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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 14:39

 Le Groupe écologiste tient à remercier les membres de la mission pour la qualité du travail mené. Il salue en particulier l’animation assurée avec énergie par son président et son rapporteur, la qualité et la précision du rapport ainsi que la diversité enrichissante des intervenants auditionnés.

 Le Groupe écologiste se félicite de l’organisation de cette mission, à la suite de la proposition de résolution pour l’instauration d’un revenu de base qu’il a défendue dans notre assemblée le 19 mai 2016. À l’issue de ce débat, le Groupe socialiste s’est saisi de ce sujet passionnant en sollicitant cette mission d’information, apportant à la réflexion collective sur le revenu de base la légitimité institutionnelle qui lui faisait encore défaut. Il en résulte le présent rapport dont le titre « Le revenu de base de l’utopie à l’expérimentation » situe bien l’évolution de la réflexion sur le sujet. Ce rapport, fruit de longs et riches travaux, dresse ainsi un vaste tableau des différentes analyses sur le revenu de base, s’attardant sur le concept et ses origines, sur sa (ses) définitions, embrassant tous les points de vue et formulant des propositions concrètes.

 En Finlande, en Suisse, aux Pays-Bas, c’est désormais un débat à l’échelle européenne qui s’est ouvert ces dernières années sur le sujet. Notre mission a pu s’en rendre compte lors de ses déplacements pour observer les expérimentations en cours à Helsinki et à Utrecht.

 Rien d’étonnant à cela, alors que le chômage de masse se consolide, que les richesses n’ont jamais été aussi mal réparties, que l’économie collaborative rationnalise les échanges économiques à l’extrême (supprimant tous les intermédiaires commerciaux entre producteurs et consommateurs), que la robotisation et l’automatisation remplacent et remplaceront des millions d’emplois… L’ampleur des bouleversements à l’oeuvre en ce XXIe siècle donne le vertige et invite à verser au débat des propositions ambitieuses.

 Le revenu universel est de celle-ci.

 Plusieurs définitions du revenu de base existent, mais le rapport s’est concentré sur les convergences entre les points de vue : inaliénable, inconditionnel et cumulable, voilà le principe du revenu de base.

 Cela signifie que tous les individus présents sur le territoire national ont droit à un même revenu, cumulable avec d’autres revenus, notamment des salaires, qui leur sera versé chaque mois automatiquement sans qu’ils n’aient besoin de faire de démarche particulière.

 Améliorer notre solidarité nationale

Parmi toutes les vertus du revenu de base, la plus essentielle est de lutter efficacement contre la pauvreté. Cette lutte contre la pauvreté est au cœur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, puisque son article 25 affirme que : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ». Avec près de 9 % de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté, cet objectif n’est pas toujours pas atteint… Cette donnée montre clairement les insuffisances de notre système actuel de solidarité nationale.

 Comme le montre très bien le rapport, le revenu de base permet tout d’abord de simplifier grandement notre régime de prestation sociale, extrêmement complexe. Le taux de non recours aux prestations sociales, considérablement élevé (près de 50 % pour le RSA), doit nous alerter. Le revenu de base permet de régler ce problème.

 Les écologistes proposent, à l’instar de la mission, que le revenu de base vienne se substituer aux actuels minimas sociaux existants (si le montant du minima est supérieur au revenu de base instauré, le différentiel serait naturellement préservé). Cette simplification, associée à la fin du contrôle des allocataires, aura également pour effet de diminuer les frais de gestion, d’économiser des moyens humains et financiers pour les remobiliser vers d’autres missions.

 Le revenu de base présente un autre avantage révolutionnaire par rapport au régime social existant. En étant cumulable avec tout type de revenu, il supprime, comme l’explique le rapport, « les trappes à inactivité » créées par le RMI/RSA et ses effets de seuils. Aujourd’hui, face à l’incertitude que représente le calcul de son montant de RSA, face au découragement que provoque l’idée de devoir recommencer toutes les fastidieuses et humiliantes démarches administratives nécessaires à son obtention, de nombreuses personnes refusent des contrats courts ou des contrats à temps partiel.

Ceci créé des « trappes à inactivité », situation où la reprise d’un emploi précaire, entraînant une fermeture des droits au RSA, pénalise l’allocataire, plutôt qu’elle ne lui bénéficie. Le revenu de base, cumulable avec tout type de revenu du travail, met un terme à cette situation. Loin de désinciter au travail comme on l’entend beaucoup trop souvent, le revenu de base serait, de fait, beaucoup plus efficace que l ’actuel RSA pour favoriser le retour vers l’emploi des chômeurs.

 En s’intéressant au revenu de base comme une méthode de rénovation de notre protection sociale, un autre avantage est à faire valoir : il supprime la notion « d’assistanat ». Aujourd’hui, de nombreux responsables politiques, l’administration en charge du contrôle des allocataires, le regard d’une société de plus en plus individualiste font peser sur nos concitoyens les plus fragiles, les plus précaires un odieux soupçon, celui d’être les « parasites » d’une société dont ils ne contribueraient pas au bon fonctionnement. Le revenu de base, en tant que droit universel, versé à tous les citoyens à montant égal fait disparaître le concept-même « d’assisté » puisque tous les citoyens en sont bénéficiaires.

 Le revenu de base est de fait « le pilier manquant de notre protection sociale », comme l’exprime si bien le « Mouvement Français pour le Revenu de Base » (MFRB).

