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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 23:33

 

mal-logement 32


Lors du dernier conseil municipal, le 17 décembre, Rama Yade a provoqué deux moments de stupeurs. Alors que je présentais plusieurs dossiers importants sur le projet de l’Ile Marante, la secrétaire d’Etat a fait preuve d’une grande originalité en demandant si nous avions pris des dispositions pour reloger les habitants des deux immeubles d’I3F déconstruits. Après un instant d’incompréhension, nous n’avons pu que sourire face à cette audacieuse interpellation.

Sans doute, faute d’habiter à Colombes, de préparer ses dossiers, et de travailler avec ses collègues élus de l’opposition municipale, ignorait-elle que le relogement des locataires était achevé depuis de nombreux mois (ces relogements ont été menés pour l’essentiel par l’ancienne municipalité), que les bâtiments étaient démolis, que deux immeubles neufs sont en train de sortir de terre.

C’était assez étonnant de voir par ailleurs ses amis de l’opposition passer au fil des minutes d’une attitude de gêne à celle de la commisération, voire au plaisir. La laisser s’enfoncer toute seule n’avait pas l’air de les chagriner vraiment.

A cet instant, m’est revenu un récent article du Journal du Dimanche,  (JDD du 05/11/09) dont je reprends quelques extraits : « Une nouvelle fois Rama Yade est sous le feu des critiques. Mercredi, c’est de l’Elysée –jusque-là silencieuse sur ce dossier - qu’est partie la flèche. "C'est Nicolas Sarkozy qui a trouvé et promu Rama Yade mais il constate aujourd'hui sa difficulté à s'insérer dans une équipe quelle qu'elle soit", a fait savoir la présidence. Et d’expliquer que ce n’est pas la première fois que le "problème" Rama Yade se pose. Le chef de l’Etat l’a déjà retirée du secrétariat des Droits de l’homme "parce qu'elle ne se supportait plus avec [Bernard] Kouchner", le patron du Quai d’Orsay. Et "maintenant, c'est la bagarre avec Roselyne Bachelot", sa ministre de tutelle, souligne-t-on de même source, ajoutant: "il y a un moment donné où il faut travailler en équipe ou alors, ce n'est pas possible". "C'est une affaire sérieuse, le gouvernement de la France, ce n'est pas une affaire de caprice!", a encore lâché le chef de l’Etat, cité par cette source.

Un peu plus tard, à la suite de la présentation du dossier de consolidation de la CG2LS de Colombes Habitat Public, pour beaucoup lié aux projets de la ville dans les quartiers nord et qui seront engagés avec le soutien de l’ANRU, un échange au ton vif et véhément sur le logement social s’est engagé. A la suite de propos assez étonnants sur les quartiers sociaux, notre « personnalité en charge de politiques nationales » n’a pu que redire quelques poncifs, sur la soi-disante volonté des équipes de gauche qui se sont succédées à Colombes de cantonner les habitants du logements social dans leur tours et leurs barres (c’est sûr qu’en ne construisant aucun logement social pendant 7 ans, mme Gouéta et son équipe ne risquaient aucun reproche).

Après coup, je me suis rappelé d’un fait pas si divers que cela. En août 2007, l’ancien  maire d’Argenteuil Georges Mothron, voulait faire diffuser du Malodore à Argenteuil afin d’éloigner les personnes sans domicile fixe. Cependant, les agents municipaux ont refusé de l’épandre. Le répulsif a alors été directement donné aux agents d’entretien du centre commercial Côté Seine d’Argenteuil afin qu’ils le diffusent eux-mêmes aux alentours des sorties de secours où se regroupent les personnes sans domicile fixe. Cette nouvelle avait toutefois suscité de vives critiques de l’opposition locale et nationale, ainsi que de la ministre du Logement et de la Ville Christine Boutin qui avait déclaré : « Le principe même de l’utilisation de produits de ce type constitue en effet une atteinte à la dignité de la personne humaine parfaitement inacceptable »

Par contre, l’ex secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme devenue secrétaire d’Etat aux Sports, et conseillère municipale d’opposition à Colombes, qui participait quelques mois plus tard à un meeting de Georges Mothron, a répondu notamment à une question de VOtv (la télévision du Val-d’Oise) sur l’utilisation du malodore pour éloigner les SDF du centre-ville; Rama Yade a déclaré : "Il faut tout tenter dans une ville". Je comprends que Rama Yade n’ait pas eu envie d’être candidate aux élections régionales dans le Val d’Oise. Comme le Kärcher de Sarkozy, ça peut revenir à un moment  à la figure, tel un boomerang.

Pour conclure ce long billet, petit rappel sur le dernier rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre

Alors que la France, déprimée par la crise économique et financière, grelotte dans la rigueur de l'hiver, ce rapport annuel consacré à "L'état du mal logement" vient à point nommé rappeler que des centaines de milliers d'hommes et de femmes sont privés de toit ou vivent dans l'insalubrité et la précarité. Or "la crise, qui impacte lourdement le pouvoir d'achat des ménages, vient encore aggraver des situations  tendues, nées de la difficulté à trouver et à conserver un logement dans une France qui manque cruellement de solutions à leur proposer et qui refuse par ailleurs de se doter des logements accessibles en nombre suffisant", souligne le rapport 2009. Et la loi dite "Dalo" de mars 2007, qui crée un droit au logement opposable pour les plus démunis, n'y changera rien, faute de toits disponibles en nombre suffisant...

La froide litanie des chiffres dit l'ampleur du problème: 100 000 SDF; 100 000 personnes qui vivent dans des campings; 250 000 hébergées dans le cadre de dispositifs collectifs; 150 000 obligées de squatter chez des proches; 300 000 qui vivotent entre habitations de fortune et chambres d'hôtel.

En prime, 600 000 logements, occupés par plus 1 million de personnes, sont insalubres. 500 000 ménages locataires n'arrivent plus à s'acquitter de leur loyer et 70 000 propriétaires sont en rupture de remboursement de prêt. Résultat: ils sont 88 000 menacés d'expulsion. Enfin, 350 000 ménages, bien que propriétaires, vivent dans des copropriétés dégradées -bâti dégradé ou obsolète, malfaçons, endettement de la copropriété, impayé de charges, paupérisation des occupants.

Dans ce sombre contexte, la Fondation Abbé Pierre tire une double sonnette d'alarme.. Premier motif d'inquiétude: les personnes âgées, SDF vieillissants, migrants âgés en foyer, mais aussi hommes et femmes qui se "clochardisent à domicile" parce que, leurs ressources financières s'amenuisant, ils n'ont plus les moyens d'entretenir leurs quatre murs.

Seconde préoccupation: la dégradation des conditions de vie et d'habitat dans les "quartiers sensibles", devenus de véritables "territoires de relégation". "Un terreau fertile pour la crise des banlieues", avertit la Fondation Abbé Pierre.

 

"Je veux, si je suis élu président de la république, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n'est plus choqués quand quelqu'un n'a pas de toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s'en trouvera remis en cause." disait le candidat  Sarkozy.

Alors que l’Etat, contrairement à la promesse non tenue et finalement indigne de confiance de celui qui est devenu président, est incapable de résoudre ces questions, il est avéré que ce sont les collectivités territoriales qui de fait gèrent au mieux et au plus près ces questions.

Et mme Yade voudrait qu’on n’agisse pas ? Sacrée Rama Yade !

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Published by patrick - dans ma délégation
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