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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 22:24

Comment devenir une femme dans un monde où la féminité est suspecte ? Des adolescentes de banlieue se confient. Toutes disent les mots des garçons. Mais surtout elles racontent la construction fragile du passage de l’adolescence à  leur vie de femme qu’elles protègent et inventent,  et confient la manière dont elles se projettent dans leur avenir professionnel et personnel.


Ce matin, passait à la télé un documentaire réalisé par Hélène Milano.  De la Seine-Saint-Denis à Marseille, Hélène Milano a suivi des jeunes filles des cités qu'elle appelle joliment « les roses noires ». Elles passent progressivement de la neutralité sexuelle à la féminité, de la langue que parlent leurs parents (portugais, malien, arabe) et du parlé des quartiers  aux mots que leurs profs tentent de leur faire acquérir.

 

Comment résister aux railleries des garçons, aux humiliations des adultes qui leur demandent un vocabulaire plus « soutenu » et des tenues plus féminines alors qu'elles se protègent précisément en parlant comme des « keums » et en cachant leurs formes sous des joggings asexués ? Elles expliquent très bien ces paradoxes ; elles disent que le statut de garçon manqué leur paraît la meilleure parade aux injonctions contradictoires de ce monde brutal. Celles qui ont un « grand frère s'en sortent mieux. Il les protège, leur indique la marche à suivre … tout en les encadrant par des interdits.  

 

Car face à la banalité des injures, face à la répétition des brimades, face à l'oppression quotidienne, l'existence des filles des cités est avant tout compliquée par un souci constant de se protéger. Il faut faire attention à son apparence, veiller à sa réputation, éviter les groupes de garçons, se regrouper dans les cours de récréation. Car même les collèges et les lycées ne sont plus préservés contre les manifestations d'un machisme ordinaire. Infirmières scolaires, travailleurs sociaux, militants associatifs : tous concluent que la condition féminine dans les "banlieues" a fortement régressé depuis une dizaine d'années. Les relations amoureuses cèdent la place aux rapports de forces, fondés sur la peur de l'autre.

 

Comment expliquer une telle évolution ? Certains incriminent l'effet néfaste des cassettes pornographiques - tout en reconnaissant que l'interdiction de tels films à la télévision serait une fausse solution. Le poids de la culture patriarcale dans les familles issues de l'immigration a été mis en avant, ainsi que l'influence d'un islam fondamentaliste. 

 

Toutes ces raisons n'éclaireraient toutefois qu'imparfaitement le phénomène si elles ne se nourrissaient d'un processus plus profond : la ghettoïsation des "banlieues". Les dix années du rejet des femmes correspondent aussi à celles de l'accélération de la relégation des cités, de l'effacement quasi total, dans certaines zones, de la mixité sociale, de l’accès aux droits et notamment à l’emploi. .

 

Ce communautarisme de fait, cet entre-soi, a facilité le repli sur des valeurs archaïques. La répétition des actes, le harcèlement continu et les micro-violences ont permis de construire dans les quartiers un pouvoir masculin fondé sur la loi du plus fort. Dans sa version sexuelle, cette domination est en train d'éroder dangereusement les acquis du combat pour la libération des femmes.

 

Tout autant que de rétablir l'ordre, il devient crucial, et urgent, d'enrayer ces mécanismes mentaux en brisant l'isolement - social et spatial - des cités

 

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Published by patrick - dans société
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