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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 18:00

Hier soir, au  café-citoyen du CEIC et de la MJC, Patrick Viveret (philosophe, docteur en sciences politiques, magistrat honoraire à la Cour des Comptes) intervenait sur les indicateurs de richesse, enjeux de démocratie et de développement durable.

 Tous les pays du monde mesurent leur richesse à partir du fameux Produit Intérieur Brut (PIB). S’agit-il d’un bon indicateur de la richesse ? De nombreux arguments permettent de contester vigoureusement cet instrument de mesure.

Mais par quoi le remplacer ?

Sous le gouvernement Jospin, Guy Hascoët, secrétaire d’Etat Vert à l’économie solidaire confie à Patrick Viveret une mission visant à redéfinir les indicateurs de richesse, idées reprises ultérieurement par le Président Chirac et le premier ministre de l’époque. Il en résulte un rapport et un livre "Reconsidérer la richesse" (Éd. de l’Aube, 2002).

Aujourd’hui, la question revient dans l’actualité. Le 14 septembre dernier, le Président de la République s’est vu remettre le rapport de la "Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social", appelée "commission Stiglitz", du nom du prix Nobel d’économie qui la présidait. Nous sommes un an après la chute de la banque américaine Lehman-Brothers qui a précipité le monde dans la crise. Nous sommes quelques semaines après le G20 de Pittsburgh et l’Assemblée générale de l’ONU, lieux dans lesquels les chefs d’État ont tenté de s’accorder sur de nouvelles règles du jeu économique mondial, sans grands succès pour les milliards d’habitants de la planète, mais pour le plus grand profit … des banques.

Ils ont néanmoins proposé, entre autres, de « développer de nouveaux instruments de mesure de la richesse des nations, mettant davantage l’accent sur la mesure du bien-être de la population, plutôt que sur celle de la production économique". Mais au-delà des mots qu’affectionnent nos dirigeants planétaires dès lors qu’ils sont déconnectés des actes, quels sont les enjeux. Patrick Viveret, devant une assistance attentive, s’est efforcé  de répondre aux questions de la salle après avoir exposé ses idées, de plu en plus largement reprises par les institutions, les experts, les politiques, les citoyens et les associations. Il est vraiment dommage que ce penseur ne trouve pas une meilleure place dans les médias.

Après avoir rappelé la formule du prix Nobel Stiglitz « on n’avait pas les bonnes lunettes pour voir la crise financière de 2008 arriver » car tous les indicateurs permettaient de l’anticiper ‘par exemple le découplage entre économie réelle et économie spéculative, il a rappelé, non sans humour,  que Wall Street fonctionnait sur le mode de crise sanitaire, au sens  de psychose maniaco-dépressive appliquée aux marchés financiers (on parle d’euphorie ou de dépression).

Selon un rapport du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD):les 225 personnes les plus riches disposent d'une fortune équivalente au revenu annuel cumulé des 47% d'individus les plus pauvres de la planète, soit plus de 3 milliards de personnes.

Selon le même organe des Nations-Unies, il suffirait de moins de 4% de la richesse cumulée de ces 225 plus grosses fortunes mondiales (évaluées à plus de 1000 milliards de dollars) pour donner à toute la population du globe l'accès aux besoins de base et aux services élémentaires: santé, éducation, alimentation.

Il a rappelé les effets écologiques des modes de croissance, ce qu’on appelle communément l’empreinte écologique (par exemple, si tous les pays avaient la même croissance que les Etats-Unis, il faudrait 4 planètes comme la terre).

Ainsi, la comptabilité nationale valorise la production industrielle, par définition ce qui est quantifiable en numéraire, et qui a une valeur marchande.

Elle ne différencie pas entre les productions intrinsèquement bénéfiques et les productions qui sont la cause de destructions préalables (par exemple un accident de voiture crée de la richesse, de par l’intervention du dépanneur, la réparation ou l’achat d’un nouveau véhicule, mais ne prend pas en  compte la destruction du véhicule accidenté, les blessures et les soins, l’hospitalisation…

De même, les nettoyages des plages après marées noires, surtout par des bénévoles, ne créent pas de richesse au sens comptable et financier.

Ce qui a pour conséquence qu’une forte augmentation du PIB peut n’avoir aucune corrélation avec un indice de satisfaction de la population

Première question : face à ces démesures, comment trouver des points d’équilibre sans tomber, au plan politique, ni dans l’autoritarisme, ni dans l’ultralibéralisme

Propositions : établir des indicateurs d’alerte, qui soient plus qualitatifs que ceux du PIB actuel ; se donner le droit de ne pas tout compter (tout n’est pas quantifiable ou mesurable).

Par exemple les Indices de Développement Humain porté par l’ONU et expérimentés dans plusieurs régions françaises.

Deuxième question : la monnaie : débat entre experts sur la définition de la monnaie. Idée de créer une monnaie unique, mondiale, déconnectée du dollar et des accords de 1945 de Brettons Wood.

Inventer une monnaie mondiale compatible avec le développement durable, et anti spéculative (par exemple : monnaie fondante qui perd de sa valeur si elle n’est pas utilisée (donc anti placements financiers)

Les expérimentations actuelles (SOL) sont utiles pour tester ces idées et permettent une réappropriation démocratique de la monnaie.

Mes quelques notes ne peuvent retracer l’ensemble du raisonnement de Patrick Viveret, aussi je renvoie le lecteur sur un article de Médiapart (voir le lien ici link), et sur deux numéros d’Alternative économique (juin 2008 et septembre 2009).

Enfin, en conclusion du débat passionnant instauré avec le public, face à un constat qui peut sembler d'impuissance et désespérant, s’est posée la question de l’optimisme ou du pessimisme. Alors que l’humanité est confrontée à la difficulté de vivre sa propre condition sociale et écologique,  l’objectif de ne pas la désespérer, et donc de s’en donner les moyens, est d'autant plus à l'ordre du jour..

 

 

 

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Published by patrick - dans économie
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