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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 23:47

"Dans Gaza dévastée, la reporter Barbara Lohr est partie à la recherche de Mouna, une jeune fille qu’elle avait rencontrée après l’opération « Plomb durci », en 2009. Mouna, amputée d’une jambe, avait besoin de soins. Barbara a organisé son hospitalisation en France. Mouna est retournée chez elle. Après les bombardements de cet été, Barbara a voulu la retrouver."


Au détour de ces retrouvailles, c'est toute la détresse d'un peuple, prisonnier et étouffé de l'intérieur, que l'on ressent. Ce documentaire, diffusé samedi par ARTE, est visible à l'adresse suivante:


http://www.arte.tv/guide/fr/emissions/JTE/arte-reportage

Gaza: looking for Mouna, de Barbara Lohr, David Martin, Ismael Rabah,et Ludovic Mingot - Arte GEIE - France 2024


 « Trois guerres en six ans. Mouna fait partie de cette génération de Gazaouis pour qui la vie n’est qu’une courte trêve entre deux conflits. Elle m’a livré son témoignage pour la première fois en 2009. Elle venait de perdre sa jambe dans le bombardement d’une école de l’ONU. Puis, je l’ai ramenée en France pour se faire soigner. Cinq ans plus tard, je l’ai retrouvée à Gaza après cette nouvelle guerre, la plus dévastatrice de toutes. A travers l’histoire de Mouna - d’une guerre à l’autre - se dessine le destin de Sisyphe de ces populations civiles traumatisées qui se reconstruisent pour tout reperdre.»

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 12:47

Depuis le IXe siècle, la Rouss’ kiévienne, est considérée comme le berceau de la Russie. Toutefois, sous l’effet des invasions, la capitale de l’Empire a connu une translation de Kiev à Moscou. Depuis cette époque, l’Ukraine se présente comme une périphérie disputée entre la Lituanie, la Pologne et la Russie. Ce pays n’a guère connu que trente-deux ans d’indépendance en plusieurs siècles d’histoire. Dans ce contexte, il ne faut guère s’étonner que les volontés d’assujettissement réapparaissent à intervalles réguliers.

 

Les troubles actuels indiquent les nouveaux rapports de force entre la Russie et l’Occident. Intéressée par l’Ukraine en raison de sa profondeur stratégique, de son rôle d’intermédiation gazière et de son accès aux mers chaudes, la Russie a profité de l’affaiblissement de l’Europe et du retrait des Etats-Unis pour tenter de faire revenir la Petite-Russie, dans son aire d’influence traditionnelle.

 

QUELS ENJEUX POUR L’UKRAINE ?

 

Vue de Russie, l’Ukraine présente trois intérêts stratégiques : il donne une profondeur stratégique à la Russie, joue un rôle d’intermédiation gazière et resserre son emprise sur la façade maritime de la mer Noire.

 

La profondeur stratégique de la Russie

D’un point de vue historique, la Russie s’est défendue des invasions grâce à sa profondeur stratégique. C’est pour cette raison qu’elle avait déplacé ses frontières vers l’Ouest : afin de dissuader des agresseurs éventuels de l’envahir. Depuis la chute du mur de Berlin et la dissolution subséquente de l’Union Soviétique, les Russes ont toujours tenté de maintenir leur influence dans leur voisinage proche, en empêchant que les Etats de cette marche ne se détournent définitivement d'eux, en marquant leur adhésion aux organisations multinationales occidentales. Pour Krutikov et Markov, par exemple, Moscou doit, en l'espèce, désarmer les extrémistes ultra-nationalistes, s’assurer que des garanties constitutionnelles soient données afin que l’ukrainien et le russe soient utilisés également et garantir la tenue d'élections. Certains théoriciens russes, en une vision extrême, dénotant, semble-t-il, la persistance de quelque complexe obsidional, affirment que la Russie aurait à craindre qu’un mouvement du type de celui de Maidan ne se diffuse chez elle pour ébranler, supposément, le régime de Poutine. Le géopoliticien Markov va jusqu'à écrire, pour résumer une vision prospective confinant à la science-fiction : « Le coup occidental du 22 février n’était qu’un apéritif. Le plat principal est à venir, lorsque les Etats-Unis et l’Europe soutiendront l’opposition russe afin qu’elle renverse Poutine et forme un gouvernement de type Maidan à Moscou ». Cette affirmation, il faut bien le dire, relève d'un total irrationnel.

 

Car la Russie et l'Ukraine ne sauraient être placées sur le même plan. Elles n'ont pas, en effet, le même poids économique ; les enjeux s'attachant à leurs stabilités respectives n'ont pas la même importance ; et tout ébranlement sérieux du géant russe ne serait pas, on peut aisément le concevoir, sans avoir, au plan mondial, des répercussions économiques, énergétiques, enfin politiques, des plus graves. Une déstabilisation, aussi hypothétique qu'improbable, de la Russie aurait, en deux mots, un impact mondial. Prétendre, dès lors, à des fins sans doute de propagande, qu'un Occident diabolisé chercherait à fomenter quelque coup en Russie-même relève évidemment et à tout le moins de quelque inconséquence. Un tel propos, tout empreint d'affects et représentatif d'une moralisation dangereuse car idéologique des relations internationales, n'a rien à voir, évidemment, avec l'exercice et la mise en œuvre d'une sûre Realpolitik, par laquelle, loin de diaboliser moralement le concurrent auquel on se mesure, on se livre à des calculs rationnels, l'on choisit un terrain de manœuvres, un mode d'intervention, et l'on agit dans un intérêt précisément défini. D’un point de vue intérieur, en tout cas, la crise ukrainienne a permis à Poutine de se renforcer. Il dispose aujourd’hui de 87% d’opinions favorables.

 

Gardien de la profondeur stratégique russe, Poutine veille surtout, à travers son intervention en Ukraine, à préserver le poids gazier de son pays.

 

L’Ukraine, un rôle d’intermédiation gazière

 

Par sa position géographique, l’Ukraine joue un rôle d’intermédiaire entre la Russie, riche en gaz et l’arrière-pays européen, consommateur d’énergie. Dans un article intitulé La crise russo-ukrainienne, élément de la bataille russo-européenne du gaz, Patrice Geoffron et Frédéric Gonand, professeurs d’économie à l’Université Paris-Dauphine, livrent l’analyse suivante : « Après l’indépendance de l’Ukraine, les tensions se cristallisèrent rapidement sur les enjeux gaziers. Pendant la période soviétique, l’Ukraine recevait en effet du gaz russe à un prix très abordable par rapport au prix d’exportation vers l’Europe. Aujourd’hui, l’Ukraine dépend toujours étroitement de la Russie pour ses approvisionnements en gaz, toutefois, son prix a nettement augmenté. Jusqu’à récemment, près de 80% du gaz russe exporté vers l’Europe était transporté dans des gazoducs traversant le territoire ukrainien. Cherchant à quitter l’orbite russe, l’Ukraine a immédiatement compris qu’elle détenait là un pouvoir de pression. Toutefois, la Russie favorise depuis plusieurs années la construction de grandes infrastructures de transport de gaz russe vers l’Europe et qui contournent l’Ukraine. Il s’agit des gazoducs Nord Stream (qui relie directement la Russie - et notamment son gisement de Ioujno-Rousskoïe exploité par Gazprom - à l’Allemagne en passage sous la mer Baltique via Saint-Pétersbourg) et South Stream ( qui reliera directement d’ici 2016, la Russie au sud de l’Europe (Italie et Autriche) via la mer Noire, les eaux turques et la Serbie, avec une capacité de 60Gm3 par an). Or, l’affrontement ouvert début 2014 laisse entrevoir un nouveau protagoniste : les Etats-Unis. Entre 2006 et 2014, les Etats- Unis ont découvert l’étendue de leurs ressources en hydrocarbures non conventionnels (gaz de schistes), au point de laisser apparaître une future autonomie comme une perspective plausible. Certains Etats-membres de l’Union, comme la Pologne, ont déjà appelé de leurs vœux l’importation de gaz nord-américain. Certes, des méthaniers exportant le gaz américain vers l’Europe ne pourraient traverser l’Atlantique que dans quelques années, ce qui ne changera rien au paysage du

