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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 18:36

Duch-les-aveux-du-bourreau-filmes-par-Rithy-Panh_article_po.jpgLes nouvelles années se suivent et ne se ressemblent pas.
2012 a mal commencé avec un décès familial. Ce pourrait être banal si ce n’est qu’il s’agit de la mort d’un homme, relativement jeune. Mort d’alcoolisme. Saloperie d’alcool. Un fléau sociétal surement plus meurtrier que la consommation de cannabis mais surtout  un lent chemin individuel autoprogrammé vers le néant, fait de parcours sinueux, de reproches indicibles, de bonheurs destructeurs. Et de chagrins pour les vivants.


70 ans plus tôt, jour pour jour, un autre homme, encore plus jeune, était assassiné. Mon oncle était fusillé par les allemands parce que, fils d’étrangers naturalisés, il avait fait de la France sa patrie, et de la liberté son idéal. Précédant de peu ses parents exterminés dans les camps nazis.  Histoire murmurée au fil des années dans une famille qui n’a pas le culte des morts. Mais mémoire bien vivante. La guerre est une grande faucheuse, encore plus que l’alcool.


Depuis quelques semaines, l’actualité fait un drôle de raccourci.
Je ne reviens pas sur le génocide arménien (cf mon billet du  18/12) qui a fait l’objet de vives polémiques à la fin de l’année dernière entre les autorités françaises et turques. Je préfère aujourd’hui évoquer  deux autres grands génocides.


Lundi dernier, j’ai regardé à la télé le dernier film de Rithy Panh , « Duch, le maître des forges de l’Enfer » (actuellement dans quelques salles de cinéma). En quatre ans, entre 1975 et 1979, le régime khmer rouge a massacré 1,8 million de personnes. Un Cambodgien sur quatre !  Le film  analyse, dissèque les rouages et les mécanismes idéologiques d’un crime de masse dans ce qui s’appelait à cette époque le « Kampuchéa démocratique » dont Duch, fut l’un des redoutables bras armés.


Enseignant de mathématiques, donc intellectuel dans un pays très rural, militant convaincu, pénétré de l’idéologie des khmèrs rouges , Duch a été nommé à la tête du sinistre camp de concentration S 21 à Phnom Penh où les prisonniers étaient systématiquement torturés, puis exécutés . D’après les archives restantes, on a dénombré, dans ce centre, 12 380 morts et disparus. Mais on sait aussi que d’autres ont été « écrasés, réduits en poussière » sans qu’on puisse retrouver trace de leur passage.


Ce document, dans la lignée des films déjà réalisés par R. Panh, rappelle le film de C. Lanzmann sur la shoah. Sans aucune émotion, impitoyable et précis dans l’accomplissement du plan d’extermination, Duch a mis sa rationalité au service de l’inhumanité. Ici ou là, des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards ont su, ont pu résister en faisant preuve d’entraide. Au final, c’est l’humanité qui a vaincu la barbarie.


En 1994, un massacre planifié et systématique, un génocide, était déclenché au Rwanda faisant 800 000 victimes, essentiellement Tutsi, mais aussi Hutu modérés. L’expertise menée sur place par le juge français Trévidic  remet en cause la thèse du juge Bruguière, thèse négationniste qui concluait que le massacre avait été organisé par ceux qui allaient en être victimes. Une autre vérité semble se faire jour, 18 ans après, qui met en cause une faction extrémiste hutu, fortement représentée au sein de l’armée et des milices locales. Elle met aussi en cause la France de la cohabitation Mitterrand-Balladur et celle d'une armée nationale qui, longtemps, a approvisionné et entraîné les militaires rwandais, dont certains allaient participer au génocide, et qu’il faudrait désormais célébrer le 11 novembre !


Aujourd’hui, en Europe, en France, face à la crise sociale, économique, financière, écologique, des forces politiques xénophobes, et racistes trouvent échos dans l’électorat en développant des discours démagogiques, faits d’intolérance, de haine, d'exclusions, de discriminations, de pulsions destructives.


La mondialisation et le réchauffement climatique qui menacent la planète peuvent créer de vives tensions à travers le monde.  Avoir en mémoire les horreurs du 20ème siècle, qu’il s’agisse de génocides ou de guerres de masses, n'est pas inutile.

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Published by patrick - dans société
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