 Accompagner les évolutions du travail

Le marché de l’emploi est amené à subir des mutations profondes dans les années à venir. En octobre 2014, une étude publiée par le cabinet Roland Berger a estimé que le numérique pourrait supprimer 3 millions d’emplois en France à l’horizon 2025. Il s’agit des robots, mais aussi des logiciels et applications, de plus en plus omniprésents dans notre vie quotidienne. Il est indispensable que notre société trouve le moyen de fiscaliser les gains de productivité réalisés par les machines, logiciels et ordinateurs, afin de les redistribuer à la société pour compenser les pertes d’emploi afférentes.

 Face à cette révolution, le revenu de base apparait ainsi comme une solution durable face à un chômage structurel. Il permet à chacun de disposer d’un minimum vital, lui garantissant une place dans la société. Moins dépendant du salaire pour subvenir à ses besoins, le travailleur – ou le demandeur d’emploi - se voit ainsi renforcé dans la

négociation avec l’employeur qu’elle concerne sa rémunération aussi bien que ses conditions de travail.

 Le revenu de base permet aussi d’envisager une diminution du chômage par un partage « souple » et choisi du travail, c’est-à-dire ni par la contrainte de la loi, ni par la contrainte du marché et de son cortège de temps partiels subis. Le revenu de base est l’outil essentiel pour l’avènement de la « civilisation du temps libéré » imaginée par le philosophe André Gorz au siècle dernier qui propose de mettre à profit les immenses gains de productivité offerts par la technologie pour travailler moins et repenser l’activité humaine : familiale, associative, démocratique…

 Le revenu de base est aussi un moyen efficace pour sécuriser les jeunes entrepreneurs, les travailleurs indépendants et tous les travailleurs de l’économie collaborative à mi-chemin entre auto-entreprenariat et salariat déguisé. Une manière d’inviter nos concitoyens à innover et prendre des risques en leur assurant, quoiqu’il advienne, leur subsistance. Dans un monde en pleine mutation, le revenu de base constitue un puissant levier de transformation de la société

 Transformer la société

À force de créer des besoins, de créer des emplois pour créer des emplois, de poursuivre la destruction de notre planète pour tenter de prolonger la trop funeste croissance du PIB, le travail perd de son sens pour toute une partie de nos concitoyens, tant et si bien qu’un tiers des travailleurs se retrouvent dans le concept de bore-out, (l’ennui au travail). Le revenu de base est le levier qui permet à tous ces travailleurs de s’arracher du productivisme en redéfinissant leur activité qu’elle soit

culturelle, sociale, écologique ou démocratique (potentiellement beaucoup plus bénéfiques à la société que nombre d’activités économiques existantes).

 Pour les jeunes, sur qui la contrainte économique pèse plus que les autres, pour les femmes, encore limitées par les vestiges persistants de la société patriarcale, pour les artistes, les citoyens engagés, etc. le revenu de base individualisé serait un extraordinaire vecteur d’autonomie et donc d’émancipation.

 Le rapport néglige quelque peu cette dimension du sujet.

 Par ailleurs, en supprimant notre dépendance à la croissance économique, le revenu de base permettrait de mettre en œuvre la transition écologique avec beaucoup de sérénité. En luttant contre la centralisation des emplois, le revenu de base favoriserait le développement de l’activité dans tous les territoires et plus particulièrement les territoires déshérités, victimes de la mondialisation sauvage. Pour les petits agriculteurs notamment, il serait un complément, leur permettant de maintenir leur exploitation et de résister dans un système agro-industriel qui les broie. Bref, en changeant le paradigme économique dominant, le revenu de base constitue un outil

fondamental pour la mise en œuvre du projet de société porté par les écologistes.

 Financer le revenu de base

La mission n’a pas tranché cette complexe question. Néanmoins, le rapport présente de façon détaillée toutes les pistes existantes de l’impôt négatif à l’allocation universelle en passant par la dotation en capital. Toutes apparaissent complexes à mettre en œuvre, techniquement et/ou politiquement, et toutes nécessitent une réforme fiscale d’ampleur.

Au regard de tous les bénéfices évoqués précédemment, nous défendons la mise en œuvre progressive d’une allocation universelle. Pour ce faire, nous retenons le scénario progressif proposé par le MFRB :

- Étendre le RSA aux 18-25 ans (aujourd’hui exclus du dispositif) ;

- L’individualiser (aujourd’hui un couple touche 1.5 RSA et pas 2) ;

- Supprimer la conditionnalité (recherche d’emploi) du RSA et automatiser son versement ;

- Créer une allocation enfant (pour tous les enfants) en remplacement de la politique familiale actuelle ;

- Universaliser le revenu de base, c’est-à-dire l’étendre à toute la population.

 En ce qui concerne le financement, il faut comprendre que l’instauration d’un revenu de base au niveau du RSA (525 euros) coûterait plus de 400 milliards d’euros. Il n’est naturellement pas envisagé de remplacer toutes aides sociales existantes par un revenu de base, mais certaines seront amenées à disparaitre (tout ou partie) pour contribuer à son financement.

Le reste du financement serait assuré par une réforme complète de l’impôt sur le revenu qui comprendrait la suppression des quotients familial et conjugal, d’un certain nombre de niches fiscales et l’instauration d’un nouveau barème de l’impôt sur le revenu pour lequel tous les citoyens contribueraient dès le premier euro gagné (hors revenu de base).

 Expérimenter le revenu de base

Le Groupe écologiste salue la volonté de la mission de passer « de l’utopie à l’expérimentation ». Il se félicite de l’ambition du dispositif imaginé : 20 à 30 000 personnes, dans plusieurs départements aux caractéristiques socio-économiques différentes, se verraient verser un revenu de base du montant du RSA durant 3 années.

Il regrette néanmoins vivement que le dispositif imaginé pour les 18-25 ans ne soit pas inconditionnel, traduisant, comme trop souvent, la vision paternaliste que notre société a de sa jeunesse

 

Conclusion

Nous saluons le travail de la mission, ce rapport constituant une avancée dans la réflexion pour la mise en place d’un revenu de base.