conflit au milieu de la décennie 2010. Mais ils laissent entrevoir des perspectives nouvelles pour les années 2020 ». Ainsi donc, même si le territoire ukrainien est contourné par les nouveaux gazoducs russes, l’Ukraine entend actuellement jouer un rôle d’intermédiaire dans la livraison du gaz russe à l’Europe. Elle souhaite aussi exploiter ses propres gisements en bénéficiant d’investissements occidentaux. Elle aurait enfin tout à gagner à ce que la Russie soit concurrencée par une nouvelle importation maritime de gaz liquéfié, en provenance des Etats-Unis.

 

L’accès de la Russie aux mers chaudes

 

Le troisième enjeu de la conquête du territoire ukrainien est celui de l’accès aux mers chaudes. Igor Delanoë livre une analyse fort intéressante à ce sujet : « Historiquement, l’Ukraine constitue le volet méridional de la ‘fenêtre sur l’Ouest’ voulue par Pierre le Grand. En 2002 encore, l’ambassadeur russe au Conseil Russie- OTAN, déclarait que la Russie avait besoin d’une Ukraine forte car « l’Ukraine est notre fenêtre sur l’Ouest 1». Aujourd’hui encore, et malgré la prise de conscience par Moscou qu’il est nécessaire de construire de nouvelles bases navales sur le littoral pontique russe, 70% des infrastructures de la flotte de la mer Noire sont encore situés en Crimée, y compris la composante aéronavale (bombardiers Su-24 et avions de patrouille maritime Be-12), tandis que 16 000 soldats russes sont toujours déployés dans la péninsule (2). Rappelons qu’aux termes de l’accord de partage de l’ex flotte soviétique de la mer Noire signé par Kiev et Moscou au mois de mai 1997, la Russie conserve des installations aéronavales ainsi que des unités de défense côtières, de même qu’elle conserve également l’essentiel des bâtiments, bien souvent les plus prestigieux (amirauté, bibliothèque, le théâtre des marins, la Maison des officiers…) et les plus chargés de symboles. En outre, Moscou est autorisée à déployer sur le sol ukrainien un maximum de 25 000 hommes, 132 véhicules blindés et 22 avions de combats.

 

Aujourd’hui, les principales unités combattantes de la flotte russe de la mer Noire sont formées par le croiseur lance-missile Moskva, navire amiral de la flotte, par trois frégates, par sept grands navires de débarquement, un sous-marin à propulsion classique, et par une quinzaine de patrouilleurs lance-missiles et de vedettes de lutte ASM (…) A Sébastopol, la problématique liée au stationnement de la marine russe se double d’une forte dimension identitaire. La question du poids de la communauté russe en Ukraine se pose avec d’autant plus d’acuité que la langue russe est utilisée au quotidien par près de 20% des Ukrainiens qui sont d’origine russe3. A Sébastopol, ce chiffre atteint 80% : sur 400 000 habitants, 320 000 sont d’origine russe, et sur les 37 écoles primaires que la ville abrite aujourd’hui, 36 dispensent leur enseignement en russe (4). Cette réalité démographique favorise d’emblée la création d’un foyer identitaire fort dès lors que la ville se retrouve ukrainienne ».

 

L’identité et la mémoire

 

Un dernier enjeu russe en Ukraine, souvent négligé, est mémoriel. Car la Russie orthodoxe et slave est née en Ukraine. La cité de Kiev, fondée au IXe siècle donna naissance à une dynamique fédération de cités marchandes sous le contrôle de princes convertis au christianisme. Kiev fut au Moyen Âge le siège du métropolite russe et le cœur de la culture russe. La pression mongole provoque l’effondrement de la cité au XIIIe siècle et le transfert du centre de l’orthodoxie à Moscou au siècle suivant. Au même moment, l’ouest de l’Ukraine nbascule dans l’orbite lituano-polonaise et adopte le catholicisme. Si Vladimir Poutine ne peut assumer de volonté stratégique sérieuse sur Kiev, en revanche sa politique ukrainienne ranime les profonds sentiments historiques russes et leur conscience mémorielle : agir en Ukraine, c’est retrouver l’ancienne unité de l’orthodoxie et de la culture slave-russe, fût-ce au détriment des Uniates d'Ukraine, toujours fidèles à Rome, c’est communier à la période brillante qui vit la naissance du monde russe, c’est enfin venger en Ukraine l’affront de l’influence lituano-polonaise catholique perçue comme une invasion.

 

Ainsi, pour des raisons aussi bien géopolitiques que symboliques, l’Ukraine se présente actuellement comme un enjeu important. Dans ce contexte, les combats de rues de Kiev, n’illustrent rien de moins qu’une nouvelle tentative de contrôler la périphérie ukrainienne.

 

QUELS NOUVEAUX RAPPORTS DE FORCE ?

 

Profitant du retournement américain vers l’océan Pacifique et de son désengagement militaire consécutif du Moyen-Orient, la Russie peut jouer de l’inhibition persistante des Européens sur le plan politique pour prendre un risque calculé.

 

Impuissance européenne

 

La Russie s’est certainement interrogée sur la possibilité de contre-mesures de la part des Etats industriels occidentaux. Elle sait que l’Union européenne, qui promeut depuis des décennies une politique d’apaisement, critiquera certes les mesures russes, mais exclura de toute façon, d’emblée et catégoriquement, toute intervention militaire. C’est la position qu’ont adoptée également les ministres des Affaires étrangères des principaux Etats de l’Union (France, Allemagne, Royaume- Uni) agissant de concert. Cela tient à de bonnes raisons : dans aucun Etat-nation européen, un engagement militaire au profit de l’Ukraine et contre la Russie ne recevrait le soutien de sa population ; aucun Etat-nation européen ne disposerait, à l’heure actuelle, des moyens militaires permettant de s’acquitter avec crédibilité d’un tel engagement. Même les Etats-Unis, ultima ratio de la puissance militaire européenne, n’ont jamais laissé entendre qu’ils seraient disposés à utiliser la manière forte à l’encontre de la Russie. Sur le plan économique, la dépendance, relativement forte, de l'Allemagne et des Etats d'Europe centrale vis-à-vis de la Russie pour leurs approvisionnements en matières premières, la position de la Russie comme importateur de produits industriels européens et le développement fortement marqué du tourisme donnent à penser que des sanctions seraient à tout le moins restreintes. Toutes les menaces allant dans ce sens sont considérées par la Russie, à l’instar de ce qu’elle a pu constater au fil des décennies, comme presque sans fondement.

