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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 17:03

Succès de la réunion publique sur Copenhague le 8 décembre avec Michel Roy (Secours Catholique) et François de Rugy, député vert.

C’était une gageure d’organiser une réunion publique sur le sommet de Copenhague au moment du lacement de ce sommet. Et bien les militants Verts et ceux d’Europe Ecologie ne sont pas peu fiers d’avoir réussis leur pari et permis à une assistance très diversifiée de participer à un débat des plus intéressants.

 

C'est une première : dans la liste des ONG françaises qui ont signé l'appel « On ne négocie pas avec le climat, on agit ! » (http://www.copenhague-2009.com/ultimatum climatique, d'ailleurs voté à l'initiative des élus Verts  par le conseil municipal à l'unanimité sauf l’UMP ), le Secours Catholique figure en bonne place à côté d'autres organisations plus environnementalistes comme Greenpeace et le WWF.

Pourquoi ? « Tout simplement parce que ces deux ONG sont venues nous voir en avril. Parce que, nous ont-elles dit, elles souhaitaient avoir des associations représentant des types d'engagements complémentaires, comme nous sur la pauvreté, ACF sur l'humanitaire, ou encore La ligue des droits de l'homme sur la justice » a précisé Michel Roy, directeur du plaidoyer international au Secours Catholique. 

Au Secours Catholique, le fait d'apposer sa signature n'a pas suscité de longs débats. « Cela allait de soi pour deux raisons, a souligné Michel Roy. Lors de la grande réunion du réseau Caritas International, à Rome en juin 2007, notre nouvelle présidente, Lesly Ann Knight, une britannique originaire du Zimbabwe et alertée par notre réseau en Océanie, nous avait incité à faire de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité pour les 4 ans à venir. Deuxièmement, nous avons nous-mêmes des remontées de nos partenaires sur le terrain, au Sahel notamment, qui nous ont dit qu' à cause du réchauffement climatique, la sécheresse et la désertification s'accentuaient ».

De même le scepticisme sur le réchauffement ne touche guère le Secours Catholique. Même s’il ne développe pas d'expertise scientifique propre, au sens technique du terme, sur le réchauffement, il constate qu' à la fois les rapports du GIEC (Groupe d'experts internationaux sur le climat de l'ONU ) et les témoignages de ses partenaires du Sud vont dans le même sens. Michel Roy a insisté sur le fait qu’en se positionnant sur l'urgence d'un accord à Copenhague, le Secours Catholique est fidèle à sa mission, celle de mettre l'accent sur les aspects éthiques, moraux et théologiques de la crise climatique. Au Sud, il s'agit de concilier lutte contre la pauvreté et lutte contre le changement climatique. Et au Nord, ce sont nos modes de vie et nos modes de consommation que nous devons questionner et changer en profondeur

Puis François de Rugy, député Vert de Loire-Atlantique, qui a accepté de remplacer Noël Mamère, empêché, nous a longuement parlé de la contribution climat-énergie, sujet qu’il connait très bien pour s’être investi dans la discussion parlementaire (cf mes billets précédents sur ce thème).

Il a dénoncé  la mise en œuvre de la « contribution carbone » - c'est ainsi que les parlementaires ont rebaptisé la taxe carbone, dont l'image a été jugée trop négative.

La mise en œuvre d'une rélle "contribution climat-énergie" ou "contribution énergie-carbone"relevait véritablement d'une  indispensable obligation  au sens historique du terme : pour respecter l'engagement n°65 du Grenelle de l'environnement, pour respecter l'article 2 de la loi de Grenelle 1... et pour engager ainsi, via la fiscalité écologique, la reconversion de l'économie et de la société indispensable au sauvetage du climat.

 En tant qu'écologiste, il se réjouissait de l'introduction dans la loi de ce concept clé, dont la mise en œuvre est rigoureusement indispensable dans nos sociétés de marché : si les écogestes quoditiens sont utiles, c’est bien la mise en œuvre d’orientations publiques et donc d’une fiscalité écologique qui sont le seul moyen de faire intégrer dans les choix quotidiens ou stratégiques des agents économiques les contraintes négatives supportées par la société, les dommages causés à l'environnement, et plus particulièrement au climat.

 De la contribution-énergie carbone à la taxe-contribution Sarkozy-carbone

Il a dénoncé le fait de manier les concepts et le langage écologique du Président de la République, mais de ne pas aller jusqu’au bout des logiques à mettre en œuvre.