Le revenu de base, universel et inconditionnel, apparait comme un nouvel outil de solidarité, efficace pour lutter contre la pauvreté, adapté aux transformations de notre économie. Plus qu’un rêve, il s’agit aujourd’hui d’une nécessité, et comme le dit si bien le philosophe et économiste Phi lippe Van Parijs, « Un jour, nous nous demanderons comment nous avons pu vivre sans le revenu universel ».

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 14:37

Notre pays peut s’enorgueillir d’être l’un de ceux qui offrent l’un des niveaux de protection sociale les plus élevés au monde. La Nation, par le jeu de l’impôt ou des cotisations sociales, y consacre aujourd’hui 690 milliards d’euros, soit un tiers de son produit intérieur brut.

 Pourtant, personne n’oserait soutenir que notre modèle d’assistance sociale n’est pas perfectible. Il laisse encore au bord du chemin nombre de nos concitoyens, comme en témoigne la persistance d’un taux de pauvreté représentant 14,1 % de la population française, soit 8,8 millions de personnes. Il existe encore – et la crise économique que nous connaissons depuis 2008 a accentué le phénomène – des gens qui, dans notre pays, ne peuvent satisfaire sans soutien leurs besoins élémentaires.

 Notre système d’assistance et de protection s’est sans conteste développé et perfectionné depuis 1945, de sorte que nous n’avons jamais été autant protégés, ce dont doutent pourtant de plus en plus nos concitoyens.

 Sa relative impuissance à lutter efficacement contre la persistance de « poches territoriales » dans lesquelles la pauvreté reste particulièrement prégnante l’explique en partie. De plus, en se perfectionnant et se complexifiant, il a lui-même généré des phénomènes d’angles morts, qui se traduisent notamment par ce que l’on désigne couramment comme le « non-recours » des bénéficiaires potentiels, dépassés par les obligations administratives diverses mises à leur charge pour l’obtention effective de

prestations auxquelles ils sont pourtant éligibles ou qui craignent plus simplement la stigmatisation de leur situation.

 Ce système n’échappe pas non plus à la critique de son inefficacité à faire sortir durablement ses bénéficiaires de l’exclusion, en contribuant parfois à les enfermer dans un cercle vicieux de l’aide sociale. Il crée des situations dans lesquelles l’articulation des différents dispositifs n’incite pas réellement à la reprise d’activité, avec pour effet de renforcer la stigmatisation dont les bénéficiaires peuvent faire l’objet : déjà déconsidérés, car jugés incapables de subvenir eux-mêmes à leurs besoins, ils sont alors accusés de refuser d’exercer – si ce n’est même de rechercher – un travail et de passer ainsi de l’assistance à l’assistanat.

 Ce système élaboré doit d’autant plus être questionné dans une société qui voit les modalités d’exercice et d’occupation des emplois fortement évoluer sous l’effet d’une crise économique dont elle peine à sortir et d’une mutation profonde de ses structures et de ses repères en raison de la révolution numérique. La figure de l’emploi change, celle des travailleurs également. L’exercice de certains métiers se trouve bouleversé par l’automatisation d’un nombre grandissant de tâches plus ou moins répétitives et, plus généralement, par la substitution de la machine à l’individu pour les tâches pour lesquelles l’avantage comparatif de l’homme sur le robot disparaît. Par ailleurs, le salariat reste le mode prépondérant de la relation de travail, mais il subit les coups de boutoirs de l’« externalisation » et, pour reprendre une expression à la mode, de l’« uberisation ».

 Dans ce contexte, une idée ancienne ressurgit depuis quelques années dans le débat public : le revenu de base. Sous ses diverses appellations (allocation universelle, revenu inconditionnel…) – qui cachent parfois des différences profondes de modèle – il s’agirait d’accorder de manière inconditionnelle à chaque membre de la société une dotation monétaire qui constituerait un « socle de protection minimal ». Il serait, pour ses promoteurs, « la » réponse, non pas seulement aux malfaçons de notre système actuel de protection et d’assistance, mais aussi aux mutations profondes de notre société et de notre rapport au travail et à la richesse.

 Souvent, dans le débat sur le revenu de base, l’utopie n’est pas loin, qu’elle vise à libérer l’individu de la mainmise de l’État sur son existence ou à briser les chaînes qui l’obligent à exercer un travail qui assure davantage sa simple survie économique que son épanouissement individuel… Pour autant, depuis une vingtaine d’années, la réflexion sur le revenu de base est devenue plus technique, réaliste et rationnelle, de sorte que, sans perdre de vue la réalisation d’un objectif de société, les propositions sont devenues plus tangibles, s’appuyant sur une analyse macro-économique, financière et juridique plus pertinente.

 

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 14:32

Une mission d’information sénatoriale vient de remettre un rapport sur le revenu de base La crise du plein emploi adossé à une croissance économique qui a disparu des radars, celle des financements publics, le développement de la précarité amplifiée par les systèmes  numérique et la robotisation permettent de s’interroger sur la pertinence et la mise en œuvre d’un nouveau contrat social. le revenu universel pose une question de fond : faut-il défaire l'emprise de l'emploi sur la protection et l'intégration sociale ?