 

Une prise de risque calculée pour la Russie

 

En réalité, la Russie a appris du conflit géorgien de 2008 que l’usage de la force militaire à l’encontre de ses voisins lui permettait d’atteindre rapidement ses objectifs de politique étrangère avec un coût stratégique faible à long terme. Keir Giles, spécialiste britannique de la Russie au sein de la Chatham House écrit : « Le monde dispose de peu de leviers lui permettant de dissuader Moscou ou bien de le punir. Le président Obama, le Premier ministre Cameron et d’autres leaders occidentaux ont averti la Russie que son action militaire aurait un « coût ». Il est toutefois très difficile de mettre en œuvre des sanctions d’une importance suffisante pour être prises au sérieux par Moscou, sans qu’elles nuisent simultanément à ceux qui les prennent (les Etats-Unis et leurs alliés). L’Occident peut protester et annuler des sommets conjoints, mais Moscou n’a jamais considéré que les insultes vaillent la peine d’être prises en considération. Fort de son veto aux Conseil de sécurité des Nations-Unies, la Russie n’a guère à se soucier d’une action potentielle des Nations- Unies. Qui plus est, la Russie peut se fonder sur les expériences antérieures pour en déduire que les sanctions imposées seront de courte durée. En 2008, l’Occident s’est enflammé verbalement au sujet de la Géorgie. L’année suivante, les Etats-Unis déclaraient l’annulation des sanctions. Les contacts militaires reprirent avec l’OTAN et les affaires reprirent comme à l’habitude. D’autre part, les capacités de l’Ukraine à pouvoir résister contre la Russie sont limitées. Malgré les efforts récents visant à moderniser l’armée ukrainienne, celle-ci ne représente pas un enjeu sérieux pour les forces russes. D’ailleurs la lente réaction aux événements du gouvernement intérimaire de Kiev s’est soldée par des soulèvements en Crimée, sous le contrôle antagoniste de troupes russes bien équipées et efficaces, et des postes ukrainiens isolés et encerclés. L’on ne saurait oublier que la quasi-totalité des officiers supérieurs des armées ukrainienne et russe ont commencé ensemble leurs carrières dans les forces armées soviétiques. D’ailleurs, beaucoup de soldats ukrainiens se qualifient eux-mêmes de Russes ».

 

Misant sur le retrait américain d’Europe et sur l’absence de politique effective de sécurité et de défense européenne, Poutine a donc pris un risque calculé en Ukraine.

 

Au-delà du contrôle d’une marche protectrice, qui se présente tout à la fois comme un espace de transit énergétique et une façade maritime, se joue une bataille symbolique profondément enracinée dans les mentalités. Les troubles ukrainiens révèlent également que la Russie a parfaitement tiré les leçons de la diplomatie transformationnelle inventée par

Washington, en tentant d'en combiner certains aspects avec le cadre réaliste de sa politique : lors de sa réélection en 2012, le président Poutine a demandé à son ministre des affaires étrangères de penser, en effet, à l’utilisation d’instruments relevant du soft power, pour parvenir, de manière indirecte, à la satisfaction de ses objectifs politiques. Les premiers résultats de cette politique furent souvent perçus comme la résurgence d'ambitions néo-impériales par les pays voisins. La politique étrangère russe, repensée par le Kremlin, aurait donc l'originalité de combiner ponctuellement et avec pragmatisme, des objectifs et des pratiques profondément réalistes, avec de nouvelles modalités d'action inspirées de doctrines extérieures, sur le vaste échiquier des rapports de force continentaux.

 

S Y N O P S I S , C e n t r e  d e R e c h e r c h e  d e s  E c o l e s d e C o ë t q u i d a n

E c o l e  S p é c i a l e  M i l i t a i r e  d e S a i n t - C y r 5 6  3 8 0  G U E R

t h o m a s . f l i c h y @ s t - c y r . t e r r e - n e t . d e f e n s e . g o u v . f r

 

1er juin 2014

 

Le point de vue développé dans cet article n’engage que ses auteurs et ne saurait être considéré comme

une position officielle des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan ou de leur centre de Recherche (CREC).

 

http://www.st-cyr.terre.defense.gouv.fr/index.php/crec/Centre-de-recherche-des-ecoles-de-Saint-Cyr-Coetquidan/Les-publications/Synopsis/Note-SYNOPSIS-n-8-L-Ukraine-enjeu-geopolitique-ou-symbolique

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 12:44

Aujourd’hui, les conflits puisent trop souvent leurs racines dans les crises environnementales ou énergétiques. Le dérèglement climatique associé aux crises écologiques est d’ores et déjà annonciateur de conflits inédits dans l’histoire de l’humanité. Le caractère multidimensionnel et global des bouleversements qui apparaissent, nous oblige à repenser notre analyse des risques et des menaces sécuritaires et à nous garder de toute posture idéologique.

 

La dégradation accélérée de notre environnement impose dorénavant son rythme et nous conduit à nous adapter dans l'urgence. Les problématiques écologiques et la complexité des réponses – lesquelles concernent à la fois les sciences dites exactes et les sciences humaines – s’accommodent mal de l’inaction. Quant à la politique du déni, elle ne saurait être une solution… durable.

 

Si la question environnementale peine à émerger comme donnée stratégique dans le domaine de la défense, c’est que le monde politique a eu, jusqu’ici, peu d'appétence pour l’écologie. Mais il est juste de dire aussi, que nous, écologistes, n’avons pas su faire le pas vers l’institution militaire. Or, la défense représente le premier investisseur de l’État, le budget de la nation le plus élevé après celui de l’Éducation nationale, le deuxième employeur, mais aussi la première emprise foncière sur le territoire français. C’est précisément sa position si singulière à la confluence des champs politique, économique et social qui fait d’elle l’un des acteurs majeurs de la nécessaire transition écologique de notre société.

 

À partir de ces constats, comment pouvons-nous imaginer une transition énergétique et écologique sans l'institution militaire ? Comment penser la prévention et la gestion de conflits environnementaux sans une collaboration efficace avec la défense ? Enfin, comment concevoir l’assistance aux catastrophes naturelles sans l'armée ? Gardons en mémoire que les conséquences du tremblement de terre en Haïti, du tsunami de la région de Fukushima ou de la tempête Xynthia, en particulier, auraient été impossibles à gérer sans cette institution.

 

Nous détenons tous une partie de la solution pour autant que nous soyons en capacité de parler et d’échanger. N’est-il pas de meilleur moyen de prévenir un conflit que le dialogue ?

C’est précisément l’absence de dialogue entre l’armée et les écologistes qui me frappe dans l’exercice de mon mandat. Pour peu que nous sachions confronter nos idées, il existe de nombreux sujets sur lesquels nous avons des points de convergence.

 

Alors, à partir de la rédaction du Livre vert de la défense, j’ai fait le pari, politiquement risqué, de porter le concept d’une Green Defense européenne pour que les écologistes, aussi, prennent en compte les questions de défense qui les occupent et que la défense intègre mieux la dimension écologiste dans son action, avec l’espoir que cette contribution soit le prélude de débats constructifs qui font la force, la richesse et l’honneur de notre démocratie.

 

Enfin, je voudrais terminer mon propos par ce proverbe amérindien : « Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas ». Ensemble, faisons en sorte que cette prophétie ne devienne jamais réalité.

 

Leila AÏCHI

Sénatrice de Paris – EÉLV

Secrétaire de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 23:48

 

Il semble que chaque jour annonce des massacres plus épouvantables que la veille. Des centaines de milliers de chrétiens d'Orient, à qui une longue histoire lie la France, sont menacées de massacres et fuient sur les routes dans les pires conditions. Aujourd'hui des femmes, des enfants, des vieillards meurent de soif dans le désert irakien pour la seule raison qu'ils sont chrétiens ou yézidis. L'Irak  se vide depuis onze ans de la diversité religieuse qui a fait sa richesse pendant des millénaires. La France a un devoir de parole et d'action, parce qu'elle porte encore et toujours le message des droits de l'homme, parce qu'elle est obligée par sa propre histoire de douleurs et d'épreuves.