Il a ainsi critiqué le dévoiement de la « contribution énergie-carbone » par une « taxe-contribution-Sarkozy-carbone"  dont le niveau est beaucoup trop faible pour enclencher les changements - la mutation - nécessaires du  système productif et des comportements toujours marqués par un prix bas de l'énergie, et notamment du carbone. A 17 euros par tonne, le signal prix n'est plus audible : les experts estiment qu'on ne doit pas descendre en dessous de 35 euros par tonne...  La taxe-contribution Sarkozy-carbone est ainsi vouée à l'échec.

Elle est de surcroît totalement discréditée par la multiplication des exonérations : sous-taxation du transport routier, non-taxation de l'électricité (ce qui constitue une nouvelle prime au nucléaire), des activités agricoles intensives, des compagnies aériennes, et surtout des plus grandes entreprises françaises opérant dans les secteurs de l'énergie, de la sidérurgie et de la pétrochimie. Notamment Total, EDF, GDF-Suez, Arcelor-Mittal qui bénéficieront d'un cadeau de 2 milliards d'euros par an jusqu'en 2013... alors qu'elles sont les plus fortes émettrices de gaz à effet de serre !! Ainsi les entrepreneurs des PME et très petites entreprises paieront cash pour les actionnaires de ces multinationales françaises particulièrement polluantes : chercher l'erreur !

 Il en est de même au niveau des ménages... Au nom d'une crispation idéologique d'autant plus ahurissante que nous sommes dans une période de crise sociale sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale, le gouvernement et sa majorité sont restés arc-boutés sur la compensation forfaitaire totalement déconnectée du revenu des ménages. Pas question de toucher à la pyramide des revenus, aux inégalités qui n'ont pourtant cessé de se creuser : en témoigne cet entêtement à défendre le pouvoir d'achat... des ménages situés dans la tranche la plus élevée de l'impôt sur le revenu, et même ceux bénéficiant du bouclier fiscal !

 Prisonniers de l'idéologie néo-libérale

Le gouvernement et sa majorité sont restés prisonniers de la logique néo-libérale qui marque leur gouvernance depuis de trop nombreuses années. Ils se sont piégés eux-mêmes, à deux niveaux.

 D'abord au niveau de la fixation du prix du carbone. Le Président, le Gouvernent et la majorité présidentielle justifient le prix de 17 euros par tonne, au mauvais prétexte qu'il s'agit « d'un prix médian sur le marché des quotas de carbone en Europe ». C'est une grave erreur : au regard de l'histoire, comment peut-on prétendre faire confiance aux marchés pour intégrer spontanément les conséquences négatives entraînées par les pratiques des entreprises et les comportements des consommateurs ? Fondamentalement, le marché est myope... et plus encore le marché des quotas de carbone en Europe qui ne joue que sur les marges, c'est-à-dire sur les échanges hors quotas attribués jusqu'ici gratuitement aux entreprises plus gros pollueurs.

 Même aveuglement concernant l'acceptabilité sociale évoquée par le Président de la République. Fixer un niveau de contribution énergie-carbone plus élevé, nécessaire à l'obtention d'un signal prix audible, exigeait d'enclencher simultanément une redistribution des revenus entre les ménages, des plus riches vers les autres : c'était le seul moyen pour rendre la contribution énergie-carbone supportable par la majorité de nos concitoyens et surtout les plus modestes. C'est exactement ce qu'on fait certains pays voisins (Danemark et Suède notamment). C'est exactement ce que le gouvernement et sa majorité UMP aux ordres ont refusé, idéologiquement, de faire.

 « L'écologie de droite », pour peu qu’elle existe, est ainsi corsetée, prisonnière de dogme dont la récente crise financière a montré l'incongruité. Elle n'est pas en capacité de comprendre que l'environnement et le social ne sont pas « des domaines parfaitement compartimentés », selon l'expression du ministre Woerth. Elle n'est pas capable de comprendre que, au regard des enjeux environnementaux et notamment climatiques, l'efficacité écologique passe de manière incontournable par la justice sociale.

 Le pire des scénarios

Au regard des dispositions adoptées, on peut légitimement penser que cette taxe-contribution- Sarkozy-carbone sera perçue par nos concitoyens comme une opération visant à taxer les pauvres pour sauver les riches, sans sauver le climat.

Le gouvernement et sa majorité ont pris la responsabilité historique de fracasser la contribution énergie-carbone, qui est l'un des concepts fondateurs du développement soutenable... et par ricochet le climat. A la veille du sommet mondial de Copenhague, on ne pouvait imaginer pire scénario !

 

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Published by patrick - dans environnement
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