Ce sujet, émergeant en France, est repris par tout le spectre politique, chacun y mettant des objectifs et des modèles différents, allant de l’ultra-libéralisme aux utopies et aux transformations sociales. On trouve parmi les défenseurs du revenu de base aussi bien des néolibéraux, qui y voient le moyen de simplifier et de limiter drastiquement la protection sociale, que des anticapitalistes d'inspiration marxiste, pour qui ce revenu représente une émancipation face au travail aliénant et repose sur une socialisation accrue des revenus. Et aussi bien des keynésiens en quête d'un moyen de soutenir la demande que des écologistes promouvant la sobriété volontaire…

Certains redoutent que cela entérine le dualisme de la société entre ceux qui ont accès à l'emploi et ceux qui sont relégués au dehors, ayant perdu à la fois les droits attachés au salariat et la reconnaissance sociale offerte par le travail. Présenté comme un instrument d'émancipation, il risque de se transformer en instrument de relégation et d'exploitation accrue : d'un montant trop faible pour se passer de travailler, il offrirait au capitalisme une "armée de réserve" où puiser à moindre coût des travailleurs déjà partiellement rémunérés par un médiocre revenu de subsistance. Un risque dont certains de ces promoteurs, à l'instar d'un André Gorz, sont conscients. Pour eux, le revenu d'existence n'est qu'un élément d'une transformation sociale plus vaste.

En tous cas, les travaux de la mission d’information, pour ardus qu’ils soient, représentent un bon état des lieux de la réflexion en cours. J’espère que ce sujet, dans les mois qui viennent de campagne présidentielle et législatives, permettront de faire émerger cette question dans la société toute entière et dans les média.

Je mets donc en ligne d’une part l’introduction du rapport de la mission sénatoriale, et d’autre part le point de vue des élus écologistes au Sénat

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 01:02

j'ai signé cette tribune parue dans libération.fr du 9 septembre

 

Par Emmanuelle Cosse, vice-présidente de la Région Ile-de-France, Daniel Breuiller, maire d’Arcueil, Anne Souyris et David Belliard, coprésidents du groupe écologiste de Paris et des élus écologistes d’Ile-de-France (1)

Le 29 août 2014, le Premier ministre Manuel Valls a annoncé le lancement d’un plan de relance de la construction. Il a également annoncé que la mise en œuvre de l’encadrement des loyers prévu par la loi Alur (pour un Accès au logement et un urbanisme rénové) adoptée le 26 mars 2014 serait finalement expérimentée sur le seul territoire de la ville de Paris.

Depuis, de nombreux-ses élu-es locaux-les ont fait part de la nécessité de ne pas restreindre l’encadrement des loyers à Paris. En effet, la crise du logement constitue une préoccupation quotidienne majeure pour de nombreux ménages d’Ile-de-France qui attendent de leurs élu-es des solutions concrètes et efficaces. L’encadrement des loyers constitue une première étape nécessaire pour mieux réguler le marché et dégager du pouvoir d’achat pour les ménages francilien-nes.

En revanche, en Ile-de-France, il n’est pas cohérent d’envisager limiter l’encadrement des loyers à la seule ville de Paris. Les mouvements de population ne se limitent pas à l’intérieur du périphérique et l’explosion des loyers ne concerne pas uniquement Paris. Comme l’a rappelé le maire de Saint-Denis, dans cette commune, les loyers ont augmenté de 50% en dix ans. Les ménages qui, du fait de l’augmentation des loyers, ne parviennent plus à se loger à Paris, s’installent en petite, voire en grande couronne.

Alors que se construit la Métropole du Grand Paris, dont une des principales compétences sera le logement, Les élu-es écologistes de Paris et de la petite couronne souhaitent que l’encadrement des loyers prévu par la loi ALUR s’applique à tout le périmètre de la future métropole du Grand Paris.

 

(1) Signataires : Emmanuelle Cosse, vice-présidente de la Région Ile-de-France en charge du logement, de l’habitat, de l’action foncière et du renouvellement urbain, Pierre Serne, conseiller municipal à Vincennes, vice-président de la Région Ile-de-France en charge des transports, Michel Bourgain, maire de l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), Daniel Breuiller, maire d’Arcueil (Val-de-Marne), David Belliard, co-président du Groupe écologiste au Conseil de Paris, Anne Souyris, co-présidente du Groupe écologiste au Conseil de Paris, Galla Bridier, conseillère de Paris, présidente de la commission logement du Conseil de Paris, Rodéric Aarse, adjoint au maire de Malakoff, conseiller communautaire (Hauts-de-Seine), Catherine Candelier, conseillère municipale à Sèvres (Hauts-de-Seine), Patrick Chaimovitch, conseiller municipal à Colombes (Hauts-de-Seine), Dominique Debras, conseiller municipal à Nanterre (Hauts-de-Seine), Marie-Claude Fournier, conseillère municipale de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), secrétaire départementale d’EELV 92, Vincent Gazeilles, conseiller général des Hauts-de-Seine, Annie-Laure Hagel, conseillère municipale à Antony et conseillère communautaire (Hauts-de-Seine), Vanessa Jérôme, conseillère municipale à Clamart et conseillère communautaire (Hauts-de-Seine), Olivier Kalousdian, conseiller municipal à Puteaux (Hauts-de-Seine), Samia Kasmi, conseillère municipale à Nanterre (Hauts-de-Seine), Alexis Martin, conseiller municipal à Nanterre (Hauts-de-Seine), Joëlle Paris, conseillère municipale à Courbevoie, conseillère communautaire (Hauts-de-Seine), Julien Sage, conseiller municipal à Nanterre (Hauts-de-Seine), Odette Siméon, conseillère municipale à Nanterre (Hauts-de-Seine), Mireille Alphonse, vice-présidente d’Est Ensemble (Seine-Saint-Denis), Dominique Carré, président du groupe des conseillers communautaires écologistes et citoyens de Plaine commune (Seine-Saint-Denis), Muriel Casalaspro, adjointe au Maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), Maïté Chambaud, adjointe au maire à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), Frédérique Denis, conseillère municipale déléguée santé et prévention à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), Kamal El Mahouti, conseiller municipal à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Pascale Méker, adjointe au maire de Bagneux, conseillère communautaire déléguée de Sud de Seine (Seine-Saint-Denis), Halima Menhoudj, adjointe au Maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), Nabiha Rezkalla, conseillère municipale à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Michel Ribay, adjoint au maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Michel Rizzo, adjoint au maire de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), Sandrine Soppo Priso, conseillère municipale à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), Tân Tran, adjointe au maire à Sevran (Seine-Saint-Denis), Serge Volkoff, conseiler municipal au Pré Saint Gervais, Stéphane Weisselberg, adjoint au maire de Romainville et conseiller communautaire d’Est Ensemble (Seine-Saint-Denis), Essaid Zemouri, conseiller municipal à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), France Bernichi, adjointe au maire d’Alfortville (Val-de-Marne), Sabine Brunet-Dine, adjointe au maire de Fresnes (Val-de-Marne), Christian Larger, conseiller municipal à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), Philippe Lecompte, conseiller municipal à Fresnes (Val-de-Marne), Claire Lefebvre, conseillère municipale à Fresnes (Val-de-Marne), Christian Métaire, premier adjoint au Maire d’Arcueil (Val-de-Marne), secrétaire départemental d’EELV, Pierre Paoli, conseiller municipal à Alfortville (Val-de-Marne), Rosandre Valleray, conseiller municipal à Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne), Frédérique Denis, conseillère municipale déléguée, pour la santé et la prévention, Noisy-le-Grand, Mounir Satouri, président du groupe EELV, région Île-de-France, Lucille Schmid, Sonia Pignot, maire adjointe de Saint Denis, Laurent Guillard, conseiller municipal, Asnières-sur-Seine, Sabri Mekri, maire adjoint à Bonneuil-sur-Marne, Camille Falque, maire adjoint, Les Lilas.

