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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 16:49

un article assez ancien, mais dans le vif de l'actualité.

 

Selon un sondage RTL paru mercredi matin   90 % des Français considèrent que la violence à l’école a fortement augmenté ces dix dernières années. Comment analysez-vous cela ?

Personne ne peut nier cette violence. Mais elle s’est surtout accrue dans les lycées en zone difficile. Nous faisons face à plusieurs types de violences. Les intrusions dans l’école, ce qui a mis le feu aux poudres et qui relève du pénal. Mais il y a aussi les violences entres élèves qui conduisent à des humiliations et les violences internes aux établissements avec des élèves surchauffés. La perception des règles y est difficile et le passage à l’acte plus fréquent. Les élèves ne se contrôlent plus. Il y a un état de tension extrême.

Pourquoi ce phénomène touche particulièrement les lycées difficiles ?

Le principe des ZEP (zones d’éducation prioritaire), c’est-à-dire donner plus à ceux qui ont moins, n’est plus appliqué. Et on ne se retrouve plus qu’avec des professeurs débutants qui ne veulent pas aller dans ces établissements. Lorsqu’on regarde de près le budget consolidé de ces lycées en ZEP en incluant les salaires, ils sont moins dotés que les autres établissements. La politique vers les ZEP est un cache misère. Dans l’éducation nationale, tout se passe comme si en médecine on confiait aux généralistes débutants des opérations à cœur ouvert et aux grands pontes des rhumes de cerveau. Il faut rétablir l’équité.

Le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, affirme qu’il n’augmentera pas le nombre de surveillants pour remédier à cette violence. Faut-il le faire selon vous ?

Ce n’est pas l’augmentation des fonctionnaires qui suffira à améliorer la situation, c’est vrai. En revanche, on a atteint le seuil de suppressions de postes et d’économies à réaliser. Il faut densifier la présence des adultes. Les élèves ne doivent pas entrer au lycée comme ils le font dans un lieu de consommation. Il faut ouvrir les établissements, un lieu pour le moment de quarantaine où les adolescents sont les seuls à se former. Pour radicalement changer l’ambiance des lycées, il faut qu’en dehors des heures de cours, les adultes viennent en formation, les parents assistent à des conférences, que le tissu associatif et sportif investisse les locaux. Il faut un lieu où on fasse baisser la tension pour que l’attention revienne.

Cela va à l’encontre de la politique actuelle de sécurisation des lycées…

Sanctuariser les lycées ne fera pas baisser la température de ces cocottes minutes. Il faut introduire des modérateurs, c’est-à-dire des adultes, pour retrouver des lieux de travail sereins.

Qu’attendez-vous des Etats Généraux proposées par Luc Chatel?

C’est une attitude politicienne. Le problème, c’est qu’ils ont déjà eu lieu ces Etats généraux ! On sait ce qu’il faut faire. Les chercheurs vont redire ce qu’ils ont déjà dit, et les élèves vont reprendre la parole pour témoigner. Le principe de base, c’est avoir un groupe de 120 élèves structuré et encadrés par dix professeurs identifiés également. Avec cette unité, les tensions s’apaisent.

Mais n’est-ce pas utopique de vouloir réformer les lycées?

Avec ces crises à répétition dans les lycées, on voit qu’on ne peut pas laisser le système en l’état. J’ai piloté une réforme en 1998, qui prévoyait d’ouvrir les lycées, mais qui a été démantelée en 2002. Depuis toujours, dans l’Education nationale, on change un peu pour ne pas avoir à changer le fond. On met des pansements sur un système cassé et on ne peut pas continuer. Car il y aura des crises lycéennes tous les ans. J’ai vu tous les gouvernements manquer de courage, d’écoute dans ce domaine. J’espère que le gouvernement actuel aura l’intelligence lors des Etats généraux d’écouter les vrais problèmes. Mais je n’y crois pas. 

Propos recueillis par Carole Bianchi

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Published by patrick - dans société
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