 

Je l'ai dit le mois dernier, lors des fulgurantes victoires de l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL), le poison identitaire, comme les pires venins, attaque en moins de temps qu'il ne faut pour le dire l'ensemble de l'organisme. Si nous voulons lutter contre cette menace, nous devons tâcherde la comptrendre  et la combattre en commun, méthodiquement.

 

LA VIE OU LA MORT ?

 

Ce n'est en rien un choc immémorial entre les civilisations, entre l'Islam et la chrétienté, ce n'est pas la dixième croisade. Ce n'est pas davantage la lutte sans âge de la civilisation contre la barbarie, car c'est trop facile de se croire toujours ainsi justifié d'avance. Non il s'agit d'un événement historique majeur et complexe, lié aux indépendances nationales, à la mondialisation et au « Printemps arabe ». Le Moyen-Orient traverse une crise de modernisation qui a un caractère existentiel et qui altère si bien les rapports de force sociaux et politiques que tous les vieux clivages sont réveillés. Les frontières de l'âge Sykes-Picot sont balayées. Les modèles politiques post-coloniaux et de guerre froide sont obsolètes. Les chiites et les sunnites sont face à face et les minorités sont en butte à toutes les purifications identitaires. En un mot l'islamisme est à l'islam ce que le fascisme fut en Europe à l'idée nationale, un double monstrueux et hors de contrôle, à cheval sur l'archaïsme et sur la modernité. Imaginaires archaïques et médiévaux, communications et propagande aux technologies ultramodernes. Il faudra une génération au Moyen-Orient pour entrer dans sa propre modernité apaisée, mais d'ici là il est guetté par la tentation nihiliste, par le suicide civilisationnel. Nous sommes à la veille du moment décisif où la région basculera de l'un ou de l'autre côté. Notre rôle, c'est de l'aiderdu mieux que nous pouvons à choisir la vie contre la mort.

 

L'appel à l'histoire n'a de sens que si elle nous ouvre des chemins. Quels enseignements pouvons-nous alors tirer d'une telle analyse ? Le premier, il n'est pas inutile, c'est qu'il n'y a pas de dialogue possible avec ces organisations dont le crime n'est pas seulement un moyen, mais une fin. Ils sont, en effet, prêts au pire, parce que c'est là leur pouvoir disproportionné sur le monde entier. Ils font image. Ils sont avant tout image. L'urgence pour la communauté internationale c'est de venir en aide aux civils qui souffrent, notamment en créant des corridors humanitaires pour évacuer les chrétiens d'Irak. Et en même temps il s'agit d'entendre et de traiter avec des interlocuteurs crédibles, à côté et en marge de ces mouvements, les revendications qu'ils fédèrent, par exemple le sentiment d'humiliation des sunnites d'Irak.

Le deuxième enseignement, c'est que l'islam n'est pas la cause, mais le prétexte et en définitive la victime de cette hystérie collective. Les musulmans regardent aujourd'hui avec effroi ce au nom de quoi des crimes abominables sont perpétrés.

 

Le troisième enseignement c'est que la solution est politique. C'est sur ce point qu'il faut aujourd'hui insister pour apporter des réponses. C'est sur ce terrain que les djihadistes de l'Etat islamique sont faibles.

 

Le premier enjeu politique, ici comme toujours, c'est l'unité et le droit que doit incarner la communauté internationale. La force n'est qu'un pis aller pour empêcher le pire. Elle doit être ponctuelle. Et soyons conscients que c'est ce que souhaitent les djihadistes pour ennoblir leur combat et radicaliser les esprits contre l'Occident, toujours suspect soit de croisade, soit de colonialisme. C'est pourquoi aujourd'hui recourir à des frappes unilatérales n'est pas une solution. L'action ne peut se passer d'une résolution à l'ONU. Ne renouvelons pas sans cesse les mêmes erreurs. Souvenons-nous même que sans l'intervention unilatérale américaine en 2003, il n'y aurait pas eu un tel boulevard en Irak pour les forces totalitaires. Les frappes doivent être encadrées par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et s'appuyer sur les principaux pays de la région. Il s'agit aussi de penser plus loin et de préparer d'ores et déjà la consolidation des pays les plus menacés par la tache d'huile djihadiste, la Jordanie, verrou de la péninsule Arabique, et la Turquie, déjà vacillante politiquement et aujourd'hui soumise à un afflux de réfugiés de Syrie et d'Irak.

 

Deuxièmement, l'enjeu, ce ne sont pas tant les groupuscules fanatiques que les masses qu'ils peuvent parvenir à fédérer et à mobiliser, soit par la peur d'un danger plus grand, comme c'est le cas pour certains chefs de tribu et pouvoirs locaux sunnites, soit par la haine. Il s'agit de mener une politique méthodique pour dissocier les composantes hétéroclites qui constituent l'engrenage actuel en territoire sunnite. Qu'est-ce qui a été obtenu depuis un mois du gouvernement Al-Maliki ? Rien. Il demeure un pouvoirsectaire et borné qui attend patiemment que Téhéran et Washington soient contraints d'endosseractions faute d'autre solution. C'est encore et toujours sur le gouvernement d'Al-Maliki qu'il faut faire pression pour que les frappes ne soient pas des coups d'épée dans le sable. Il faut dès aujourd'hui un gouvernement inclusif faisant place à toutes les composantes pacifiques de la société irakienne. Il faut un programme d'inclusion communautaire dans l'armée et l'administration pour empêcher le cercle vicieux des frustrations et des haines.

 

L'ARABIE SAOUDITE DOIT SORTIR DE CE JEU DESTRUCTEUR

 

L'enjeu, plus encore, il faut avoir le courage de le dire haut et fort, ce sont les financements qui nourrissent l'Etat islamique. Il dispose désormais de ressources propres de plus en plus conséquentes, en rançonnant les populations, en accaparant des réserves d'or ou en s'appropriant des champs pétroliers. C'est cela qu'il faut assécher. Mais il faut aussi couper le robinet des bailleurs de fonds sans lesquels l'Etat islamique n'est rien. Dans un Moyen-Orient profondément tourmenté, il y a aujourd'hui des forces conservatrices, des individus ou des circuits, parfois ancrés dans la société, parfois en marge de l'action de l'Etat, qui agissent pour le pire, mues par la peur de perdre le pouvoir, mues aussi par la crainte d'idées novatrices et démocratiques. Il faut direà l'Arabie saoudite et aux monarchies conservatrices qu'elles doivent sortir de ce jeu destructeur, car leurs dynasties seront les premières victimes d'un djihadistan qui s'étendrait à la péninsule Arabique, car il n'y a là-bas aucune alternative hormis les pouvoirs traditionnels actuels. Que ce soit par rivalité géographique ou que ce soit par conviction politique, il faut que ces pays cessent de souffler sur les braises du Moyen-Orient. La France peut agir sur ses points d'appui dans la région, notamment le qatar, et faire pression en ce sens.

 

Le troisième enjeu politique, c'est d'empêcher le double jeu des Etats qui, dans la politique du pire, imaginent toujours un moyen de consolider tel ou tel avantage. La Turquie doit clarifier ses positions dans la région et soutenir un Irak équilibré avec une composante kurde stable, en luttant avec toutes ses forces contre les réseaux de l'Etat islamique qui utilisent notamment son territoire comme terrain de parcours. Aucun des Etats-nations de la région ne mène aujourd'hui la politique de simplicité, de clarté et d'urgence qui s'impose, ni l'Iran ni l'Egypte. Il est temps, face au péril qui pourrait tous les effacer de cesser toutes les arrière-pensées mesquines.