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 08:43

 

« Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude. L'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes » (Article 4 Déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948)

 

http://www.esclavagemoderne.org/008-l-esclavage-moderne/13-page.htm

 

 

 L'esclavage a été aboli depuis longtemps. Pourtant il existe encore aujourd'hui, au 21ème siècle dans le monde entier. Chaque jour, des dizaines de millions de personnes vivent dans le désespoir et la servitude. Ces esclaves modernes constituent une main d'œuvre sans voix, sans défense et corvéable à merci. La misère et l’espérance d’une vie meilleure poussent ces hommes, ces femmes et ces enfants dans les mains des exploiteurs sans pitié qui les affament, les maltraitent, les terrorisent. Brutalisés, retenus par la force et par la contrainte, ils sont abandonnés à leur sort.

Esclaves dès leur plus jeune âge ou tombés un jour en servitude, enfantsfemmes et hommes s'épuisent dans les champs, les fabriques, les mines, les plantations, les maisons, les ateliers ou les bordels. Esclaves pour dettes, victimes de négriers modernes ou clandestins pris au piège de la traite des êtres humains, ils subissent les pires traitements, réduits au statut d'objets. Contrairement à l’époque de la traite transatlantique, le critère déterminant n’est pas la couleur de la peau, ni l’origine ethnique mais la vulnérabilité qui permet une emprise totale sur une personne.

 

     Les principales formes contemporaines d’esclavage sont l’esclavage pour dettes, le travail forcé, l'esclavage sexuel, le mariage forcé, l’esclavage traditionnel, et le travail exorbitant des enfants… Si elles se rencontrent le plus souvent en Asie et en Afrique, l’Europe et l’Amérique sont également concernées. Il existe des esclaves dans les immenses plantations du Brésil, des femmes sont victimes de trafic et d’esclavage sexuel en Europe, de jeunes enfants sont asservis comme domestiques dans des pays occidentaux. Ce fléau n’épargne aucun pays. En France, cette nouvelle servitude se retrouve notamment dans l'esclavage domestique, les ateliers clandestins, la mendicité forcée, et la prostitution forcée…

 

  L’esclavage pour dette Il touche des millions de personnes dans le monde. Quand la misère est trop grande, un père ou une mère de famille, un adolescent ou un vieillard peuvent contacter une dette que leur « prêteur » leur demande de rembourser en travaillant pour lui. Ils ont parfois besoin d’un peu d’argent pour acheter de la nourriture, ou des médicaments, ou des semences… Toute la famille ou une partie d’entre eux - enfants, jeune femme, ou père - se retrouve ainsi aliénée jusqu’au remboursement de ce prêt. Les esclaves travaillent sept jours sur sept, tout au long de l’année, contre un peu de nourriture et un abri pour dormir. Le plus souvent leur travail n’arrive jamais au bout de la dette qui peut même se transmettre à leurs enfants. Ce système existe depuis longtemps, dans certains pays d’Asie, comme l’Inde en raison du système de caste. 

(Photos tirées du film de Tina Davis "Modern Slavery")


  

 Le travail forcé Il  concerne les personnes contraintes sous la menace d’effectuer des travaux difficiles dans des conditions parfois dangereuses. Leur rétribution est inexistante et ils sont souvent enfermés, privés d’identité, soumis à des violences physiques et psychologiques. Ils travaillent à la limite de leurs forces. Les enfants en sont les principales victimes, mais les adultes, hommes et femmes sont aussi concernés. Il se pratique dans les mines, les ateliers, les champs, les fabriques, Ces esclaves constituent une main d’œuvre docile, sans recours. Ils sont des centaines de milliers, des briqueteries de l’Inde aux champs de Cacao du Bénin, en passant par la mendicité forcée ou le vol à la tire dans les capitales européennes, les courses de chameaux dans les pays du golfe et la servitude domestique dans le monde entier. (photo Marc Beziat in Esclaves Encore)

 

 

     L’esclavage sexuel   L’exploitation sexuelle des femmes et des enfants, personnes particulièrement vulnérables, constitue une des formes les plus connues du travail forcé. Souvent piégées par des trafiquants, les jeunes femmes sont victimes d’une extrême violence. On a beaucoup parlé de ces pratiques criminelles concernant les enfants dans certains pays d’Asie du Sud Est, et concernant les jeunes filles, dans l’Est de l’Europe. Il s’agit généralement de réseaux criminels qui pratiquent la traite des êtres humains.

