à chaque renouvellement (un peu comme les vendeurs d’ordinateurs qui se voient imposer Microsoft), et EDF en profite pour baisser les quantités pour "diversifier ses fournisseurs".
Le contrat en cours prévoit le retraitement de 1050 tonnes par an sur les 1200 tonnent qui sortent des réacteurs. En 2010 le volume produit  n’a été en réalité que de 750 tonnes seulement.

Les usines AREVA sont en surcapacité car l’opérateur nucléaire a eu une vision "optimiste" de l'avenir et a donc la ‘obligation technique et économique d’exporter le mox, qui n’est par ailleurs pas nécessaire au fonctionnement des réacteurs existant ou à venir ! Un audit est en cours et AREVA prépare  d’ores et déjà un plan social dénommé Plan d’Action Stratégique et dont les premiers axes ont été présentés en octobre aux actionnaires. Car leur sujet est de maintenir la filière pour l'avenir (cf plus haut), pas les emplois.

 

L’accord EELV/PS
Dans ce contexte, les écologistes savent que les salariés et les régions concernées risquent de payer cher l’activité des sites nucléaires telles qu’elle est engagée par EDF et AREVA. Une conversion vers le démantèlement et la gestion des déchets est le meilleur avenir possible pour eux. Alors plutôt que d’être soit-disant ferme avec ses partenaires, le PS ferait mieux de l’être avec les lobbies et de construire une stratégie énergétique et industrielle créatrice d’emplois qui ne soit pas une fuite en avant, menaçante pour l’avenir de notre planète.

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Published by patrick - dans environnement
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