Le temps d'un effort de construction régionale est venu. Ne nous y trompons pas, c'est le Moyen-Orient des prochaines décennies qui se dessine. C'est une stratégie et une action de long terme qui s'imposent, en impliquant tous les acteurs de la région. Le processus de négociation sur la prolifération nucléaire iranienne est décisif pour la place d'un Iran apaisé dans la région. La seule réponse aujourd'hui c'est une conférence régionale permettant d'avancer sur des grands dossiers stratégiques, économiques et politiques, des questions pétrolières jusqu'au partage des eaux.

 

La France a raison de se mobiliser par la voix de François Hollande. Elle a raison d'avoir choisi la voie des Nations unies. Mais il lui faut aujourd'hui donner clairement le cap, les moyens  et les bornes de son action.

 

Dominique de Villepin (Ancien premier ministre)

Le Monde.fr 09.08.2014

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 00:29

Un article qui date d'à peine deux mois et que l'actualité a déjà rattrapé et dépassé.

 

Les États-Unis et l'Iran n'ont plus de relations diplomatiques directes depuis 34 ans. L'offensive menée par des jihadistes ultra-radicaux en Irak pourrait cependant précipiter leurs retrouvailles. La nouvelle série de négociations sur le nucléaire iranien qui s'est ouverte ce lundi à Vienne a déjà permis des échanges à ce sujet, ont d'ailleurs fait savoir Américains et Iraniens.


Quelques heures avant un démenti du Pentagone, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, avait dit lundi ne "rien" exclure à propos d'une éventuelle coopération entre les États-Unis et l'Iran pour aider l'Irak à sauvegarder son intégrité territoriale.


L'hypothèse -même lointaine- d'une coopération directe entre les deux États, illustre l'ampleur des secousses provoquées par la situation dans la péninsule arabique: un conflit confessionnel constitué autour de l'opposition séculaire entre sunnisme et chiisme, les deux principaux courants de l'islam; et entre l'Arabie saoudite (sunnite) et l'Iran (chiite), les deux incontournables puissances régionales, séparées par le territoire irakien.


Les États-Unis et l'Iran n'ont plus de relations diplomatiques directes depuis 34 ans. L'offensive menée par des jihadistes ultra-radicaux en Irak pourrait cependant précipiter leurs retrouvailles. La nouvelle série de négociations sur le nucléaire iranien qui s'est ouverte ce lundi à Vienne a déjà permis des échanges à ce sujet, ont d'ailleurs fait savoir Américains et Iraniens.


Mercredi 18 juin en début d'après-midi, l'Iran a posé comme condition à une éventuelle coopération avec les Etats-Unis la réussite des pourparlers dans le dossier nucléaire. Les discussions 5+1 "sont un test de confiance", a déclaré à Oslo Mohammad Nahavandian, le chef de cabinet du président de la République iranienne. "Si cela débouche sur une résolution finale, il pourrait alors y avoir des opportunités de discussion sur d'autres thèmes", a-t-il dit.


L'EEIL souhaite installer un État sunnite entre deux régimes chiites


La ligne de fracture explique tout dans cette situation explosive. D'un côté, des sunnites opposés aux régimes chiites de Syrie et d'Irak et soutenus par plusieurs pays du Golfe dont l'Arabie saoudite. De l'autre, des chiites irakiens minoritaires mais puissants, soutenus par l'Iran et -dans une moindre mesure- par les États-Unis. L'enjeu pour ces deux blocs? Affirmer son leadership régional et développer le territoire d'influence du sunnisme ou du chiisme.


En Irak, les sunnites, qui représentent 30 à 35% de la population, ont été au pouvoir jusqu'au renversement de Saddam Hussein par l'invasion américaine en 2003. Ils s'estiment aujourd'hui marginalisés. C'est sur ce terreau favorable que les jihadistes sunnites de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), déjà très actifs en Syrie voisine, ont pris le contrôle de plusieurs grandes villes du nord et de l'est du pays. Ils souhaitent installer un État islamique sunnite entre la Syrie et l’Irak.

Si les Américains et les Iraniens venaient à l'aide du Premier ministre irakien chiite Nouri al-Maliki face aux jihadistes sunnites, ils devront ainsi s'opposer à plusieurs pays du Golfe à majorité sunnite, qui ont eux-mêmes des relations plus que tendues avec l'Irak chiite.


Dans sa première réaction officielle depuis l'offensive fulgurante des jihadistes en Irak, le gouvernement saoudien s'est déclaré lundi 16 juin "opposé à toute ingérence étrangère dans les affaires internes" de son voisin. Rappelons que c'est pourtant depuis l'Arabie saoudite, alors soucieuse pour ses exportations de pétrole, qu'avait été lancée l'attaque terrestre sur l'Irak durant la guerre du Golfe de 1990-1991. Le royaume était alors le deuxième pays le plus représenté dans la coalition militaire de 34 États menée par les Etats-Unis.


Deux grilles de lecture différentes


Lundi 16 juin, l'Arabie saoudite a par ailleurs ouvertement accusé Nouri al-Maliki d'avoir conduit l'Irak au bord du gouffre par sa politique d'exclusion des sunnites. Mêmes accusations du côté qatari: le ministre des Affaires étrangères de l'émirat a estimé que l'offensive jihadiste est partiellement due à "une politique partisane de courte vue et des pratiques de marginalisation et d'exclusion" des sunnites en Irak. Mercredi, le ministre saoudien des Affaires étrangères a mis en garde contre une situation "extrêmement dangereuse" portant "les prémisses d'une guerre civile" qui se répercuterait sur toute la région.


Une grille de lecture bien éloignée de celle exposée par la communauté internationale: alors que le monde s'alarme de la poussée de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), les médias proches du royaume saoudien présente l'insurrection comme un soulèvement légitime de sunnites marginalisés depuis 2003. Ainsi, la chaîne d'information Al-Arabiya qualifie les insurgés de "révolutionnaires" et affirme que les combattants de l'EIIL ne forment qu'une minorité parmi les insurgés. L'influent quotidien Al-Hayat titre pour sa part sur "des prémisses de conflit entre les combattants sunnites et l'EIIL".

 

Des sunnites majoritaires qui s'estiment marginalisés, opposés à un pouvoir centrale chiite minoritaire... la situation rappelle évidemment celle en Syrie, où l'armée syrienne libre (ASL) opposée au régime chiite de Bachar al-Assad a rapidement été débordée par différents groupes de combattants islamistes sunnites soutenus par certains pays du Golfe. De son côté, Damas reçoit le soutien de miliciens chiites venus d'Irak et d'Iran.

 

C'est ainsi que des chiites irakiens luttant en Syrie aux côtés des forces du régime effectuent le chemin en sens inverse et retournent en Irak pour combattre les jihadistes sunnites. Ils répondaient notamment à l'appel du grand ayatollah Ali Al-Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d'Irak.

Le 11 juin, le régime de Damas a d'ailleurs affirmé qu'il était prêt à coopérer" avec Bagdad pour faire face au "terrorisme", "le même" selon lui en Syrie et en Irak. "Le terrorisme soutenu par l'étranger auquel fait face l'Irak frère est le même qui sévit en Syrie", selon un communiqué du ministère syrien des Affaires étrangères, qui ne fait toutefois aucune distinction entre jihadistes et rebelles, les qualifiant tous de "terroristes". Les intérêts de la Syrie et de États-Unis en Irak concordent momentanément, mais une coopération entre les deux États semblent plus improbable encore qu'une alliance de circonstance entre Américains et Iraniens.

 

Autre parallèle entre la Syrie et l'Irak: les conséquences directes de l'affrontement à distance entre l'Iran et l'Arabie Saoudite. L'Arabie saoudite verrait notamment d'un très mauvais œil le développement d'un "arc" ou "croissant" chiite, unissant Téhéran au régime alaouite de Damas (l'alaouisme est une minorité religieuse issue du chiisme), au Hezbollah libanais et au régime irakien.