 

  Le mariage forcé   Il peut signifier pour la fillette ou la jeune fille une vie de servitude domestique, de travail esclave dans les champs ou  de prostitution forcée. 

 

    L’esclavage traditionnel  Dans quelques rares pays demeure un esclavage par ascendance, ce qui signifie que un groupe de population ou des individus sont considérés comme asservis de par leur naissance. Bien que ayant officiellement aboli l’esclavage, des pays comme la Mauritanie, le Niger, le Soudan, ou certains pays du Golfe Persique continuent à tolérer cette pratique d’un autre âge.

 
   Par ailleurs, l'Organisation Internationale du Travail, l'agence de l'ONU chargée d'élaborer les normes internationales du travail, estime que 215 millions d'enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent. Parmi eux,  53 millions de jeunes de moins de 15 ans font un travail particulièrement dangereux. Selon l'OIT, plus de 8 millions  sont esclaves soit en servitude pour dettes, contraints à un travail forcé, recrutés dans des conflits armés ou prostitués.
 
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 16:14

 Le ministre de l’éducation nationale appelle les enseignants à entrer en contact avec les familles qui ont retiré leurs enfants de l’école suite à la diffusion de rumeurs sur la « théorie du Genre »

 

 

La méfiance envers l’école et l’éducation est une caractéristique commune à tous les obscurantismes.

 

Ce n’est donc pas par hasard si les groupuscules de la nébuleuse factieuse qui s’est exprimée dimanche dernier dans la rue font cause commune pour diffuser les rumeurs les plus grotesques sur les programmes de l’enseignement scolaire.

 

Prétendant lutter contre l’imposition d’une « théorie du genre » qui n’est qu’un fantasme, ces groupuscules tentent de créer la panique chez les parents d’élèves et appellent au retrait des enfants de l’école.

 

« Démonstration de sexualité », « éducation à la masturbation », « négation du sexe des enfants », « promotion de l’homosexualité »… Derrière ces affirmations délirantes s’expriment le refus de l’égalité des sexes et l’homophobie ordinaire. Ce qui est en jeu est tout autre : la sensibilisation des enfants à la lutte contre les stéréotypes de genre.

 

Un certain nombre de familles ont, en toute bonne foi parfois, décidé de retirer leurs enfants de l’école.

 

Cette réalité désolante s’est probablement trouvée amplifiée par l’attitude de certains élus de l’opposition qui, pour des raisons bassement électoralistes, se sont faits les porte-parole de groupuscules complotistes ou intégristes.

 

Les écologistes soutiennent pleinement le ministre de l’éducation nationale qui est parfaitement dans son rôle lorsqu’il demande aux enseignants d’entrer en contact direct avec les parents qui se sont fait berner par ces actions de désinformation : l’échange et la discussion entre parents et enseignants sont les moyens les plus adaptés pour lutter contre ces manipulations de l’opinion, et de manière générale pour assurer un bon fonctionnement de l’école.

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 07:53

Chronique de Thomas Legrand du 27/01/2014 sur France Inter

 

C’était une manifestation, non pas d’exaspération envers une politique mais envers une personne, François Hollande. Pour ce qu’il représente pour eux, l’anti-France ! Pourtant on ne peut pas vraiment dire que François Hollande soit l’incarnation de la gauche "couteau entre les dents". Ni que ses discours soient imprégnés d’idéologie sectaire, que son propos soit particulièrement "clivant"...  Une autre partie de la population, beaucoup plus large, aurait même tendance à lui reprocher le contraire : sa mollesse, son absence de leadership ! Alors que leur a-t-il fait pour les mettre dans cet état là ? Le mariage pour tous ? Trop d’impôts ? La promotion des congés paternité qui "assexueraient" notre société ? Non, ces éléments avancés comme autant d’attaques invivables contre notre civilisation, ne sont, en réalité rien au regard d’un seul élément, toujours le même quand la gauche est au pouvoir : l’illégitimité. La gauche héritière de la Révolution française, la gauche régicide est toujours illégitime pour une petite partie de la droite la plus réactionnaire. Cette partie de la droite, depuis la Libération et les révélations de ses trahisons pendant la guerre, se taisait, se terrait dans quelques recoins de Versailles, dans l’ouest parisien, dans de vieilles familles du grand ouest, dans quelques belles demeures de province et églises intégristes… Mais bon, il ne faut pas non plus surestimer le potentiel révolutionnaire du Vésinet.

C’est vraiment une France très minoritaire que vous décrivez là !

