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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 18:49

 

Mon livre du jour, optimiste, positif, avec l’avenir comme horizon. Un essai publié  par Sibylle Vincendon, journaliste à Libération, il y a moins de 6 mois, qui est on ne peut plus pêchu. Lecture recommandée.

 

Les mauvaises nouvelles, les tirades "déclinistes", les reproches incessants faits aux Français (conservateurs, trop d'Etat, trop de vacances...) constituent-ils des facteurs d'enlisement dans la crise, dans le marasme ? Ces harangues accélèrent-elles les mécanismes de démobilisation renforçant l'impression de crise en cul-de-sac ? On peut se poser la question tant les discours politiques sont, depuis quelques années, orientés seulement vers l'effort punitif, l'austérité et la culpabilisation des citoyens de ce pays.


Dans son essai tonique, Pour en finir avec les grincheux (contre le discours du déclin), Sibylle Vincendon prend à contre-pied les discours des Cassandre patentées, des Baverez, des Fillon et autres pères Fouettard, pour tenter de voir ce qui, en France, est source d'espoir ou du moins d'optimisme.


Pour une fois, un livre de journaliste s'attelle, non pas à dénoncer les dérives,  creuser les scandales ou déplorer les maux de notre pays, mais au contraire à tenter de déceler dans le tissu économique, social et culturel des pistes pour s'en sortir. La journaliste commence néanmoins par une remise à plat de tout ce qui s'est dit depuis une dizaine d'années, chez les économistes surtout, sur le thème du déclin.


Par une simple présentation des thèses en question, mais surtout en soulignant leur répétition obsessionnelle, elle provoque chez le lecteur un sourire complice. Et si les déclinistes, toujours sûrs d'eux, confortablement installés dans le ressassement, assénant encore et encore les reproches "aux Français" étaient, malgré leurs batteries de chiffres, dans l'irrationnel ? Et si le problème, finalement, c'était eux ? SibylleVincendon pose des questions simples. Sur les points de référence des mesures du déclin, par exemple. Sur la nature de la crise, sur l'accélération du changement aussi.


Puis elle passe en revue un certain nombre d'idées fausses en les confrontant à des cas concrets ou à des discours positifs. Elle décrit des petites et moyennes industries prospères et des start-up bourrées de bonnes idées i, mais dont on ne parle pas assez. Elle dresse aussi des portraits d'optimistes de toutes sortes, penseurs, économistes, philosophes. Peu à peu, le lecteur acquiert la conviction qu'il est possible de penser autrement, que le déclin n'est pas obligatoire et surtout qu'un autre modèle est possible.


Frilosité

Cet ouvrage est représentatif d'une vague que l'on voit poindre depuis cinq ou six ans dans les manières de penser en France. Hors politique, non encore formulée de façon synthétique, et non encore théorisée, cette tendance nouvelle conduirait à considérer l'économie autrement (durable et solidaire par exemple) et la société à travers des mots d'ordre comme la mobilisation citoyenne et la cohésion sociale.


Loin de la frilosité tant reprochée "aux Français", il s'agirait d'oser l'innovation dans tous les domaines. Les exemples abondent déjà, Sibylle Vincendon en cite beaucoup, mais ils sont diffus, peu médiatisés. Tout se passe comme si les discours du déclin prenaient toute la place ; un confort intellectuel de l'inconfort en quelque sorte.


Avec cet essai stimulant et réaliste, Sibylle Vincendon montre qu'il convient de tourner la page de l'auto-flagellation et de faire circuler  l'énergie différemment. Un peu d'air frais bienvenu

 

"Pour en finir avec les grincheux. contre le discours du déclin"
par Sibylle Vincendon,
Editions Fayard 200 pages, 16 euros.

 

LE MONDE 08/05/13 par  Didier Pourquery

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Published by patrick - dans société
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