 

"L'Arabie saoudite voit son statut vaciller"


Des accusations à nouveau formulées mardi 17 juin par le gouvernement irakien. Il a accusé l'Arabie saoudite de soutenir financièrement les groupes insurgés en Irak et de s'être rangée du côté du "terrorisme". Face à une situation pour laquelle ils ont une indéniable part de responsabilité, les États-Unis pourraient ainsi avoir à tourner le dos à leur principal allié régional qu'est l'Arabie saoudite. Et pourraient se tourner vers l'Iran, îlot chiite dans une zone contrôlée par des régimes sunnites.

 

En une semaine, les jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), déjà très actif en Syrie voisine, ont pris le contrôle de la deuxième ville d'Irak, Mossoul, d'une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d'autres secteurs des provinces de Salaheddine, Diyala (est) et Kirkouk (nord). L'EIIL n'est plus à une soixantaine de kilomètres de Bagdad. Mercredi, des combattants ont lancé un assaut contre la principale raffinerie de pétrole en Irak, à Baïji, à 200 km au nord de la capitale.


De l'autre côté de la frontière irakienne, l'Iran chiite a à nouveau affirmé qu'il "fera tout" pour protéger les lieux saints de l'islam chiite en Irak... Le Premier ministre irakien a lui promis de faire échec à l'offensive des jihadistes.

 

Le HuffPost  | Par Adrien Oster  18/06/2014

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 00:12

Un message radiophonique de B’tselem, association de défense des droits de l’homme, présentant la liste nominative des enfants palestiniens tués à Gaza, a été interdit. Ha'Aretz s'interroge sur l'indifférence et le manque d'empathie de la société israélienne.

 

"Mohammed Malaka, 2 ans. Seraj Abdel-Al, 8 ans. Sara Al-Eid, 9 ans. Saher Abu Namous, 4 ans. Ahmed Mahdi, 15 ans." Pendant quatre-vingt-dix secondes interminables, une voix de femme énumère, sur le ton détaché des présentateurs israéliens, les noms des enfants tués à Gaza au cours des trois dernières semaines. "La liste n'est pas exhaustive", répète-t-elle plusieurs fois.


Telle est la teneur d'un message soumis le 23 juillet par l'ONG israélienne de défense des droits de l’homme dans les Territoires occupés B'tselem et interdit par l'Autorité israélienne de l'audiovisuel au motif qu'il est "politiquement controversé".

Ce message n'accuse pourtant personne. Il ne fait que donner les noms d'enfants tués lors du dernier conflit en date entre Israël et le Hamas. Son titre : "Les enfants de Gaza ont un nom", s'inspire de la phrase du poète israélien Zelda sur l'Holocauste : "Chaque personne possède un nom que lui ont donné Dieu et ses parents."

 

"Rien de ce qu'ils peuvent faire ne vaut la vie d'un seul soldat israélien" 

 

La censure dont a été victime le message de B'tselem révèle un phénomène latent, et préoccupant. La semaine dernière, alors que les Nations unies venaient de décider l'ouverture d'une enquête sur les victimes civiles de l'opération Barrière protectrice, les services du Premier ministre Benyamin Nétanyahou ont qualifié la décision de grotesque, tandis que Tzipi Livni, la ministre de la Justice israélienne, déclarait sur son compte Facebook qu'elle n'avait que deux mots à dire sur le sujet : "Hapsu oti" – soit un "bonne chance" ironique et méprisant.

 

Et ce sont là deux réactions relativement modérées.

 

"Nous sommes dénoncés de toutes parts pour notre brutalité, notre cruauté, la disproportion de nos attaques, et vous vous dites : 'On s'en fout'. Qu'ils nous empêchent donc tous, sans exception, de prendre un avion, qu'ils fassent ce qui leur chante, car rien de ce qu'ils peuvent faire ne vaut la vie d'un seul soldat israélien", a écrit Ben Caspit, éditorialiste et homme de télévision très en vue, dans le journal Maariv.

 

"L'enfant d'aujourd'hui est le terroriste de demain. Autant qu'il meure maintenant." 

 

Et ces lignes ne sont rien à côté de certaines réactions non censurées au bilan civil de l'opération. Dans la culture actuelle du web, on poste désormais sur Facebook ou dans les pages de commentaires des médias les opinions que l'on gardait auparavant pour soi. "Quatre enfants morts, c'est tout ? Dommage !" ; "L'enfant d'aujourd'hui est le terroriste de demain. Autant qu'il meure maintenant !" ; "Tel est le prix de la guerre. La prochaine fois, qu'ils ne viennent pas nous chercher." ; "Et alors ?" Certains accusent aussi le Hamas de mentir. Un autre commentaire, lui, relativise : "On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs."

Ce sont évidemment des réactions extrémistes, qui ne sont pas représentatives de l'immense majorité de l'opinion israélienne. Beaucoup s'insurgent contre l'absurdité tragique de voir mourir des enfants, et ce dans les deux camps. Il n'empêche : il fut un temps en Israël où l'ordure était moins ordurière.

 

Car le fait que des Israéliens puissent tenir ouvertement ce type de propos en dit long sur le glissement qui s'est opéré dans l'opinion ces dernières années.

 

Auparavant, la mort accidentelle d'enfants – et même de civils en général – choquait. L'armée présentait des excuses, ou du moins rendait des comptes. Les médias en parlaient en long, en large et en travers.

Dans l'Israël d'aujourd'hui, exprimer ne serait-ce qu'un doute sur la légitimité morale de notre armée est devenu un tel tabou que des groupes d'extrême droite, résolus à faire taire tous les suspects de "démoralisation", n'hésitent à se montrer violents. Parler simplement de victimes innocentes vous vaut d'être qualifié de "gauchiste" tenant un "discours de haine", y compris par des élus, comme la députée à la Knesset [le Parlement] Miri Regev.

 

N'en concluons pas que la majorité des Israéliens n'ont que faire de la mort d'enfants. Mais si cela les choque, le fait est qu'ils n'en disent rien.

 

N'en concluons pas qu'il n'est plus intolérable de tuer des enfants. Mais le fait est que c'était plus intolérable avant.

 

Visiblement, plus il y a d'enfants parmi les victimes, moins l'on s'indigne.

Il fut un temps où ces enfants avaient un nom, un visage même. C'est un fait.

 

L'apathie totale est la dernière étape avant la haine. 

 

Courrier international, Ha'Aretz, Asher Schechter 8 aout 2014

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 00:08

Aux abois il y a quelques semaines, le Hamas devrait tirer des dividendes politiques et diplomatiques des coups qu'il porte à Israël à Gaza, selon des analystes palestiniens et israéliens.


Le mouvement islamiste palestinien est apparu de plus en plus isolé et affaibli depuis la destitution en juillet 2013 de son protecteur égyptien Mohamed Morsi et l'arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi, adversaire résolu de la confrérie des Frères musulmans dont est issu le Hamas.


Ses tunnels de contrebande ont été fermés par les Egyptiens, coupant une des rares sources d'oxygène d'un territoire asphyxié depuis 2006 par un blocus israélien.


La grogne sociale commençait à monter parmi la population d'une enclave que le Hamas contrôle seul depuis sept ans mais où il ne parvient plus à payer ses quelque 40.000 fonctionnaires et où le chômage touche 40% de la population.

Mais "la guerre a remis le Hamas dans le jeu politique, sur le plan régional comme sur le plan international", affirme à l'AFP Adnane Abou Amer, politologue à l'université Oumma de Gaza.