Oui on l’avait vue ressurgir auprès de Jean-Marie Le Pen, avant que Marine Le Pen ne républicanise la façade du FN. Cette droite n’est pas le gros du bataillon de la droite politique UMP, ni même du Front National. C’est un petit noyau réactionnaire qui a trouvé, à l’occasion de la contestation du mariage pour tous, une caisse de résonance. Internet a fait le lien entre toutes les miettes vieille France éparpillées et qui avaient l’impression -avant de se voir les uns les autres- de n’être que la trace d’un monde qui s’en va. En réalité ils le sont mais l’amplificateur d’internet et la coagulation (momentanée) de leurs préoccupations avec celles d’une population beaucoup plus large et beaucoup plus modérée, au moment de la manif pour tous, ou des bonnets rouges, leur fait croire qu’une forme de restauration est possible. Il existe à gauche aussi une petite frange, héritière des sans-culottes, et qui considère que tout ce qui est de droite est fasciste ! Chacun des deux camps, droite et gauche ne peut se permettre de couper tout à fait les ponts avec ces deux franges qui regroupent tous ceux qui n’ont pas accepté, soit que la révolution ait eu lieu, soit qu’elle n’ait pas été assez loin. Il est quand même étonnant, après avoir vu les fleurs de Lys et les quenelles hier qu’un responsable de l’UMP comme Luc Chatel dise "comprendre les manifestants". Car il s’agissait bien d’une manifestation factieuse. "Travail, famille, patrie" ! Que cette droite légitimiste soit rejointe par l’extrême gauche antisémite et populiste de Dieudonné et d'Alain Soral, et nous avons le cocktail anti républicain de la révolution nationale de la collaboration. La manif pour tous du printemps denier a engendré un petit monstre... Plus ridicule qu’effrayant... à l’image de Béatrice Bourges, martyre de la dictature Hollandiste et qui a décidé de faire une grève de la faim jusqu’à la démission de François Hollande ! Il faudrait prévenir la chef du printemps français que si le ridicule ne tue pas, la privation de nourriture : si !

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 23:55

Promenade parisienne cet après-midi qui m’a amené à la Galerie des bibliothèques de la Ville de Paris, dans le Marais A cet endroit, une exposition retrace l’évolution des grands centres urbains à l’orée du XXe siècle. Malgré une lumière minimale pour ne pas abimer l’ensemble des photographie prises avec des techniques très différentes il y a près d’un siècle, cette exposition fait rêver, voyager, mais aussi toucher du doigt les rapports entre urbanisation, métropolisation et colonialismes, à travers différents continents. Passionnant.

 

Je mets en ligne un article  de F. Poiret paru dans Libération en octobre. L’exposition s’achève le 24 novembre

.

Un appel au voyage. Tel est l’un des propos de l’exposition «Les villes du monde», présentée à la Galerie des bibliothèques de la Ville de Paris, dans le Marais. Dans une scénographie tout en sobriété, le visiteur est invité à découvrir à quoi pouvaient bien ressembler les grandes cités qui s’élevaient sur les cinq continents au début du siècle dernier. L’embarquement s’effectue à Malte, au bord de la Méditerranée, avec une vue du port de La Valette, prise vers 1914 par un certain Paul Lhuillier. La fin du parcours culmine sur les bords du Rhin avec un autre cliché de ce même photographe amateur, devenu médecin à 40 ans, représentant, dans un cadrage spectaculaire, le pont ferroviaire de Kehl, qui relie la ville allemande à celle de Strasbourg.


Autochrome. Pour illustrer ce tour du monde en images, la commissaire de l’exposition, Agnès Tartié (1), a réuni 175 icônes photographiques, dont une trentaine réalisées sur plaque de verre, protégées par des vitrines. Toutes sont issues de plusieurs fonds exceptionnels de la bibliothèque de l’Hôtel de Ville, qui en comptent plus de 40 000. Elles proviennent d’échanges entre la préfecture de la Seine et les municipalités d’autres grandes villes du monde (Florence, Vienne, Toronto, Montréal, New York, Melbourne…).

Certaines ont été envoyées à l’Hôtel de Ville en remerciement, ou à l’occasion de visites officielles. La bibliothèque possède aussi des milliers de documents sur les anciennes colonies françaises, Maghreb, Indochine… D’autres, cédés à la bibliothèque, appartiennent aux fonds Davioud, d’Espezel, Benoît-Lévy et Lausi. Un panorama inédit qui s’étale dans le temps, entre 1870 et 1939, «période qui offre une autre lecture possible de l’exposition» : «Elle correspond à l’évolution de l’objet photographique et à la mutation architecturale des grandes villes», explique Agnès Tartié.


Les clichés exposés sont représentatifs des procédés photographiques, supports et techniques, employés dans cet intervalle spatio-temporel : le négatif sur verre y côtoie la stéréoscopie en noir et blanc, l’autochrome, la carte postale ou le cliché 40 x 60 cm. Dans le domaine architectural aussi, cette période est celle de bouleversements, qui révolutionnent le paysage urbain : nouvelles, infrastructures, gratte-ciel, jardins… Un basculement dans la modernité dont témoigne le rapprochement de certains clichés. Telle cette galerie romaine qui permet de suivre les métamorphoses de la ville, de la Rome ancienne à la période fasciste en passant par la Rome des papes. A l’inverse, Venise semble immuable, insensible au temps qui passe.

Fossé. Dans tous les cas, les photos permettent d’intéressantes comparaisons ou mises en perspective, dans le domaine de l’urbanisme comme de l’architecture. Ainsi que dans les ex- colonies, où se confrontent habitats «indigène» et colonial. Ce qu’illustre parfaitement une vue aérienne de Constantine de 1922, où un fossé semble se creuser entre ces deux mondes.


Côte à côte, ces clichés offrent parfois de magnifiques panoramas, d’une ville à 360°, telle cette perspective de Melbourne. De ces points de vue «images du monde», on n’évite pas, à New York, les premiers buildings, «mais sans en abuser toutefois», précise Agnès Tartié. D’ailleurs, l’exposition montre que les villes américaines n’en ont pas l’exclusivité, bien qu’ils soient nés à Chicago. En 1932, s’élève à Amsterdam le premier projet d’habitat en hauteur : un immeuble de 12 étages et 284 appartements. Un cliché en forme de pied de nez à celle qui, au XVIe siècle, s’appelait la Nouvelle-Amsterdam.


