Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:07

Remplacer les centrales nucléaires et thermiques par des éoliennes, c’est possible. En Europe, l’éolien tourne bien… Déjà 100 gigawatts de puissance installée : l’équivalent de 100 réacteurs atomiques ou de 100 centrales à charbon ou à pétrole ! La France, hélas, est à la traîne…

 

Fukushima, deux ans après. Tu n’as rien vu à Fukushima… Des centaines de milliers de Japonais chassés de leurs maisons et de leurs champs. Un empoisonnement radioactif dont de vastes territoires (sans parler de la mer) ne seront jamais expurgés, en tout cas pas à l’échelle de l’existence humaine…

 

Comment sortir du nucléaire tout en diminuant nos émissions de gaz à effet de serre ? Comment échapper à la fois à l’uranium et au plutonium, au charbon, au pétrole, au gaz naturel et aux gaz de schiste ? Les énergies douces, ou renouvelables, qu’on appelle aussi « nouvelles » (quoique le mot date des années 1970), nous permettent de le faire… Pas dans un siècle ou deux : aujourd’hui même.

 

Le changement d’énergies, c’est maintenant.

 

Est-ce que les énergies nouvelles sont au point ? Réponse : oui. Est-ce que l’humanité peut en attendre un grand nombre de watts, kilowatts, mégawatts et gigawatts ? Réponse : oui. Bien entendu, cela ne nous ôtera nullement le devoir impérieux de réduire nos consommations !

 

Le problème principal n’est pas technique : il est dans nos têtes. Nos cerveaux refusent de changer de logiciel. Nous ne faisons pas confiance au vent, au soleil, à l’eau courante, à la biomasse, à la géothermie, aux vagues, aux courants marins, aux gradients de température ou de salinité dans l’océan…

 

Discutez « énergies nouvelles » avec un responsable politique ou un journaliste « vedette » : vous serez sidéré de l’entendre répéter comme un perroquet les éléments de langage imaginés par les « communicants » d’EDF et des « majors » du pétrole. J’exagère à peine. Nous avons encore eu un exemple de cette incompétence pontifiante samedi dernier, dans l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier. La péremptoire Natacha Polony y interrogeait la ministre de l’Écologie, Delphine Batho. Lorsqu’il a été question d’énergies, la chroniqueuse s’est mise à égrener ses poncifs comme les grains d’un chapelet béni par Areva ou BP. À ses yeux, l’énergie éolienne est, au mieux, utile, mais négligeable ; au pire, nuisible. Je vous livre en vrac son enfilade de demi-mensonges et de contre-vérités sincères.

 

L’éolien, dit-elle en substance, c’est vilain : vous n’allez pas couvrir de turbines notre belle France qui a tant besoin de l’argent des touristes ! Cette technique, poursuit-elle, ne fonctionne qu’à la marge ; le vent recèle peu d’énergie récupérable ; et avez-vous remarqué qu’il ne souffle pas tout le temps ? La journaliste n’a pas eu l’occasion d’ajouter que les éoliennes font du bruit et tuent les oiseaux. Ou encore que, installées en mer (offshore), elles font peur aux poissons et constituent un danger pour les marins.

 

Réponses de l’écolo rationnel.

 

1. Les éoliennes n’ont, en effet, rien à faire dans nos merveilleux sites naturels. Mais en quoi enlaidissent-elles une Beauce ou une Picardie défigurées par l’agriculture industrielle ? En quoi sont-elles néfastes à la vue dans une vallée du Rhône déjà bétonnée, ou dans la Manche à 20 milles au large du Mont-Saint-Michel ? Nombre d’observateurs trouvent d’ailleurs ces engins très beaux – comme un rappel des moulins à vent de notre enfance…

2. Les éoliennes ne font quasiment pas de bruit. J’invite les curieux à le vérifier par eux-mêmes : à 200 mètres, une grosse machine à vent engendre bien moins de décibels que la bagnole qui passe sur la route d’à côté. Je ne parle pas de la moto dite « verte » !

 

3. Les éoliennes ne hachent pas les oiseaux : les ornithologistes l’ont depuis longtemps démontré.

4. Les éoliennes en mer sont une excellente chose. Nous les réclamions déjà avec le commandant Cousteau il y a 30 ans. Non seulement elles ne perturbent pas l’existence des poissons, mais les plates-formes sur lesquelles elles trônent constituent des îles artificielles qui attirent la flore et la faune marines. Quant au danger pour la navigation, c’est une plaisanterie : aucun marin n’a jamais conduit bourré !

 

5. Le plus important, c’est maintenant… Oui, les éoliennes sont efficaces et peuvent nous fournir de grosses quantités d’énergie. Si nous domestiquions seulement 10 % de la puissance du vent sur la planète, l’humanité comblerait d’un coup, et bien au-delà, la totalité de ses besoins énergétiques…

 

Ce lundi 4 mars, un organisme indépendant, l’Observatoire européen des Énergies renouvelables (l’EurObserv’ER), a publié son baromètre. On y lit qu’en Europe, en 2012, la puissance éolienne installée et connectée au réseau a atteint 11,8 gigawatts (GW), contre 9,5 en 2011. Croissance : 12,3 %. L’Union européenne vient, du même coup, de franchir le cap des 100 gigawatts éoliens installés et cumulés.

 

L’Allemagne fait la course en tête (31,3 GW). Elle est suivie par l’Espagne (22,5 GW), le Royaume-Uni (8,3 GW) et l’Italie (8,1 GW). La France ne pédale qu’au cinquième rang, avec 7,4 gigawatts en métropole et 44 mégawatts pour l’Outre-mer. Or, il faut savoir que le potentiel éolien de la France est le meilleur d’Europe…

 

Je ne vais pas aligner les chiffres. Je souligne simplement que, si l’Europe possède désormais plus de 100 gigawatts de puissance installée dans l’éolien, c’est l’équivalent de 100 centrales thermiques ou de 100 réacteurs nucléaires, puisque l’unité de compte de ces installations est le gigawatt. Les 1 000 mégawatts…

 

La France fait ronfler 58 réacteurs nucléaires. Les statistiques d’EurObserv’ER démontrent qu’il existe déjà, en Europe, assez d’éoliennes pour produire le double de notre électricité atomique, laquelle, je le rappelle, couvre 75 % de nos besoins en électricité.

 

Lorsque j’entends Natacha Polony et ses pairs répéter obsessionnellement, et sans jamais tapoter sur leur calculette, que les énergies renouvelables ne remplaceront jamais les combustibles fossiles et le nucléaire, je me dis que je dois peut-être utiliser d’autres arguments pour convaincre. Par exemple, les images (vues à la télé) de cette petite fille de Fukushima qui fête ses deux ans, et dont les parents viennent d’apprendre qu’elle a aussi reçu en cadeau un cancer de la thyroïde

 

Yves Paccalet.

Partager cet article

Repost 0
Published by patrick - dans environnement
commenter cet article

commentaires

Recherche