"Lutte acharnée"

Quant à la population, elle lui sait gré de rendre les coups à Israël, selon Moukhaïmer Abou Saada, professeur de science politique à l'université Al-Azhar de Gaza: "Le peuple de Gaza a été détourné de la mort lente que lui inflige le blocus au profit de la résistance contre Israël".


Le Hamas a su orchestrer les coups d'éclat de ses combattants, comme l'ont montré cette vidéo de propagande d'un de ses commandos sorti d'un tunnel pour exécuter cinq soldats israéliens, ou la quasi paralysie du trafic aérien international, saluée comme une "grande victoire", après la chute d'une de ses roquettes près de l'aéroport de Tel-Aviv le 22 juillet.


Vingt-cinq jours de frappes massives n'ont pas anéanti la menace militaire que fait peser sur Israël le Hamas, crédité par l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de 20.000 combattants. L'armée israélienne estime en avoir tué quelques centaines mais n'a annoncé la mort d'aucun chef important de la branche militaire du mouvement islamiste.

"Le Hamas n'a pas été mis à genoux, ses combattants continuent de lancer des missiles sur Israël" et "mènent une lutte acharnée pour protéger ses tunnels", reconnaît le général de réserve israélien Yaacov Amidror, dans une note du Centre Begin-Sadate pour les Etudes stratégiques.


Si ses roquettes ont finalement peu fait de victimes (trois morts pour environ 3.000 tirées), elles ont maintenu une atmosphère de peur dans les villes, notamment dans le sud d'Israël.


Elles ont mis à l'épreuve le système anti-missiles israélien Iron Dome, efficace face à des tirs au-dessus d'agglomérations, et montré qu'il était moins performant en cas de salves massives. Jeudi, sur les 102 roquettes lancées de la bande de Gaza, les batteries Iron Dome en ont intercepté 17.


"Nous ne les avons pas battus"


"Le fait qu'il ait réussi à blesser Israël a fait bondir la popularité du Hamas", souligne Jamal al-Fadi, politologue de l'université de Gaza.


Mais, prévient le professeur al-Fadi, le Hamas doit désormais "agir avec pragmatisme et capitaliser politiquement sur ses succès militaires, y compris en obtenant une ouverture du point de passage de Rafah" vers l'Egypte.


Selon l'éditorialiste du quotidien israélien Yediot Aharonot, Nahum Barnéa, même en cas de très hypothétique trêve durable, Israël devra accepter deux concessions: une reconnaissance du gouvernement palestinien d'union, composé de personnalités indépendantes mais soutenu par le Hamas, fruit de la réconciliation entre l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le mouvement islamiste; et un allègement partiel du blocus, comme l'exige le Hamas. "C'est le prix qu'Israël devra payer à la fin de ses opérations."


Le quotidien livre un récit édifiant du conseil des ministres israélien de jeudi, quand un compte-rendu des opérations par le ministre de la Défense Moshé Yaalon a été accueilli par les commentaires désabusés de certains de ses collègues: "Nous ne les avons pas battus".

 

Courrier international, le 1er out 2014

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 15:29

Raids sur Gaza : non toutes les mesures ne sont pas bonnes à prendre pour protéger sa population et non les raids aériens non ciblés ne protègent pas du terrorisme à long terme

 

Le Président de la République française a témoigné son entière solidarité envers Benyamin Netanyahou et apporté son soutien à la politique de représailles menée par Israël, laquelle frappe aveuglément les populations civiles palestiniennes. EELV s’oppose à ce point de vue qui justifie par avance toutes les opérations militaires (raids aériens et attaques terrestres), particulièrement sur la bande de Gaza, au motif de prévenir le terrorisme.


La violence armée ne saurait être une réponse efficace. Les morts civiles sont autant d’obstacles à la poursuite de l’objectif de paix au Proche Orient. EELV appelle à la cessation des combats, à la mise en place d’un cordon humanitaire sur Gaza et estime indispensable et urgente une action volontariste de l’Europe et de la France en ce sens. Il est de la responsabilité de la communauté internationale de faire cesser l’escalade meurtrière.


EELV rappelle sa solidarité sans faille avec les populations civiles menacées et son soutien résolu à tous les acteurs qui œuvrent pour la paix.

 

Europe Ecologie Les Verts

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 12:27

 Alors que Médecins sans frontières a confirmé les symptômes neurotoxiques, les deux camps se renvoient la responsabilité.

 

 

Régime et rebelles se sont accusés mutuellement samedi d’avoir recours à des armes chimiques dans le conflit en Syrie, où Médecins sans frontières a fait état de la mort de 355 patients «présentant des symptômes neurotoxiques», tandis que les Occidentaux accentuaient la pression sur Damas.

Washington et Londres sont convenus que la Syrie avait probablement perpétré une attaque aux armes chimiques contre son peuple mercredi, et ont examiné des options militaires contre le régime syrien.

Pour faire monter la pression, un responsable du département d’Etat a révélé samedi que le secrétaire d’Etat John Kerry avait exceptionnellement téléphoné, jeudi, à son homologue syrien Walid al-Moualem pour lui signifier que «si le régime syrien n’avait rien à cacher, il aurait dû autoriser un accès immédiat et sans entrave au site» de l’attaque présumée.


Alors que l’opposition a accusé le pouvoir d’avoir eu recours à des gaz toxiques lors d’attaques dans la région de Damas mercredi, MSF a fait état de la mort de 355 patients «présentant des symptômes neurotoxiques» dans ce secteur, mais a précisé ne pas pouvoir «confirmer scientifiquement la cause de ces symptômes ni établir la responsabilité de cette attaque».

«Trois hôpitaux situés dans le gouvernorat de Damas et soutenus par Médecins sans frontières ont reçu, en moins de trois heures le mercredi matin 21 août, environ 3.600 patients présentant des symptômes neurotoxiques. 355 d’entre eux sont morts», a affirmé MSF dans un communiqué. Les équipes de MSF n’ont pas pu se rendre sur place, mais elles sont en contact avec le personnel médical de ces hôpitaux.

 

«Les symptômes qui nous ont été rapportés, tels que les convulsions, l’hypersalivation, les pupilles contractées, la vision trouble et la détresse respiratoire, le schéma épidémiologique de cet événement - caractérisé par l’afflux massif de patients dans un laps de temps très court, la provenance des patients et la contamination des secouristes et du personnel ayant fourni les premiers soins - suggèrent fortement l’exposition massive à un agent neurotoxique», a souligné Bart Janssens, directeur des opérations à MSF. L’ONG est la première source indépendante à évoquer autant de morts dans cet incident. L’opposition avait fait état de plus de 1 000 décès.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur un réseau de sources médicales et de militants anti-régime, a de son côté comptabilisé plus de 300 morts par gaz toxique depuis mercredi, dont des dizaines de rebelles.

 

Obama et Cameron discutent de «possibles réponses»

Mais le ministre syrien de l’Information, Omrane al-Zohbi, a démenti vigoureusement les accusations de l’opposition, affirmant que son régime n’avait «jamais utilisé d’armes chimiques».

Le président des Etats-Unis Barack Obama a appelé samedi le Premier ministre britannique David Cameron pour discuter des «possibles réponses de la communauté internationale à l’utilisation présumée d’armes chimiques» en Syrie, a indiqué la Maison Blanche. Ils ont exprimé «leur profonde préoccupation (...) devant des signes de plus en plus importants (indiquant) qu’une attaque significative aux armes chimiques avait été menée par le régime syrien contre son propre peuple», selon Downing Street.