(1) Bibliothécaire spécialisée, chargée du fonds étranger à la bibliothèque de la Ville de Paris.

Dominique Poiret

Libération, 7 octobre 2013

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 19:14

Les championnats du monde d’athlétisme de Moscou viennent de s’achever. Au-delà des exploits des différents athlètes en compétition, une approche particulière qu’on entend peu sur les chaînes TV et de radio : combien gagnent nos champions planétaires lors d’un tel événement ? Quel est le montant des primes que touchent les médaillés et autres finalistes, dont les revenus dépendent de leurs performances. ?

Car ce sont environ 5,4 millions d’euros qui ont été distribués en 9 jours (hors record du monde).Comment cette somme se répartit-elle ?


Une médaille d'or décrochée a rapporté à son auteur une prime de 60.000 dollars, environ 45.000 euros, a précisé la fédération internationale d'athlétisme (IAAF).L'IAAF a prévu des primes pour les 8 premiers de chaque discipline pour un montant total de 7,194 millions de dollars, soit environ 5,4 millions d'euros.


L'or rapporte 60.000 dollars (45.000 euros), l'argent 30.000 dollars (22.500 euros) et le bronze 20.000 dollars (15.000 euros), et ainsi de suite jusqu'à la 8e place qui rapporte 4.000 dollars (3.000 euros). Les trois premiers des épreuves de relais seront aussi récompensés avec un bonus de 80.000 dollars (60.000 euros) pour l'or, 60.000 dollars (45.000 euros) pour l'argent et 40.000 dollars (30.000 euros) pour le bronze. 


En outre, chaque record du monde pouvait valoir à son auteur de recevoir un chèque de 100.000 dollars (environ 75.000 euros), versés par Toyota et TDK, deux des partenaires de l'IAAF


Bien sûr, ces montants n’incluent pas les éventuels primes des pays, des fédérations, des sponsors des fédérations ou des sponsors individuels des athlètes.

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 18:49

 

Mon livre du jour, optimiste, positif, avec l’avenir comme horizon. Un essai publié  par Sibylle Vincendon, journaliste à Libération, il y a moins de 6 mois, qui est on ne peut plus pêchu. Lecture recommandée.

 

Les mauvaises nouvelles, les tirades "déclinistes", les reproches incessants faits aux Français (conservateurs, trop d'Etat, trop de vacances...) constituent-ils des facteurs d'enlisement dans la crise, dans le marasme ? Ces harangues accélèrent-elles les mécanismes de démobilisation renforçant l'impression de crise en cul-de-sac ? On peut se poser la question tant les discours politiques sont, depuis quelques années, orientés seulement vers l'effort punitif, l'austérité et la culpabilisation des citoyens de ce pays.


Dans son essai tonique, Pour en finir avec les grincheux (contre le discours du déclin), Sibylle Vincendon prend à contre-pied les discours des Cassandre patentées, des Baverez, des Fillon et autres pères Fouettard, pour tenter de voir ce qui, en France, est source d'espoir ou du moins d'optimisme.


Pour une fois, un livre de journaliste s'attelle, non pas à dénoncer les dérives,  creuser les scandales ou déplorer les maux de notre pays, mais au contraire à tenter de déceler dans le tissu économique, social et culturel des pistes pour s'en sortir. La journaliste commence néanmoins par une remise à plat de tout ce qui s'est dit depuis une dizaine d'années, chez les économistes surtout, sur le thème du déclin.


Par une simple présentation des thèses en question, mais surtout en soulignant leur répétition obsessionnelle, elle provoque chez le lecteur un sourire complice. Et si les déclinistes, toujours sûrs d'eux, confortablement installés dans le ressassement, assénant encore et encore les reproches "aux Français" étaient, malgré leurs batteries de chiffres, dans l'irrationnel ? Et si le problème, finalement, c'était eux ? SibylleVincendon pose des questions simples. Sur les points de référence des mesures du déclin, par exemple. Sur la nature de la crise, sur l'accélération du changement aussi.


Puis elle passe en revue un certain nombre d'idées fausses en les confrontant à des cas concrets ou à des discours positifs. Elle décrit des petites et moyennes industries prospères et des start-up bourrées de bonnes idées i, mais dont on ne parle pas assez. Elle dresse aussi des portraits d'optimistes de toutes sortes, penseurs, économistes, philosophes. Peu à peu, le lecteur acquiert la conviction qu'il est possible de penser autrement, que le déclin n'est pas obligatoire et surtout qu'un autre modèle est possible.


Frilosité

Cet ouvrage est représentatif d'une vague que l'on voit poindre depuis cinq ou six ans dans les manières de penser en France. Hors politique, non encore formulée de façon synthétique, et non encore théorisée, cette tendance nouvelle conduirait à considérer l'économie autrement (durable et solidaire par exemple) et la société à travers des mots d'ordre comme la mobilisation citoyenne et la cohésion sociale.


Loin de la frilosité tant reprochée "aux Français", il s'agirait d'oser l'innovation dans tous les domaines. Les exemples abondent déjà, Sibylle Vincendon en cite beaucoup, mais ils sont diffus, peu médiatisés. Tout se passe comme si les discours du déclin prenaient toute la place ; un confort intellectuel de l'inconfort en quelque sorte.


Avec cet essai stimulant et réaliste, Sibylle Vincendon montre qu'il convient de tourner la page de l'auto-flagellation et de faire circuler  l'énergie différemment. Un peu d'air frais bienvenu

 

"Pour en finir avec les grincheux. contre le discours du déclin"
par Sibylle Vincendon,
Editions Fayard 200 pages, 16 euros.

 

LE MONDE 08/05/13 par  Didier Pourquery

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