 

La communauté internationale fait pression pour que les experts de l’ONU, arrivés en Syrie le 18 août pour enquêter sur d’autres allégations d’utilisation d’armes chimiques plus tôt cette année, puissent se rendre rapidement sur place. La haute représentante de l’ONU pour le désarmement, Angela Kane, est arrivée samedi à la mi-journée à Damas pour négocier l’autorisation du régime.

Selon le ministère iranien des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie syrienne Walid al-Moualem a assuré à son homologue iranien que son gouvernement allait coopérer avec la mission des Nations unies et lui permettre de visiter les zones où, selon lui, les rebelles ont utilisé des armes chimiques.

 

Pour le régime, les armes chimiques viennent des insurgés

Les autorités syriennes ont ainsi accusé les insurgés d’avoir eu recours à des gaz toxiques samedi à Jobar, dans la périphérie de Damas, pour repousser une offensive de l’armée. La télévision d’Etat, qui a fait état de plusieurs cas «d’asphyxie» parmi les soldats, a montré des images de barils retrouvés selon elle lors du ratissage du secteur et contenant «des matières toxiques et chimiques très dangereuses». L’opposition syrienne a rejeté «en bloc» ces accusations, estimant qu’il s’agissait d'«une tentative désespérée (du régime) pour détourner l’attention de ses crimes répétés».

Si les Etats-Unis restent prudents sur l’éventuelle utilisation d’armes chimiques par le régime, la France s’est, elle, montrée très affirmative. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ainsi assuré que «toutes les informations» convergaient pour dire que le régime était responsable de l’attaque chimique de mercredi, soulignant que «ce massacre chimique est d’une telle gravité» qu’il «ne pourra pas rester sans réaction forte».

 

Le président américain, sous pression pour agir, a de son côté réuni son équipe de sécurité. Alors que M. Obama a mis en garde contre toute nouvelle opération militaire au Moyen-Orient, les Etats-Unis ont annoncé le déploiement de moyens militaires dans la région permettant de fournir des «options» à M. Obama s’il ordonnait une intervention en Syrie.

 

Dans le camp opposé, après la Russie, l’autre allié du président Bachar al-Assad, l’Iran, a mis en garde contre une «intervention militaire» étrangère en Syrie, accusant lui aussi les rebelles d’avoir eu recours à des armes chimiques mercredi près de Damas.

 

Déclenchée par une révolte populaire en mars 2011 qui s’est militarisée face à la répression du régime, la guerre en Syrie a fait plus de 100 000 morts selon l’ONU, et poussé à la fuite des millions de Syriens.

 

Libération, 25 août 2013

 

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 00:02

François Hollande a jugé "probable" l’utilisation, le 21 août, d’armes chimiques par le régime syrien. Frédéric Pichon, spécialiste de la Syrie, explique pourquoi cette nouvelle attaque ne mènera pas pour autant à une intervention occidentale.

 Il pourrait s’agir de l’attaque à l’arme chimique la plus meurtrière depuis le début du conflit syrien en mars 2011.Dans la nuit du 20 au 21 aout 2013, quelques 1300 civils, dont de nimbreux enfants, ont été tués dans un assaut à l'arme chimique de l'armée syrienne de Bachar-el-Assad, près de Damas.   

 

C’est en tout cas ce qu'affirme l’opposition.

 

Le régime estime, pour sa part, qu’il s’agit d’une mise en scène des rebelles pour attirer l’attention de la délégation des Nation unies, présente sur place depuis deux jours pour enquêter sur l’utilisation présumée d’armes chimiques en Syrie. L’Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui n’a pas précisé la nature de l’assaut, a recensé plus de 100 morts.

 

FRANCE 24 a interrogé Frédéric Pichon, chercheur à l'université François Rabelais à Tours et spécialiste de la Syrie, pour tenter de savoir si cette nouvelle attaque peut changer la donne.

 

FRANCE 24 : Si cette attaque se révélait bien être à l'arme chimique, aurait-elle le pouvoir, de part sa gravité, de faire avancer la situation en Syrie ?  

Frédéric Pichon : Je ne pense pas. Si les chiffres de l’opposition sont avérés, il s’agit d’une attaque à l’arme chimique d’ampleur inédite. Pour autant, l’équation du point de vue diplomatique reste la même : l’impuissance des États-Unis qui se sont totalement désengagés de la zone, l’absence de consensus européen, sauf pour la France et le Royaume-Uni, et le soutien indéfectible de la Russie au régime de Bachar al-Assad.

On retrouve un schéma similaire à celui de la guerre au Rwanda : la situation avait beau être insoutenable, la communauté internationale restait impuissante et ne manifestait pas vraiment de désir d’intervenir sur le terrain.

 

D’après le régime syrien et son allié russe, cette attaque à l’arme chimique serait une mise en scène orchestrée par les rebelles pour faire porter le chapeau à Bachar al-Assad. Que pensez-vous de cette version ? 

C’est une hypothèse à laquelle on pense, effectivement, car elle n’est pas totalement impossible. Sans vouloir sous-estimer le côté retors et violent du régime, quel serait son intérêt de mener une attaque chimique d’une telle ampleur alors qu’une délégation onusienne vient tout juste d’arriver en Syrie ? Cela reviendrait à donner le bâton pour se faire battre et ce n’est pas l’image que Bachar al-Assad souhaite donner.

Je ne dis pas non plus que les rebelles sont derrière une telle manigance, mais beaucoup de groupes incontrôlables agissent sous couvert de l’ASL [Armée syrienne libre, NDLR]. Certains radicaux d’Al-Nosra, par exemple, seraient tout à fait capables de monter une telle mise en scène. D’autant plus que récemment, une douzaine de leurs membres ont été arrêtés en Turquie en possession d’éléments chimiques qui pourraient être du gaz sarin.

 

Si deux ans de guerre civile n’ont toujours pas suffi, qu’est-ce qui pourrait déclencher une action militaire conjointe des Occidentaux ? 

Pour l’heure, rien. Je pense que, malgré tous les bombardements meurtriers et les attaques à l’arme chimique qu’il pourrait y avoir, la prochaine étape pour espérer voir les choses bouger c’est un nouveau sommet international, un "Genève II".

Récemment, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un officier de l’armée française qui m’a dit qu’il y avait eu une envie, au printemps dernier, mais qu’un déploiement militaire international sur place était techniquement compliqué et surtout très cher. D’autant plus que le système de défense anti-aérien du régime est plus coriace que celui de Kadhafi par exemple. Une action militaire occidentale signifierait une perte conséquente en matériel.

 

Pourquoi la question des armes chimique est-elle si cruciale alors que les bombardements et autres assauts plus "classiques" ont déjà fait 100 000 morts depuis le début du conflit ? 

L’arme chimique a une dimension particulièrement grave car elle est moins couramment utilisée dans les conflits. Les images des cadavres ayant été tués à l’arme chimique sont atroces, ça touche immédiatement à l’émotionnel.

Et d’un point de vue diplomatique, l’arme chimique c’est la dernière étape avant d’atteindre le seuil de l’intolérable. C'est l'histoire de la fameuse ligne rouge tracée par Obama à l'été 2012.Tant que l’utilisation des armes chimique ne sera pas internationalement reconnue par tous les bords, le garde-fou est maintenu. En d'autres termes, l'Occident tergiverse parce que reconnaître unanimement l'utilisation d'armes chimique leur impose une intervention militaire dont ils n'ont pas envie.

Pour l’heure, le seul élément qui est avéré c’est qu’il y a eu une vaste offensive de l’armée. On parle de quelque 34 000 hommes mobilisés.

 

France 24, le 23 :08

Par Julien SAUVAGET (vidéo)
Anne-Diandra LOUARN (texte)

 

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